FRANCE

Les "Fennecs" qualifiés : paroles de supporters algériens en France

L’équipe d’Algérie s’est qualifiée jeudi soir pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde de football, une première historique pour les Fennecs et même pour un pays du Maghreb. Le résultat a été célébré en Algérie mais aussi par les très nombreux Algériens de France, qui ont crié leur joie dans les grandes villes du pays, mais déplorent que des casseurs aient tenté de gâcher la fête.

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Sur les Champs-Élysées à Paris, jeudi 26 juin. Photo : @GARNIERseb

L’équipe d’Algérie s’est qualifiée jeudi soir pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde de football, une première historique pour les Fennecs et même pour un pays du Maghreb. Le résultat a été célébré en Algérie, mais aussi par les très nombreux Algériens de France, qui ont crié leur joie dans les grandes villes du pays, mais déplorent que des casseurs aient tenté de gâcher la fête.

Il aura suffi d’un match nul (1-1) contre la Russie, pour que la sélection algérienne s’assure la deuxième place du groupe H, au détriment de son adversaire du soir. Les Algériens auront vibré tout le match, puisque l’Algérie a été menée pendant près d’une heure avant d’égaliser. En France, après une fin de match tendue, les supporters ont exprimé leur joie dans les rues : place Bellecour à Lyon, sur les Champs-Élysées à Paris ou sur le Vieux-Port de Marseille. Vêtus du maillot blanc ou vert des Fennecs, drapeau sur le dos ou à la main, ils ont improvisé des concerts de klaxons ou répété à tue-tête le fameux slogan "One, two, three, viva l’Algérie !".

Les Marseillais célèbrent la qualification.

Quelques incidents ont néanmoins terni la fête. Soixante-quatorze personnes ont été interpellées dans la nuit de jeudi à vendredi en France . À Lyon, une trentaine de véhicules et des poubelles ont été incendiés. À Marseille, deux policiers à moto ont été pris à partie et caillassés par des supporters, et du mobilier urbain a été dégradé. Même chose à Roubaix, tandis qu’à Lille, onze personnes ont été interpellés pour vandalisme. À Paris, la présence policière avait été renforcée et les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser quelques groupements d’agitateurs. Le Premier ministre Manuel Valls a déploré "des incidents insupportables" qui "gâchent la fête". Le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, a jugé que les "nombreux dégâts" avaient provoqué "un profond traumatisme auprès des Marseillais, excédés par ces débordements systématiques".

Scooters incndiés à Lyon. Photo @MonsieurTeo

"Il y a une volonté collective de montrer au monde que les Algériens sont derrière leur équipe"

Foued est réceptionniste dans un hôtel à Paris.

Quand l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre, mes amis et moi on a crié, on s’est un peu cassé la voix ! On est sorti pour aller fêter ça dans Paris, on est d’abord allé sur les Champs-Élysées, où il y avait une super ambiance. Comme je suis en scooter, j’ai aussi tourné un peu dans la ville et j’étais surpris de voir qu’il y avait des gens qui faisaient la fête un peu partout, et pas seulement à Barbès [quartier du nord de Paris où vit une importante communauté algérienne].

Pour moi, si ce match a provoqué une telle effusion de joie, c’est parce que l’Algérie est un vrai pays de "footeux", tout le monde adore ce sport, quel que soit l’âge ou la classe sociale. Il y a une vraie volonté collective de montrer au monde que les Algériens sont vraiment derrière leur équipe, fiers de leur drapeau. Il y a quelque chose de symbolique dans ces manifestations.

"Les casseurs n’ont aucun message mais expriment un malaise"

Ychem Sallouh est chargé de développement local à la mairie de Vaulx-en-Velin, en banlieue de Lyon.

J’ai suivi le match tranquillement avec des amis, puis nous sommes allés fêter ça dans les rues de Vaux-en-Velin, l’ambiance était bon enfant, même si ici ou là il y a eu des débordements. Les perturbateurs, qui sont une infime minorité de ceux qui étaient dans les rues hier soir, ont pris la qualification comme prétexte pour commettre des dégradations. Ce sont des jeunes de 15 ou 20 ans, qui se comportent comme des voyous, et pour eux, c’est un moyen de "s’amuser" ou de se défouler. À mon avis, il n’y aucun message derrière le fait qu’ils cassent et provoquent, mais c’est un moyen d’exprimer un malaise, notamment pour ceux nés en France de parents algériens. Ils ne sont sans doute jamais allés en Algérie mais ont un problème d’identité, ils sont tiraillés entre les deux pays. Ils sont Français sur le papier mais ne se sentent pas acceptés ici. Ce qu’ils ont fait n’a rien à voir avec le match de foot, d’ailleurs j’ai vu parmi ces casseurs des Français "de souche".

Je suis dégoûté quand je vois ça, car ça ne reflète pas la réalité. Les Algériens sont des gens droits : regardez en Algérie, ils ont fait la fête sans le moindre débordement. Là bas, ils ont honte de voir ça, ça salit notre drapeau et ça donne une mauvaise image. Celui qui ne connait pas d’Algérien et voit ces images de violences fera facilement des amalgames… Heureusement que les médias n’ont pas trop exagéré le phénomène.

"À chaque fois qu’il y un rassemblement populaire de ce genre à Marseille, ça dégénère"

Farid (son nom a été changé) travaille dans un centre socio-culturel dans les quartiers nord de Marseille.

J’ai vu le match avec des amis dans un salon de thé à Marseille, c’était un peu stressant ! Mais dès que Slimani a égalisé, ça a été mieux et on n’a plus arrêté de crier et de chanter. On est sorti ensuite dans le centre-ville, sur la Canebière et le Vieux-Port. L’ambiance était bonne au début, mais comme à chaque fois qu’il y un rassemblement populaire de ce genre, ça a dégénéré.

De jeunes imbéciles profitent de l’occasion et leurs actes sont prémédités. Ils viennent au centre-ville en voiture avec du matériel pour accomplir leurs actes : des barres pour casser les voiture, des tournevis pour crever les pneus… Ils savent qu’il y aura une forte présence policière sur les axes principaux de la ville et en profitent pour agir dans les rues voisines, où la surveillance est moindre. À côté de ça, s’il y a des voitures brûlées, ce n’est pas toujours du vandalisme : j’ai déjà vu certains profiter de ces occasions pour mettre le feu à leur propre véhicule et se le faire rembourser par l’assurance…

"Cette qualification est celle de tout le Maghreb"

Dounia est vendeuse à Paris. Elle a vu le match dans un bar du quartier Oberkampf, à Paris.

Cette qualification n’est pas que celle de l’Algérie, mais de tout le Maghreb : il y a avait des Tunisiens, des Marocains, des Libyens qui faisaient la fête avec nous. Ils soutiennent l’Algérie, premier pays maghrébin à se qualifier pour un huitième de finale de Coupe du monde. Du coup, ça fait encore plus de monde et de bruit dans les rues. Quant à ceux qui ont cassé et brulé des véhicules, ce n’est pas une façon d’exprimer sa joie d’avoir gagné… Ces gens ne sont pas de vrais supporters, ils ne fêtent pas la victoire. Il faut ceci dit arrêter de dire que ça n’arrive que quand c’est l’Algérie qui joue : quand le PSG a été champion de France en 2013, il y a eu de la casse aussi.

Supporters algériens dans le 18e arrondissement de Paris. Photo @chloeRDX