COUPE DU MONDE

"Les coupures d’électricité ont gâché mon début de Mondial !"

 Le délestage, qui provoque des coupures de courant intempestives, est un problème qui touche quotidiennement plusieurs villes d’Afrique. Mais lorsqu’il a lieu en plein match de football, qui plus est de Coupe du monde, cela peut tourner au drame pour des supporters.  

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À Bamako, des habitants ont dû se réunir à la hâte devant un écran alimenté par un générateur. Capture d'écran de la vidéo de Moctar Barry.

 

Le délestage, qui provoque des coupures de courant intempestives, est un problème qui touche quotidiennement plusieurs villes d’Afrique. Mais lorsqu’il a lieu en plein match de football, qui plus est de Coupe du monde, cela peut tourner au drame pour des supporters.

 

En prévision de la Coupe du monde, plusieurs capitales du continent africain ont tenté d’anticiper les problèmes de délestage en mettant en place des écrans géants auto-alimentés. C’est le cas à Conakry en Guinée, où le président Alpha Condé a fait installer 27 téléviseurs et écrans géants dans cinq communes de la capitale.

 

Trois Observateurs, au Mali, au Cameroun, et au Burkina Faso nous racontent cette soirée, remplie de frustrations et d’anecdotes.

 

"À Bamako, on a fait la queue dans un salon de coiffure pour voir le match"

Barry Moctar habite à Bamako.

 

La Coupe d’Afrique du délestage a eu lieu hier pendant toute une mi-temps à Bamako ! Ne pouvant suivre le match chez moi, je suis sorti dans les rues pour voir comment les gens réagissaient. Il y avait plusieurs personnes qui allaient réquisitionner des générateurs électriques en catastrophe.

La seule solution que les gens ont trouvé, c’est de s’entasser dans un salon de coiffure du quartier qui était le seul à avoir un générateur et une télévision dans les environs.

 

Juste après la coupure de courant, Barry Moctar filme dans son quartier plongé dans l'obscurité. Il finira par trouver un peu plus loin un salon de coiffure où les gens se sont réunis.

"Les Burkinabè n’ont pas eu d’autre choix que d’écouter le match à la radio"

Basidou Kinda est blogueur à Ouagadougou.

 

Hier au Burkina, il y avait deux matches : Brésil-Croatie et un autre sur les réseaux sociaux qui opposait la Société nationale d’électricité (Sonabel) aux supporters de foot. Toute la soirée, les insultes ont fusé car il y a eu une énorme coupure de courant dans plusieurs quartiers. Les gens devenaient fous, parce que le courant revenait, puis repartait. Suivre le match était un vrai calvaire !

La seule solution, c’était d’avoir un téléphone 3G et se connecter à Facebook pour savoir comment évoluait le match. Moi j’ai eu la chance d’être dans un endroit un peu excentré où j’ai pu voir le match, mais plusieurs personnes ont passé plus de temps sur leurs téléphones qu’à regarder le match car ils devaient informer leurs amis de l’évolution du score ! 

 

Un internaute à Ouagadougou mécontent de la coupure d'électricité en plein match sur Facebook.

 

Les problèmes n’ont pas touché que Ouagadougou : à Koupéla à 140 km de Ouagadougou, il y a eu une coupure dans toute la ville avant la fin du match, au moment où on pensait que la Croatie pouvait revenir à deux buts partout. Les gens n’ont pas eu d’autre choix que d’écouter le match sur RFI… plutôt frustrant pour un début de Coupe du monde !

 

Ici au Burkina, on appelle la société d’électricité nationale la "Sonavilaine". Et je pense que la Coupe du monde risque de ne pas arranger sa réputation.

 

"Au Cameroun, les antennes et les générateurs ont fleuri !"

Ulrich Tchadjeu habite à Dschang, une ville de l’ouest du Cameroun.

 

Notre ville est fréquemment victime de délestage, et je peux vous dire que le dernier drame qui a marqué tous les habitants de la ville, c’était le jour du match Barcelone-Real Madrid en championnat d’Espagne [NDRL le 26 octobre 2013]. Il y avait eu une coupure générale peu après le coup d’envoi, et beaucoup n’avaient pas pu suivre le match. Les gens s’en souviennent encore aujourd’hui.

 

Un générateur dans ls rues de Dschang. Photos Ulrich Tadajeu.

 

Du coup, pour anticiper, beaucoup de bars de la ville ont déployé un dispositif impressionnant et inédit à Dschang : les générateurs électriques ont fleuri un peu partout dans le centre-ville pour prendre le relai en cas de panne de courant. Certaines discothèques en ont même acheté deux ou trois pour être sûres d’alimenter suffisamment pour diffuser les matchs de 17h à 1h du matin (horaires auxquels la plupart des matches de la Coupe du monde seront retransmis au Cameroun, NDLR].

 

On voit également beaucoup d’antennes "Canalsatellite" apparaître sur les toits. Comme ça, s’il y a une coupure au sein de nos chaines nationales, les gens peuvent se rabattre sur les chaines étrangères. Par mesure de précaution, des directeurs d’établissement ont préféré dépenser 40 000 francs CFA [60 euros] pour pouvoir retransmettre les matches pendant un mois.

 

 

 

Selon la Banque africaine de développement, en 2009, environ 42 % des Africains avaient accès à l’électricité. À titre de comparaison, ce taux est de 78 % dans les pays émergents d’Asie et 93 % en Amérique latine. 

 

Moctar, Ulrich et Basidou sont tous des contributeurs du site collaboratif lancée par les Observateurs de France 24 et Mondoblog, n'hésitez pas à venir lire leur article en cliquant ici !