KOWEIT

Au Koweït, les "employés de maison en fuite" traqués sur Instagram

Instagram ne sert pas qu’à raconter sa vie en photos, il peut aussi se transformer en outil de délation en ligne. C’est en tout cas l’usage qu’a décidé d’en faire un Koweïtien qui a crée un compte sur lequel il incite ses compatriotes à publier des photos de leurs domestiques qui se sont enfuis. Des dizaines de photos ont été postées, comportant le plus souvent des informations détaillées sur l’identité des travailleurs en question.

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Photo postée sur Instagram. Les données permettant d'identifier les personnes ont été floutées par FRANCE 24. 

 

Instagram ne sert pas qu’à raconter sa vie en photos, il peut aussi se transformer en outil de délation en ligne. C’est en tout cas l’usage qu’a décidé d’en faire un Koweïtien, qui a crée un compte sur lequel il incite ses compatriotes à publier des photos de leurs domestiques qui ont pris la fuite. Des dizaines de photos ont été postées, comportant le plus souvent des informations détaillées sur l’identité des travailleurs en question.

 

Dans un de ses premiers postes, le propriétaire du compte explique que "ce compte a été créé parce que ces domestiques fuyards quittent nos maisons pour aller travailler ailleurs. Nous voulons donc inciter les autres employeurs à ne pas les embaucher". Un autre post encourage même les employeurs à se rendre à la police et à "déposer un dossier devant une cour de justice", suivi d’une plainte auprès de la direction de l’immigration au Koweit. "De cette façon, l’employé ne peut pas quitter le pays via son ambassade ou un centre de détention et l’employeur n’aura pas à couvrir ses frais de retour au pays" est-il écrit. Ce vendredi, le compte avait attiré 2700 followers. La plupart des commentaires apportaient leur soutien. Certains donnaient carrément dans la xénophobie, critiquant l’apparence étrangère des travailleurs exposés.

 

Une des photos du compte. Les données permettant d'identifier les personnes ont été floutées par FRANCE 24.

 

Selon l’organisation non lucrative Migrant Rights, qui a relayé l’affaire sur son site web, ces commentaires reflètent "un discours populaire qui dépeint les domestiques comme des intrus opportunistes". Une image colportée par les médias du Golfe, estime par ailleurs l’ONG.

 

Le Koweit accueille une très forte population de travailleurs immigrés, dont la majorité sont des travailleurs domestiques. Selon Human Rights Watch, ils représentent près d’un tiers de la population active dans ce petit pays du Golfe.

 

 

Au Koweït, comme au Qatar, l’embauche de domestiques par des particuliers répond à un système assez controversé appelé le "kefala" et selon lequel la possibilité pour un immigré de résider légalement dans le pays est directement dépendante de son "sponsor", nom donné aux employeurs. Il est ainsi nécessaire d’avoir l’accord de son sponsor pour quitter son emploi et en prendre un nouveau. Quitter un emploi sans cette autorisation, même en cas d’abus de l’employeur, peut ainsi mener en prison ou à être expulsé.