Photo d'un bombardement dans la banlieue de Benghazi, postée sur Facebook.
 
Le 28 mai, des troupes issues de l'armée libyenne ont commencé à bombarder des quartiers de Benghazi, la deuxième ville du pays, en ciblant les camps de deux groupes islamistes armés, la brigade du 17-Février et Ansar al-Charia. Depuis les combats se sont propagés dans la ville. Témoignages d’habitants pris au piège des tirs.
 
L'opération militaire est baptisée "Dignité". Elle est dirigée, depuis le 16 mai, par le général dissident Khalifa Haftar, après le ralliement de plusieurs unités de l'armée, mais sans l'aval du gouvernement libyen. Les raids aériens frappent depuis mercredi 28 mai des quartiers de la banlieue de Benghazi comme al-Houwary ou Sidi Frej, qui sont connus pour être des bases pour ces groupes radicaux.
 
Raids aériens à Benghazi lundi 2 mai.
 
Le groupe Ansar al-Charia, une des deux milices visées, est au cœur des batailles armées et des attentats que connaît la ville de Benghazi depuis plusieurs mois, provoquant la révolte des habitants qui n'ont pas hésité à s'armer pour se défendre. Ansar al-Charia a été classée comme organisation terroriste par les États-Unis, depuis l'attaque contre le consulat américain à Benghazi, en septembre 2012, et dans lequel a été tué l'ambassadeur américain.

"Nous sommes une quarantaine à être restés à la fac"

Abdelhakim est originaire de Zliten, et étudiant en dernière année de médecine à Benghazi. Il est l'un des rares étudiants à habiter encore dans le foyer universitaire.
 
Le doyen a ordonné, vendredi 30 mai, le départ des étudiants originaires des autres villes du pays. Il a déclaré qu'il ne voulait pas être responsable s'il leur arrivait quelque chose parce qu'en face du campus se trouve la base de la brigade du 17-Février.
 
Nous sommes une quarantaine à être restés. Pour ma part, c'est ma dernière année de médecine que je passe à l'hôpital de Benghazi. Je voudrais quand même essayer de valider cette année et avoir mon diplôme, surtout que jusque-là, nous n'avions pas été touchés par les combats. Mais hier, un groupe d'Ansar al-Charia s'est introduit dans le campus et a lancé des missiles depuis le parvis du foyer. Maintenant, nous songeons sérieusement à quitter le campus, pour aller s'installer chez des amis ou des proches dans la ville, en attendant de savoir si on peut retourner à l'hôpital ou pas. Nous avons passé toute la matinée dans le foyer à cause des échanges de tir à l'extérieur.

"Les combats se rapprochent, ils atteignent les quartiers résidentiels"

Ahmed al-Fitory est un habitant d'un quartier résidentiel de l'ouest de Benghazi, où des combats ont eu lieu lundi 2 juin.
 
Nous nous sommes réveillés aux aurores, à 3 heures et demi du matin, avec le bruit des tirs juste à côté de chez nous. Il nous a fallu un petit moment pour comprendre ce qui se passait. Ma famille et moi habitons le quartier de Tabalinou qui se trouve à 50 mètres d'un siège des forces spéciales libyennes. C'est ce bâtiment qui a été pris pour cible ce matin par Ansar al-Charia et d'autres combattants qui se battaient à leurs côtés. On les entendait pousser leurs cris de guerre et tirer. C'était effrayant.
 
Nous nous sommes cloîtrés dans le couloir car toutes des fenêtres des chambres donnent sur la rue. Les échanges se sont poursuivis plusieurs heures, même après l'arrivée de renforts de l'armée. Finalement, les forces spéciales et les soldats de l'armée ont réussi à garder le contrôle des lieux.
 
Les affrontements ne sont pas nouveaux mais nous ne sommes pas habitués à une telle proximité. Depuis hier soir, les combats se rapprochent, ils atteignent les quartiers résidentiels et ont déjà fait deux morts parmi les civils.
 
Des traces de balles dans le mur de la maison d'Ahmed Al-Fitory
 
Débris du verre brisé des fenêtres.

"Cela me rappelle 2011"

Mohamed Al Fazzani habite au centre-ville de Benghazi.
 
La situation à Benghazi me rappelle les journées de 2011, lors de l'annonce de l'arrivée des troupes de Kadhafi dans notre ville. La même terreur règne sur la ville.
 
Il y a eu des mouvements de population entre les quartiers. Les habitants des banlieues bombardées par l'armée se sont déplacés chez leurs proches dans la ville pour éviter d'être pris pour cibles. Ici, au centre-ville, on n'a même pas besoin de regarder la télévision pour savoir ce qui se passe : depuis 2 jours, on peut suivre les combats en live sous nos yeux, la nuit.
 
Je dors en journée, impossible de trouver le sommeil avec les bombardements la nuit. Aujourd'hui, je suis sorti en fin d'après-midi dans le quartier. Deux épiceries étaient ouvertes, quelques piétons, presque pas de voitures.
 
Beaucoup suivent les déclarations de l'armée dans les médias mais il faut dire ce qui est : Tripoli nous a abandonnés. Le gouvernement renvoie dos à dos extrémistes et soldats de l'armée, en se contentant de dire qu'ils condamnent la violence.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.