CAMEROUN

Boko Haram, le nom qui fait trembler le nord du Cameroun

La secte islamiste Boko Haram sème la terreur au-delà des frontières du Nigeria. Dans la du Cameroun, les incursions des combattants se multiplient et les Camerounais vivent au quotidien dans la peur.

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Parc National de Waza Crédit photo: Flickr/CC/pleauthon Pierre.

La secte islamiste Boko Haram sème la terreur au-delà des frontières du Nigeria. Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les incursions des combattants se multiplient et les Camerounais vivent au quotidien dans la peur.

La frontière qui sépare le Nigeria et le Cameroun est particulièrement poreuse et la région camerounaise de l’Extrême-Nord a déjà été le théâtre de plusieurs enlèvements perpetrés par le groupe islamiste nigérian, comme celui du Père Vandenbeush en novembre dernier. Les combattants y multiplient aussi les attaques à l’exemple de celle d‘un campement d’ouvriers chinois mi-mai à Waza. Et les ressortissants camerounais ne sont pas épargnés. Début mai, dans la ville de Kousseri, deux personnes sont mortes dans l’attaque d’une gendarmerie attribuée à des combattants de la secte. Une véritable “psychose” s’est développée dans la région, reconnaît Issa Tchiroma, le ministre de la Communication.

En réaction aux violences et pour rassurer la population locale, le gouvernement camerounais a instauré un couvre-feu ciblant les deux-roues, véhicule généralement utilisé par Boko Haram lors de ses agressions. Il s’étend de 20h à 5h du matin pour les chefs-lieux de la région et commence dès 19h dans les zones rurales.

Mi-mai, 3 000 soldats ont par ailleurs été envoyés dans la région septentrionale où les accrochages avec les islamistes se multiplient. Le 1er juin, 40 membres de Boko Haram ont été tués à Dabanga par l’armée camerounaise.

“Personne ne veut parler d’eux !”

Adel (pseudonyme) est étudiant à Kousseri. Il nous explique qu’une atmosphère de suspicion a gagné la ville.

Ici il n’y a plus que la peur, rien que de la peur. Une rumeur court actuellement dans la ville comme quoi un imam de la mosquée aurait été enlevé par Boko Haram il y a deux jours. [Une information non vérifiée de source indépendante] Ce serait une première dans le genre. J’ai aussi entendu parler de l’attaque de Dabanga, cette fois contre des membres présumés de la secte. C’est une personne faisant route entre Dabanga et Kousseri qui l'a raconté, mais je n’ai pas plus d’information car les gens ont peur de parler.

 

Quant à l’université, elle fonctionne normalement, mais personne ne veut parler de ça ! On n’ose même pas prononcer le nom du groupe.

On reste sur nos gardes, le bruit court que des membres de la secte sont cachés dans la ville. Les policiers nous disent qu’il y ont repéré des suspects. Ils les soupçonnent d’être impliqués dans les attaques parce qu’ils ont plusieurs cartes d’identité, dont une nigériane.

“C’est l’inertie totale”

La situation sécuritaire pèse sur tout le commerce de la région, explique Michel, Observateur à Maroua, le chef-lieu de l’Éxtrême-Nord.

La population a du mal à s’adapter au couvre-feu. À 20 heures, on arrête tout et tout le monde rentre chez soi. Les deux-roues ne pouvant plus circuler, les rues sont bondées de monde, car on est tous contraints de retourner chez nous à pied.

 

On se demande quand tout ça va s’arrêter. On interroge les policiers, mais nous n’avons pas de réponse. Voilà un mois et demi qu’ici on ne fait plus rien de nos journées, c’est l’inertie totale.  Nous vivons au ralenti, tout est chamboulé. De nombreux produits se font plus rares. Si officiellement le commerce continue avec le Nigeria, la plupart des commerçants craignent de faire le trajet car les routes ne sont pas sûres. Les racketteurs profitent du climat d’insécurité pour détrousser les passants à plusieurs endroits sur la route.

 

Résultat, nous manquons de certaines denrées. Il est difficile de s’approvisionner en tissu, en jus de fruits, en farine, en huile. Les pièces détachées de voiture font aussi partie de la liste. Quand au carburant, avant on pouvait s’en procurer auprès de contrebandiers venus du Nigeria pour 200 FCFA le litre. Maintenant, c’est 600 FCFA/litre.”

 

 

Au Nigeria, les combattants de Boko Haram, qui signifie littéralement “l’éducation occidentale est interdite”, s’attaquent régulièrement à des écoles. Côté camerounais, les établissements scolaires n’ont pour l’heure pas été inquiétés. Selon un de nos Observateurs enseignant à Maroua, à la ville, comme à la campagne, elles continuent de fonctionner normalement.

 

École à l’extrême nord du Cameroun.Crédit photo: Flickr/CC/Cuso International

La présence de Boko Haram inquiète aussi dans le reste du pays. La circulation de SMS alarmistes, comme celui ci-dessous, dont l’expediteur n’a pas été identifié, attise ce sentiment. Le message prétend que Boko Haram est présent dans l’ouest du pays, région jusque là épargnée. Une information démentie par nos Observateurs sur place et par le ministre de la Communication pour qui “la période est propice à la spéculation.