Capture d'écran d'une vidéo postée sur YouTube.

Deux vidéos amateur, dont l’une obtenue par les Observateurs de France 24, permettent de retracer les échauffourées qui ont eu lieu dimanche 13 juillet à Paris, en marge d'une manifestation en soutien à la population de Gaza. Sur les images, filmées sous deux angles différents à proximité de la synagogue Isaac Abravanel, située rue de la Roquette (11e arrondissement), des jeunes pro-palestiniens et des militants de la Ligue de défense juive (LDJ) et du Betar (groupuscules radicaux) s’affrontent à coups de bâton, de chaise et même de table de bar.

Au début de la vidéo ci-dessous, les membres de la LDJ et du Betar se dirigent munis de bâtons, chaises et tables de bar vers les manifestants pro-palestiniens avec l’intention d’en découdre, scandant des slogans anti-palestiniens. Mais ils s’arrêtent à l’angle de la rue Popincourt (perpendiculaire à la rue de la Roquette) et se contentent d’invectiver le camp d’en face.

À 1’58’’, les belligérants se regardent en chiens de faïence et s’insultent par trottoirs interposés. À partir de 2’12’’, les projectiles fusent de part et d’autres, tandis que la caméra reste focalisée sur les agissements des membres de la LDJ et du Betar.


À 3’09’’, les pro-Palestiniens mènent un assaut, provoquant le repli de leurs adversaires qui partent se réfugier quelques mètres plus loin derrière un cordon de CRS (Compagnies républicaines de sécurité, un corps de la police française qui intervient dans les manifestations).

Ces derniers interviennent alors (3’22’’) pour disperser les assaillants à coups de gaz lacrymogène, ne pouvant éviter quelques accrochages violents (3’23’’). Puis quadrillent le quartier.

Échauffourée entre militants pro-palestiniens et sympathisants de la LDJ et du Betar, rue de la Roquette, à Paris (11e). Vidéo postée sur YouTube.

Interrogée par France 24, la préfecture de police s’explique sur la réaction tardive des forces de l’ordre (à 2’21, on entend la personne qui filme dire : "j’attends de voir l’arrivée des CRS, ça va être marrant !") :

"Les CRS n’agissent que sur ordre. On leur a certainement demandé de rester en place pour éviter que le conflit ne déborde dans les rues adjacentes ou que la synagogue de la rue de la Roquette soit prise d’assaut. Leur "non-intervention" est purement stratégique. D’abord ils observent, étudient les velléités des uns et des autres, ensuite ils passent à l’action."

Les images suivantes ont été filmées par un de nos Observateurs depuis un appartement rue de la Roquette. Celles-ci montrent les sympathisants de la LDJ et du Betar (à gauche de l’écran) attaquer les premiers avant de rebrousser chemin devant les militants pro-palestiniens (27’’), lesquels reculent à leur tour face à la charge des forces de l’ordre (49’’), qui bloquent ensuite la rue.

Sur les plans suivants, notre Observateur sort de chez lui, profitant du retour au calme, même si les tensions restent vives. On voit des badauds qui s’insultent (2’32’’), sans que la scène soit vraiment compréhensible, et des CRS qui restent sur le qui-vive (2’55’’).

Les heurts se poursuivent entre belligérants rue de la Roquette. Vidéo postée par Mohamad Reza Kalani.

Michel (son nom a été modifié), un des administrateurs de la synagogue Isaac Abravanel, livre sa version des faits :

"Notre synagogue avait organisé dimanche une session de prières en faveur de la paix en Israël après avoir entendu parler de la manifestation pro-palestinienne organisée le même jour. Près de 400 personnes, parmi lesquelles des familles, des personnes âgées, des enfants se sont réunis dès 17 h. Des jeunes de la Ligue de la défense juive et du Betar sont aussi venus pour assurer la sécurité des lieux.

À 17h30, les esprits ont commencé à s'échauffer. Des groupes de manifestants pro-palestiniens criant "à mort les juifs" ont réussi à atteindre la rue de la Roquette et à approcher la synagogue. Mails ils ont été repoussés par nos forces de sécurité puis, 45 minutes après, par les forces de police."

"J’ai seulement entendu des insultes à l’égard des forces de l’ordre"

Mohamad Reza Kalani est l’auteur de la deuxième séquence qu’il a principalement filmée depuis son domicile, rue de la Roquette, Paris 11e.

Il était environ 18 h. J’étais chez moi et d’un coup j’ai entendu beaucoup d’agitation dans la rue. Des gens couraient dans tous les sens armés notamment de barreaux de chaises et proférant des insultes. Puis quelques minutes plus tard, des gaz lacrymogènes ont été tirés. Par peur d’être pris pour cible, je n’ai pas osé mettre le nez dehors, du coup, j’ai commencé à filmer de l’appartement.

La situation est redevenue calme au bout d’une demi-heure, une fois que la police est parvenue à reprendre le contrôle de la rue et disperser les manifestants.

Je suis alors sorti et j’ai demandé à un des manifestants ce qui s’était passé, mais il ne m’a pas répondu. Il a insulté la police et a pris la fuite. Je n'ai pas entendu d’injures racistes ou antisémites, seulement des insultes à l’égard des forces de l’ordre.
Paris /  video