KOSOVO

À Mitrovica, un pont fermé sème la zizanie

La ville de Mitrovica, au nord du Kosovo, est divisée entre une partie serbe (au Nord) et une partie albanaise (au Sud) établies de part et d'autre d’un pont fermé. Un lieu symbole de tensions, où des affrontements ont opposé dimanche les forces de l’ordre et des manifestants albanophones qui souhaitent pouvoir accéder librement au nord de la ville.

Publicité

Affrontements entre manifestants albanophones et forces de l'ordre à Mitrovica, le 22 juin. Capture d'écran.

La ville de Mitrovica, au nord du Kosovo, est divisée entre une partie serbe (au Nord) et une partie albanaise (au Sud) établies de part et d'autre d’un pont fermé. Un lieu symbole de tensions, où des affrontements ont opposé dimanche les forces de l’ordre et des manifestants albanophones qui souhaitent pouvoir accéder librement au nord de la ville.

Mi-juin, la municipalité serbe qui administre le nord de la ville a décidé de démanteler la barricade qui bloquait l’entrée du pont depuis 2011. Elle a été remplacée par un lieu appelé "parc de la paix". Sauf que celui-ci consiste en un alignement de pots de fleurs qui bloquent toujours le passage, ce que regrettent certains albanophones.

Photo du "parc de la paix", et de ses pots de fleurs qui barrent la route du pont de Mitrovica. Photo : Robert Bosch.

C’est contre ce remplacement de la barricade, considéré comme factice, qu’une manifestation pacifique a été organisée dimanche à Mitrovica. Mais en parallèle, des manifestants plus radicaux se sont regroupés devant l’entrée du pont côté albanais et se sont affrontés violemment avec les forces de l’ordre : 13 policiers, six manifestants et deux journalistes ont été blessés, cinq personnes arrêtées et des voitures ont été brûlées.

La ville de Mitrovica incarne les tensions persistantes au Kosovo entre la majorité albanophone et la minorité serbe, lesquelles sont exacerbées depuis que le Kosovo s’est proclamé indépendant de la Serbie en 2008. Près de 100 pays ont reconnu cette indépendance. La Serbie n'en fait pas partie :  elle n’accepte pas de se voir amputée d’une partie de son territoire qu’elle juge historiquement serbe.

Un accord a néanmoins été signé en 2013 entre Belgrade et Pristina, qui était un préalable à une adhésion future des deux pays à l’Union européenne. Il prévoyait notamment la création d’une police kosovare, intégrant les anciens policiers serbes, et d’une cour d'appel de la minorité serbe au Kosovo.

"Le 'parc de la paix' est une provocation qui ne ressemble à rien d’autre qu’une barricade"

Aferdita Sylaj est albanophone, elle dirige l’ONG Community building Mitrovica qui promeut le dialogue entre les deux communautés dans la ville.

Ce qui est arrivé dimanche était malheureusement prévisible. Une manifestation pacifique a relié le commissariat à la mairie, sans passer par le pont, elle s’est tenue en temps et en heure et sans débordement. Mais comme souvent quand une manifestation est organisée, il y a des éléments perturbateurs qui en profitent pour mener un rassemblement nettement plus agité. J’ignore qui sont ceux qui se sont réunis autour du pont, mais en tout cas plus le groupe grossissait plus la tension était palpable avec la police et la KFOR, la force internationale de l’ONU au Kosovo. Je ne sais pas qui, de la police ou des manifestants, est à l'origine des violences.

Selon moi cette manifestation n’est pas une marque de défiance envers les Serbes de Mitrovica mais envers leurs institutions et le fait que la barricade ait été remplacée par ce "parc de la paix" qui ne ressemble à rien d’autre qu’à une autre barricade : les pots bloquent le passage et les voitures ne peuvent pas plus emprunter le pont qu’avant. Ce parc est une provocation.

"La circulation entre Nord et Sud devient possible"

Malgré ces tensions, je trouve que la situation à Mitrovica s’améliore doucement. Aujourd’hui, la police travaille de manière plus efficace. Depuis qu’elle a été intégrée à la police kosovare, elle fait appliquer la même loi au Nord et au Sud, cela contribue à l’unité de la ville. Désormais, des Albanais vont au nord de la ville, notamment pour travailler pour faire des courses ou rendre visite à d’anciens voisins. Je ne dirais pas que la situation est à 100 % sécurisée pour un Serbe qui se rend au Sud ou un Albanais au Nord, mais la circulation est possible. Même si les personnes franchissant la rivière sont encore rares.

Par ailleurs, aux dernières élections, environ 20 % des Serbes de Mitrovica ont voté, cela reste peu mais ce chiffre est en progression et tend à prouver que l’appartenance de la ville au Kosovo est progressivement acceptée côté serbe. Mais pour moi les choses ne changeront qu’avec une vraie amélioration de la situation économique. Le chômage touche 50 % de la population et il y a plus d’emplois côté serbe. Il faut par ailleurs continuer à lutter contre l’insécurité, qui règne dans les deux parties de la ville et contribue à maintenir un climat tendu. Si l’on agit sur ces tendances, on améliore le quotidien des gens et ils sont forcément plus enclins à faire des efforts de dialogue.