LIBAN

Mobil-home et petits boulots, des réfugiés syriens font le pari de l'autonomie

Quand l'armée régulière syrienne a repris le bastion rebelle de Qousseir en juin 2013, des milliers de Syriens ont été contraints de s'installer dans des camps de fortune de l'autre côté de la frontière au Liban, où ils vivent essentiellement des aides internationales. C'est dans ce contexte qu'une ONG lance le projet "Nous rentrerons", une structure qui veut rendre aux refugiés leur autonomie en attendant de pouvoir un jour reprendre la route de la Syrie.

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Photo du camp en cours de construction prise par notre Observateur Fares Halabi.

Quand l'armée régulière syrienne a repris le bastion rebelle de Qousseir en juin 2013, des milliers de Syriens ont été contraints de s'installer dans des camps de fortune de l'autre côté de la frontière au Liban, où ils vivent essentiellement des aides internationales. C'est dans ce contexte qu'une ONG lance le projet "Nous rentrerons", une structure qui veut rendre aux refugiés leur autonomie en attendant de pouvoir un jour reprendre la route de la Syrie.

Devenues la base arrière de la rébellion en 2013, les villes frontalières de Qousseir et de Yabroud ont été désertées par leurs habitants qui ont fui vers la ville libanaise d'Aarsal. Les réfugiés se sont installés dans des campements de fortune, à différents endroits de la ville et les structures humanitaires ont bien du mal à subvenir à leurs besoins. Aujourd'hui, l'ONG International Humanitarian Relief (IHR) tente les réunir dans un seul camp, composé exclusivement de mobil home.

Vidéo de promotion de l'IHR.

"Étre réfugié ne devrait pas vous priver de vivre dignement"

Fares Halabi est libanais. Il est consultant en marketing et bénévole au sein de l'IHR.

Il y a 45 000 réfugiés syriens à Aarsal. Depuis plus d'un an, ils vivent dans des conditions insalubres. La pluie, la neige, le vent rendent les choses encore plus compliquées. Et à chaque fois, les organisations doivent leur replanter de nouvelles tentes pour leur assurer un toit décent.

Nous avons alors pensé à leur construire quelque chose en dur. Il était évidemment hors de question de bâtir des maisons, car cela aurait signifié qu'ils allaient s'installer ici pour la vie, au grand dam des Libanais. Alors nous avons pensé aux mobil home qui ont l'avantage d'être un toit mobile. La plupart des maisons de Yabroud et de Qousseir ont été détruites lors des bombardements. Quand la guerre sera finie, les Syriens voudront rentrer chez eux, or rien ne sera prêt là-bas pour les accueillir. Ils pourront à ce moment-là attacher leurs mobil home à des voitures pour rentrer et y vivre, le temps de tout reconstruire. Ces caravanes sont donc rassurantes et pour les réfugiés et pour les locaux. C'est ce qui a également inspiré le nom du camp : "Nous rentrerons".

Les mobil home sont composés d'une pièce, une cuisine et de toilettes. Nous sommes en discussion avec la mairie d'Aarsal pour installer un système d'évacuation des eaux usées. Chaque famille aura aussi son indépendance, il n'y aura plus d'inconnus obligés de cohabiter dans le même espace comme c'est le cas sous les tentes. L'expérience d'installer a déjà été tentée en Turquie, mais avec des sanitaires collectifs. Et ça a vraiment permis de mettre les réfugiés à l'abri des intempéries.

Vidéo de la construction de caravanes.

"Notre objectif est qu'il y ait au moins un salaire par famille afin qu'ils ne vivent pas d'aides"

Ce sont les réfugiés eux-mêmes qui ont construit les caravanes où ils seront logés. Pour cela, ils ont été payés comme des ouvriers. Car le but de notre projet n'est pas seulement d’offrir un meilleur cadre de vie aux réfugiés, mais aussi une source de revenus, afin qu'ils ne soient plus dans l'assistance. Le camp comptera aussi une école qui sera construite par ces mêmes réfugiés, pour leurs enfants, et qui assurera un certain nombre de postes, comme celui de professeur ou de gardien.

D'autres sources de revenus seront également assurées grâce à la culture de potagers ou aux ateliers de couture. Notre objectif est qu'il y ait au moins un salaire par famille afin qu'ils ne vivent pas d'aides.

Des mobil home sont déjà prêts et ont commencé à accueillir des réfugiés. La totalité des 1 300 premiers seront prêts dans deux semaines et il faudra compter quelques mois pour avoir de quoi loger tout le monde.

Ce projet demande non seulement des moyens [l'IHR est financé essentiellement par des fonds privés et des ONG européennes] mais surtout du temps. En général, les ONG travaillent dans l'urgence et essayent d'assurer le strict minimum dès l'afflux des réfugiés, comme c'est le cas à Zaatari, en Jordanie. Notre projet intervient dans un deuxième temps. Être réfugié ne devrait pas vous priver de vivre dignement.

Le Liban compte aujourd'hui un million de réfugiés syriens sur son sol, soit 25% de la population. Cette présence est souvent source de tensions dans un pays à l'équilibre démographique et confessionnel fragile. De 1967 à 1970, l'arrivée massive de réfugiés palestiniens au pays du Cèdre a été l'un des éléments déclencheurs de la guerre civile (1975-1990).

Le camp en cours de construction, photos envoyées par notre Observateur.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.