Des habitants de Tel Aviv s'abritent derrière un abribus après le déclenchement d'une sirène d'alerte, le 8 juillet 2014.

Tel Aviv est depuis mardi la cible de tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, une situation qui ne s’était pas produite depuis novembre 2012. Le bruit strident des sirènes d’alarme et le son sourd des explosions ont surpris et effrayé les habitants, mais ceux-ci connaissent les gestes nécessaires pour se protéger, explique notre Observateur.

Israël a commencé cette semaine à bombarder par avion et avec des drones la bande de Gaza. Le bilan était mercredi après-midi de 38 morts, dont cinq femmes et six enfants. Le président palestinien Mahmoud Abbas a dénoncé un "génocide".  En représailles, le Hamas a déjà lancé au moins 120 roquettes sur Israël depuis la bande de Gaza. Elles ont touché Jérusalem et pour la première fois la ville de Haïfa, au nord du pays. Les premières roquettes ont atteint Tel Aviv mardi après-midi et n’ont pas fait de victimes. Les nombreux abris anti-bombe de la ville ont été rouverts.

Les baigneurs évacuent la plage de Tel Aviv, le 8 juillet.

Une roquette passe au-dessus de Tel Aviv, le 8 juillet.

Abri anti-bombe à Tel Aviv. Photo @GolanMay.

Mais lorsque les sirènes d’alerte retentissent, les Israéliens qui ne sont pas à proximité d’un abri ont leur technique pour se protéger. Notre Observateur s’est filmé en train de se réfugier dans sa cage d’escalier et il explique pourquoi.

Vidéo de notre Observateur, qui explique : "Mon fils demande : 'On attend quoi?' et la voisine lui repond : 'C'est une bonne question'. Ce qui est suivi par un rire stressé de tout le monde. Filmer c’est pour moi plus un reflexe qu’autre chose. Ca donne l'impression de voir les choses un peu en retrait. Ça déstresse, un peu".

"À chaque alerte, on sait où aller et comment réagir"

Ronni Edry est graphiste à Tel Aviv. En 2012, il a initié le mouvement "Israel loves Iran" pour promouvoir la proximité et la paix entre les peuples des deux pays, qui a amené à la création du site Peace Factory.

J’étais chez moi hier après-midi quand les sirènes ont retenti. Avec ma femme et mes enfants, nous sommes descendus, comme toujours, dans la cage d’escalier au premier étage. Comme il n’y pas d’abri anti-bombe dans notre immeuble, c’est la meilleure solution : la cage d’escalier est au centre de l’immeuble, on y est donc mieux protégés que dans les appartements, qui peuvent subir des dégâts en cas d’explosion proche (vitres brisées, murs troués, etc.). Mon appartement étant au dernier étage, il est plus exposé aux roquettes, ce qui est moins le cas au premier étage.

Une roquette tirée de Gaza arrive vite à Tel Aviv : il se passe une minute ou deux entre le déclenchement des sirènes et l’explosion. On se met donc vite à l’abri, et on attend au moins ce temps-là avant de remonter. Généralement on entend une ou plusieurs explosions, puis, quand il n’y a plus de bruit, on remonte chez nous. L’armée propose également une application pour smartphones, "Code Red", qui signale dès qu’une roquette est tirée et permet de savoir si on est menacé. Par ailleurs, j’ai aussi une application avec une boussole, pour repérer le nord et le sud : les roquettes de Gaza vont dans une direction sud-nord, les gens doivent donc faire attention à être protégés sur le côté sud.

Des automobilistes s'abritent lors des alertes aux roquettes, à Tel Aviv, le 8 juillet. Photo : @Yair_Rosenberg

"J’ai toujours chez moi un sac avec les papiers de ma famille"

À chaque alerte, on sait donc où aller et comment réagir. Tous les abris ont rouvert, notamment à proximité des écoles, c’est la solution la plus sûre. Sinon, les personnes qui se trouvent dans la rue vont chercher l’immeuble le plus proche pour se mettre dans la cage d’escalier. Ceux qui sont en voiture vont sortir de leur voiture et se mettre entre leur voiture et le sol. Par ailleurs, j’ai toujours chez moi un sac avec les papiers de ma famille et quelques affaires essentielles, afin d’emporter le nécessaire au cas où il faudrait fuir en urgence.

Ces attaques de roquette n’ont pas l’air d’inquiéter les habitants de Tel Aviv outre-mesure, nous y sommes assez habitués. Ce matin, les bus et les cafés étaient peut-être un peu moins remplis, mais la vie suit son cours. Bien sûr, j’ai peur pour mes enfants, mais si je quittais la ville, où irais-je ? Il peut y avoir un attentat dans un bus n’importe où dans le pays. Autant rester ici.

Plusieurs roquettes ont par ailleurs été interceptées et détruites en vol par le système de défense antimissile israélien "Dôme de fer". La ville de Tel Aviv a massivement investi ces dernières années, à hauteur de 20 millions de shekels (4,3 millions d'euros), pour moderniser ses abris, et a élargi le réseau d’abris souterrains en adaptant 70 parkings aux nécessités de sécurité. Au total, l’ensemble des abris de la ville peuvent accueillir 800 000 personnes.