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Le tshukudu, la trottinette congolaise qui fait des miracles

Aussi à l’aise dans les chemins cahoteux que sur les routes goudronnées, les tshukudus sont partout dans le Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo. Notre Observateur nous explique que cet étrange moyen de transport, peu coûteux et qui permet de porter toutes sortes de marchandises, a déjà sorti de nombreux jeunes de la misère.

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Aussi à l’aise dans les chemins cahoteux que sur les routes goudronnées, les tshukudus sont partout dans le Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo. Notre Observateur nous explique que cet étrange moyen de transport, peu coûteux et qui permet de porter toutes sortes de marchandises, a déjà sorti de nombreux jeunes de la misère.

Long de deux mètres, le tshukudu est doté d'un haut et large guidon. Compte tenu des charges qu'il transporte, son  conducteur, le tshukudeur, pousse cette trottinette géante plus souvent qu'il ne patine. Pour la plupart d'entre eux, la journée commence par le transport des produits agricoles cultivés dans les montagnes au nord de Goma et destinés à alimenter les marchés de la ville.

Tout en bois au début du XXe siècle, cette trottinette a connu de nettes améliorations. Aujourd’hui, les roues sont recouvertes de pneus et de nombreux modèles disposent d’un frein qui agit par frottement sur la roue arrière. L’engin peut supporter jusqu’à une demie-tonne.

Toutes les photos ont été réalisées par nos Observateurs Dieudonné Mango Dieuman et Pascal Mulegwa.

Un conducteur de tshukudu transportant des sacs de marchandises à Goma, Nord-Kivu.

Goma, ses motos et ses tshukudus.

"Dans certaines localités, on dit qu’il est préférable de marier sa fille à un tshukudeur car on sait qu’elle ne va pas mourir de faim"

Dany Kayeye est historien à Goma et a beaucoup travaillé sur la place du tshukudu dans la société du Nord-Kivu.

Les premiers tshukudus ont fait leur apparition dans les années 1910 au Rwanda voisin. Ils représentaient déjà un vrai outil de travail et un symbole de lutte contre la misère. Directement inspirés du vélo, ils ont fini par supplanter les brouettes, beaucoup moins efficaces.

Aujourd’hui, pour se procurer l'un de ses engins, il faut débourser 50 dollars [37 euros] pour le modèle de base et jusqu’à 100 dollars [74 euros] pour un produit bien fini. Une somme très élevée au Congo [en RDC, un fonctionnaire gagne par exemple entre 50 et 80 euros par mois] que beaucoup n’hésitent pas à débourser, ayant la garantie que leur investissement sera très vite amorti. Car, dans un bon jour, un tshukudeur peut gagner 15 à 20 dollars [11 à 15 euros]. Avec cet argent, le conducteur peut se permettre d’embaucher deux ou trois pousseurs, qui vont l’aider à descendre de gros chargements jusqu’à Goma. De plus, le tshukudu est le moyen de transport le plus économique du marché : il ne consomme évidemment aucun carburant et, mis à part le graissage des roues et la révision des freins, il ne nécessite quasiment aucun entretien.

Ici, dans certaines localités, on dit qu’il est préférable de marier sa fille à un tshukudeur car on sait qu’elle ne va pas mourir de faim. Cette profession est synonyme de réussite sociale. Après quelques années d’activité, certains sont en mesure de s’acheter une parcelle de terrain et de faire construire une maison. D’autres deviennent propriétaires de taxi-motos, mais personne n’abandonne son tshukudu, car il reste l'un des produits les plus rentables.

Un tshukudeur aidé par des pousseurs dans les environs de Goma, dans le Nord-Kivu.

Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à France 24.