HONG KONG

Sept raisons pour les Hongkongais d’avoir peur de la Chine continentale

Ils sont des milliers de manifestants pro-démocratie à occuper le centre de Hong Kong. Et ni les gaz lacrymogènes, ni les arrestations ne les feront lever le camp. Leur revendication : voter librement pour leur dirigeant sans que Pékin n’interfère et, à terme, ne mette en péril leurs acquis démocratiques.

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Des manifestants pro-démocratie à Hong Kong. Photo prise par notre Observateur Enoch Chan

Ils sont des milliers de manifestants pro-démocratie à occuper le centre de Hong Kong. Et ni les gaz lacrymogènes, ni les arrestations ne les feront lever le camp. Leur revendication : voter librement pour leur dirigeant sans que Pékin n’interfère et, à terme, ne mette en péril leurs acquis démocratique.

La police jette des gaz lacrymogènes samedi soir. Vidéo : François-Xavier Pasquier.

La Chine, à laquelle Hong Kong a été rétrocédée par Londres en 1997, a annoncé en août que le futur chef de l'exécutif local serait bien élu au suffrage universel dès 2017, mais que seuls deux ou trois candidats sélectionnés par un comité de nomination seraient habilités à se présenter au scrutin.

Lancée lundi, la campagne de désobéissance civile avait rassemblé quelque 13 000 étudiants sur un campus du nord de Hong Kong, selon les organisateurs.

En juillet déjà, un demi-million de manifestants avaient défilé dans les rues pour protester contre l'emprise croissante de Pékin sur la vie de Hong Kong. Nos Observateurs nous avaient alors expliqué ce que cette influence leur faisait craindre.

 

La police anti-émeutes dans les rues de Hong Kong samedi. Photo : Peggy Yeung.

Voter librement

Enoch Chan est lycéen à Hong Kong.

S’ils n’autorisent pas notre premier véritable suffrage universel, j’ai peur que le gouvernement ne devienne plus autocratique et ne nous écoute plus jamais. Nous sommes nombreux à craindre que le chef de l’exécutif n’agisse plus que dans le sens de Pékin et non dans l’intérêt de notre ville. Le statut “un pays, deux systèmes” dont bénéficie Hong Kong risque de changer.

S’exprimer sans crainte

Mark Yiu habite à Hong Kong.

Ce que craint la majorité des habitants en ce moment à Hong Kong est une assimilation avec la Chine. Si vous allez en Chine, vous avez au départ l’impression que vous êtes libres de faire à peu près tout ce que vous voulez et de parcourir le pays comme bon vous semble. Mais il est impossible de naviguer sur des sites internet étrangers comme YouTube ou Facebook, impossible aussi d’utiliser sur le Web certains mots ou formulations s’ils sont liées à des sujets politiques sensibles [la répression de Tiananmen, les revendications d’autonomie au Tibet, etc., NDLR] Et vous devez en permanence faire attention à ce que vous dîtes. Donc bien sûr, les Hongkongais ont peur de perdre leur liberté d’expression.

Avoir un procès équitable

Yeung Lok Yee est étudiante à Hong Kong.

Le gouvernement chinois a rendu obligatoire pour les juges d’”aimer leur pays” [dans un document publié le 10 juin, NDLR]. Nous nous demandons tous si le gouvernement souhaite réellement que les juges aiment leur pays, ou si ce qu’ils veulent en réalité ne serait pas que les juges soient à la botte du gouvernement. Nous pensons que le pouvoir judiciaire de Hong Kong doit toujours rester indépendant. Nous avons vraiment peur qu’un jour Hong Kong devienne comme la Chine, où les lois ne sont pas respectées et la corruption omniprésente.

Les manifestants ont reconstitué le massacre de Tiananmen. Photo par notre Observateur Eddy.

Sortir dans la rue pour protester

Clement Ngu est étudiant à Kong Kong.

 

Je crains que nous perdions la possibilité de nous rassembler pour manifester. J’ai été marqué ces derniers mois par le fait que tant de personnes décident de se réunir pour faire entendre leurs voix. Certes il y a eu des tentatives de la police de nous décourager. Mais ça ne fonctionne pas et tous ici se sentent libres de dire exactement ce qu’ils pensent.

Posté sur Twitter par @chunshek

Garder un oeil critique et parler correctement cantonais

Frederick Yeung est un auteur freelance à Hong Kong.

 

Je crains que le Parti communiste chinois veuille endoctriner nos enfants pour leur faire chanter les louanges du gouvernement central. On leur transmet déjà une éducation patriotique à l’école ici. Dans les livres de cours, on leur explique qu’il faut aimer la République populaire de Chine et on les encourage à répandre cette idée auprès de leurs parents. Y est aussi promue l’importance du Parti communiste dans l’histoire moderne de la Chine. L’accent est mis sur la croissance économique et les avancées technologiques dans l’industrie spatiale, mais les évènements tels que les massacres du 4 juin 1989 [sur la place Tiananmen, NDLR] ou les arrestations d’activistes comme Liu Xiaobo sont passés sous silence.

Pour l’instant, les Hongkongais sont encore en mesure de critiquer les dirigeants chinois et leur politique en se basant sur les faits, mais la prochaine génération risque de perdre cette possibilité si elle est élevée uniquement dans l’amour de la patrie. Et ceci pourrait porter préjudice au développement du pays sur le long terme.

Le gouvernement insiste, qui plus est, pour que le mandarin devienne la langue officielle et remplace le cantonnais à l’école primaire. Bien que les Hongkongais ne soient pas contre l’idée d’apprendre le mandarin, ils craignent que cela mène au déclin de leur langue, le cantonais.

 

Un réseau ferroviaire plus sûre

Bon Lam gère une société de services informatiques à Hong Kong.

 

Je m’inquiète de ce que deviendra l’infrastructure hongkongaise si la Chine gagne en influence. Cela commence déjà à être un vrai problème. Par exemple, Hong Kong a récemment acheté des trains de fabrication chinoise. C’était complètement absurde étant donné que nous aurions payé moins cher auprès de sociétés japonaises ou françaises. Ce n’est pas comparable au fait d’acheter par exemple un portable pas cher de fabrication chinoise. Les Chinois ne sont pas vraiment réputés pour la sécurité de leurs trains, il suffit de se rappeler l’accident de Wenzhou qui a montré à quel point leur technologie est défaillante. Au niveau des l’infrastructures, on risque nos vies pour agir dans l’intérêt des chinois ! Nous devons nous inquiéter pour nos infrastructures, notre alimentation, notre système éducatif et même l’eau que l’on boit. Le prochain gouvernement ne sera pas mieux si l'on ne met pas en place le suffrage universel.