IRAK

Vidéo : un Irakien dévoile le ridicule des contrôles de sécurité à Bagdad

L'Irak est un des pays les plus dangereux au monde. Ses villes sont donc parsemées de barrages routiers et patrouillées par une multitude de soldats et de policiers. Un Irakien a décidé de tester ces mesures de sécurité, qui s'avèrent n'être que de la poudre aux yeux.

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Capture d'écran de la vidéo filmée par un internaute irakien.

 

L'Irak est un des pays les plus dangereux au monde. Ses villes sont donc parsemées de barrages routiers et patrouillées par une multitude de soldats et de policiers. Un Irakien a décidé de tester ces mesures de sécurité, qui s'avèrent n'être que de la poudre aux yeux.

 

La vidéo a été tournée à Bagdad et mise en ligne le 2 juin. Elle est filmée à l'aide d'une caméra placée dans des lunettes. Son auteur reste anonyme et a même modifié sa voix pour ne pas être reconnu.

 

 

L'homme dit d'abord être conscient du risque qu'il prend en réalisant ce test. Il montre ensuite un sac rempli de munitions, déclarant qu'il s'agit d'une trentaine de balles de AK-47 (kalachnikov), "suffisantes d'après Internet pour fabriquer un engin explosif". Il ajoute qu'il a prévenu l'hôtel où il se rend des failles de leur système de sécurité et que le but de cette vidéo est de leur prouver que des mesures doivent être prises.

 

Capture d'écran de la vidéo, au moment où l'homme montre son stock de munitions.

 

À 3'10, l'homme s'arrête à un checkpoint. Un militaire semble passer un détecteur sur la voiture. L'opération ne dure que quelques secondes et l'homme continue ensuite sa route en commentant "comme vous voyez, leur détecteur magique n'a absolument rien signalé !" Une minute plus tard, l'homme passe un deuxième checkpoint sans même s'arrêter, en se contentant de saluer les militaires. Il arrive à l'entrée de l'hôtel Al-Mansour où un gardien armé lui demande où il va (4'17), s'il a une réservation et s'il porte une arme. La réponse étant négative, le gardien fait le tour de la voiture (on le voit dans le rétroviseur) puis le laisse passer, sans même lui demander d’ouvrir le coffre. L'homme entre donc avec ses munitions dans cet hôtel où a pourtant eu lieu, en 2007, un attentat qui a fait 12 morts et 21 blessés.

Cette vidéo montre les failles que nous dénonçons tous les jours auprès des ministères de la Défense et de l'Intérieur"

Notre Observateur Ali al-Moussawi travaille à Bagdad pour la chaîne locale Al Baghdadiya.

 

Cette vidéo montre deux types de défaillance : celle des outils utilisés par les forces de sécurité et celle des fouilles que ces hommes sont supposés faire.

 

Malgré le scandale qui a suivi la conception et la commercialisation de faux détecteurs de bombes l'année dernière, et dont l'Irak était le principal acheteur, nos services de sécurité continuent à utiliser ce matériel pour contrôler les voitures.

 

C'est inquiétant que cet homme soit arriver tranquillement à l'hôtel Al-Mansour, car juste en face de ce bâtiment il y a le siège de la préfecture et le parlement local de Bagdad.

 

Ceci dit, le gardien pose au chauffeur des questions qui peuvent paraître de pure curiosité, mais son but est en fait de vérifier, d'après l'accent, si la personne est irakienne. La plupart des kamikazes qui opèrent en Irak ne sont en effet pas d'ici, ils viennent d'Arabie saoudite, de Syrie, parfois même d'Afghanistan.

 

Les soldats aux check points font souvent mal leur travail car ils sont fatigués. Ils travaillent parfois 15 heures d'affilée. Et durant les périodes où le niveau d'alerte est élevé, il arrive qu'un soldat travaille 60 jours de suite, sans journée de repos. Il arrive aussi que des agents de sécurité désertent leur poste avec la bénédiction du chef de district. Il suffit que l'agent donne une partie de son salaire à son chef et on le laisse travailler comme vendeur ou chauffeur de taxi, car c'est mieux rémunéré. Et le pire, c'est qu'aux checkpoints de Bagdad, il n'y a que les voitures qui sont plus ou moins contrôlées, les passants eux ne le sont jamais !

 

Il n'y a pas un quartier à Bagdad qui n'a pas été visé par un attentat ces dernières années. À chaque attaque, les autorités ou les propriétaires du lieu vont intensifier les mesures de sécurité pendant un moment, mais ils finissent par se lasser et les mêmes défaillances refont surface. Cette vidéo est excellente car elle montre exactement les failles que nous [les journalistes] dénonçons tous les jours auprès des ministères de la Défense et de l'Intérieur.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.