TERRITOIRES PALESTINIENS

Témoignage sur les raids à Gaza : "Ici, il n'y a ni sirène, ni refuge !"

Depuis lundi, l'armée israélienne a lancé son opération "Bordure de protection" sur la bande de Gaza. Tsahal affirme que ses frappes sont une opération anti-terroriste, mais ce sont pour la plupart des civils désarmés qui en font les frais. Notre Observateur à Gaza

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Capture d'écran d'une vidéo d'un bombardement à Gaza.

Depuis lundi, l'armée israélienne a lancé son opération "Bordure de protection" sur la bande de Gaza. Tsahal affirme que ses frappes sont une opération anti-terroriste, mais ce sont pour la plupart des civils désarmés qui en font les frais. Notre Observateur à Gaza nous décrit la panique sur place.

Mercredi 8 juillet, c'est un de nos Observateurs à Tel-Aviv qui nous décrivait les réflexes de la population lorsque les sirènes retentissaient pour annoncer une attaque.

Un missile largué à Yebna, un camp de réfugiés à Rafah.

"Même avec des frappes 'ciblées', il est impossible de ne pas faire de victimes civiles"

Rany Hemaid est conférencier à l'université d'al-Aqsa, à Gaza.

Il n'y a pas de répit. Les avions bombardent à longueur de journée et les raids s'intensifient dès la tombée de la nuit. Au moment même où je vous parle, il y a des missiles qui tombent non loin de chez moi.

Ici, il n'y a pas de sirène d'alarme. Seul le bruit des F-16 nous prévient de la proximité des bombardements. Mais de toute façon, il n'y a pas de refuge anti-bombes. Entre la rue et la maison, autant rester chez soi ! Personnellement, j'habite avec ma famille au 7e étage d'un immeuble, dans les quartiers nord de Gaza. Je sais qu'on dit qu'il vaut mieux se réfugier aux étages les moins élevés lors des bombardements, mais les missiles israéliens sont trop puissants pour que ce genre de mesures serve à quelque chose. Si l'immeuble est touché, il est le plus souvent rasé.

Nous passons nos journées enfermés chez nous et nous ne sortons que lorsque cela est strictement nécessaire, notamment pour aller chercher de quoi manger. Hier, je me suis tout de même hasardé dans une zone où l'électricité n'était pas coupée : les rues étaient vides et la plupart des commerces fermés. Aucun signe de vie dans la ville.

Et à cause du nombre de frappes la nuit, impossible de dormir. Nous regardons les bombes éclairer le ciel de Gaza en espérant ne pas être la prochaine cible. Ce n'est qu'à l'aube que nous réussissons à dormir un peu.

Quelques secondes après un premier missile d'avertissement, une maison est bombardée. Le cameraman demande aux enfants de ne pas s'approcher, par peur de nouveaux tirs.

"L'armée prévient les habitants une quinzaine de secondes avant de bombarder sa cible"

Les autorités militaires israéliennes disent que leurs frappes sont ciblées, qu'elles ne font que bombarder les terroristes de Hamas. Or, à supposer que c'est ce qu'ils cherchent vraiment, la densité de la population [la plus élevée au monde avec plus de 4 000 habitants/km²] est telle qu'il est impossible de ne pas faire de victimes civiles durant ces opérations, surtout quand cela se passe près des camps de réfugiés, qui sont surpeuplés. Et puis les dirigeants du Hamas et des brigades d'al-Qassam, eux, ne sont pas chez eux pendant les raids aériens. Au mieux, leurs maisons sont vides, au pire, il y a leur femme et leurs enfants. Dans tous les cas, ce sont les civils, non les combattants, qui sont tués.

L'armée israélienne affirme également qu'elle prévient les habitants avant de lancer ses missiles sur une cible. D'accord, il leur arrive de lancer un missile d'avertissement avant de bombarder une maison ou un immeuble, mais ils ne le font pas systématiquement, et de toute façon, ils laissent à peine une quinzaine de secondes aux habitants pour se cacher. Mais où iront-ils en si peu de temps ? Quand ils arrivent à sortir, les gens restent dans la rue, à côté. Ils attendent la fin des bombardements pour revenir chez eux, secourir leurs proches ou, au moins, essayer de récupérer quelques affaires.

Cette opération militaire arrive une semaine après la découverte des corps des trois adolescents israéliens qui avaient été enlevés le 12 juin dernier en Cisjordanie. Accusant le Hamas d'être derrière ce meurtre, le gouvernement israélien a mené des raids sur la bande de Gaza, faisant 76 morts et plus de 600 blessés en trois jours, dont un journaliste de l'agence palestinienne Media 24. Côté Hamas, 96 roquettes ont été tirées sur les régions de Jérusalem, Tel-Aviv, Haïfa et Dimona, sans toutefois faire de victimes.

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni d'urgence jeudi après-midi pour évoquer la situation. La bande de Gaza est un territoire de 360 km², ayant des frontières avec Israël et l'Égypte.

Cet article a été rédigé par Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.