Des enfants du service pédiatrique pour cancéreux de l’hôpital national de Kenyatta participent à une séance d’activité organisée par une association locale. Photo : Anyiko Okowo. Les visages des enfants ont été floutés par FRANCE 24.
 
En se rendant au service d’oncologie pédiatrique du plus grand hôpital du Kenya, la blogueuse Anyiko Okowo a découvert des enfants en grande détresse. Parce qu'ils sont atteints du cancer, beaucoup d'enfants y ont été abandonnés par leurs parents et vivent seuls les derniers mois de leur vie.
 
Le Kenyatta National Hospital (KNH), qui s’étend sur près de 50 hectares, accueille 1 800 lits et traite quotidiennement plus de 30 000 patients. C’est aussi un des huit hôpitaux du pays à proposer un service d’oncologie. Aujourd'hui, ce centre de soin des cancéreux est débordé. Le service est seulement équipé de deux machines de radiothérapie, si bien que le délai pour obtenir un traitement est supérieur à un an.
 
Les familles qui en ont les moyens envoient donc leurs enfants se faire soigner à l’étranger, explique Simon Ithai, le porte-parole de l’établissement. Par conséquent, la majorité des quelques 300 patients présents dans le service d’oncologie pédiatrique sont issus de familles pauvres, originaires de la périphérie de Nairobi ou du nord du pays. Ils n’ont pas d’assurance médicale.
 
Des bénévoles organisent un spectacle de marionnettes pour divertir les enfants. Photo : Anyiko Owoko.

We can’t say they don’t love their children.

"Vous pouvez déposer votre enfant, signer un papier et revenir payer plus tard, mais certains parents ne reviennent jamais"

Anyiko Owoko est journaliste indépendante et blogueuse à Nairobi. Quand elle a commencé à travailler sur les enfants cancéreux au Kenya, elle s’est rendu compte qu’aucun chiffre n’existait sur le sujet. Elle s’est donc rendue à l’hôpital de Kenyatta.
 
Je suis allée à l’hôpital public de Kenyatta. Je savais que dans les hôpitaux privés les choses sont différentes puisque là-bas, de fait, les parents peuvent payer. C’est une fois sur place que j’ai réalisé que beaucoup de jeunes patients avaient tout simplement été abandonnés par leurs proches. La personne en charge des relations publiques de l’hôpital m’a expliqué qu’environ 30 enfants étaient actuellement dans cette situation dans le service.  Ça m’a bouleversé. Certains diront que ces histoires sont normales dans un pays comme le Kenya mais pour moi, c’est profondément choquant.
 
Des organisations locales mettent en place des activités pour les enfants malades, dont beaucoup ne reçoivent plus aucune visite de leurs proches.
 
Je n’ai pas pu parler à des parents qui ont laissé leur enfant là-bas, mais je suis certaine que la raison principale est leur situation économique. L’hôpital national de Kenyatta est une structure publique donc les procédures administratives sont un peu moins strictes que dans les hôpitaux privés : vous pouvez déposer votre enfant, signer un papier et revenir payer plus tard. Et il arrive que des parents ne reviennent jamais car les traitements contre le cancer sont très chers, même dans un hôpital subventionné.
 
J’ai rencontré une jeune fille qui a besoin de soins particuliers puisqu’elle est autiste. Un cancer s’est développé dans sa jambe et elle a du être amputée. Elle était vraiment pleine de joie de vivre et avait rapidement réappris à courir et à sauter. L’infirmière m’a expliqué que son père venait tous les jours jusqu’à ce qu’il signe les papiers de son amputation. Puis, elle ne l’a plus jamais vu. C’est déjà assez dur d’être malade, mais malade et abandonnée c’est un crève-cœur.
 
Paul, le garçon qui a dessiné cet oiseau, était un orphelin abandonné par sa famille adoptive dans l’hôpital. Il est décédé peu après qu’Anyiko soit allée visiter le service.
 
"Les parents ne savent rien du cancer"
 
Au delà de la pauvreté, des parents abandonnent aussi leurs enfants parce qu'ils sont mal informés sur la maladie. Malheureusement, nous vivons toujours dans une société marquée par la superstition. Les parents s’inquiètent de ce que les gens diront d’eux s’ils apprennent que leur enfant est malade. Les bénévoles que j’ai rencontrés pensent d’ailleurs leur offrir un soutien psychologique car beaucoup sont traumatisés par cette épreuve. Nous, nous devons de comprendre comment ils peuvent en arriver là.
 
 
 
 
Billet écrit par Brenna Daldorph (@brennad87),journaliste à FRANCE 24