Des détenus manifestent devant le centre de rétention de Holot mardi soir
 
Le centre de rétention pour migrants de Holot a ouvert il y a moins de six mois et, déjà, la structure semble saturée. Ces derniers jours, des migrants auraient été contraints de dormir dehors faute de place, explique notre Observateur.
 
Situé dans le désert du Néguev, le centre d’Holot est ce que les autorités israéliennes appellent une prison à ciel ouvert. Les migrants africains doivent y passer la nuit et y pointer à plusieurs reprises dans la journée. La plupart d’entre eux ont fui le Soudan ou l’Érythrée au cours des dix dernières années et ont franchi la frontière d’Israël, espérant y obtenir un statut de réfugié. Ils ont passé plusieurs années à Tel-Aviv grâce à des visas temporaires renouvelés régulièrement. Ces papiers leur permettaient de rester vivre en Israël mais pas d’y travailler, toutefois, les autorités ont longtemps fermé les yeux lorsqu’ils exerçaient des “petits boulots”.
 
Mais au cours de l’année écoulée, le gouvernement a modifié sa politique. Les migrants africains sont à présents convoqués l'un après l'autre et sommés de faire un choix : rentrer dans leur pays d’origine, ou aller vivre à Holot. Craignant la guerre et la persécution chez eux, beaucoup choisissent la deuxième option. La semaine dernière, un représentant de la prison a indiqué au Parlement que 2 352 demandeurs d’asile y étaient logés, s’inquiétant du fait qu’il ne restait plus que 21 places libres.
 
Or,  29 nouvelles personnes ont été transférées dans le centre lundi. Selon l’administration pénitentiaire, des chambres ont immédiatement été attribuées à vingt d’entre eux. La prison a précisé que les gardes avaient trouvé des chambres aux neuf autres avant la tombée de la nuit mais qu’ils les avaient refusées, insistant pour ne pas être séparés, ce que les détenus de Holot récusent.
 
Les nouveaux arrivants dormant dehors dans la nuit de lundi à mardi. Photo par Anuwar Suliman.
 
Les hommes chargeant leurs bagages autour du camp de Holot mardi. Photo prise par Anuwar Suliman.

“Nous ne voulions retourner à l’intérieur qu’à condition que ces nouveaux arrivants aient un lit”

Anuwar Suliman vient du Soudan, il est arrivé en Israël en 2008. Voilà deux mois qu’il habite au centre de rétention de Holot.
 
Lundi soir, j’ai vu certains de ces hommes assis dehors, avec tous leurs biens. Les neuf sont soudanais, ils ne parlent pas du tout anglais et très peu hébreu. Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas de lit pour eux. Ils auraient pu dormir à l’intérieur, sur le sol, mais ont voulu passer la nuit dehors pour rendre publique leur détresse. Je suis allé parler aux responsables de la prison et leur ai dit qu’ils devaient ouvrir de nouvelles chambres pour eux. Il en existe en effet qui ne sont pas encore ouvertes. [Le centre de rétention est en train de s’élargir pour pouvoir accueillir à terme entre 6 000 et 9 000 migrants.] Mais ils ont refusé. Ils n’avaient apparemment pas le personnel pour s’occuper de nouvelles chambres. Résultat : les neuf hommes ont dormi dehors.
 
Des détenus manifestant mardi soir.
 
Le jour suivant, il n’y avait toujours pas de lits disponibles. La nouvelle s’est répandue et nous sommes nombreux à les avoir rejoint pour protester. Nous sommes restés dehors après le couvre feu de 22 heures. Les responsables de la prison et les policiers nous ont interpellé, nous leur avons dit que nous ne voulions pas poser de problème, mais qu’ils devaient montrer à ces hommes du respect. Pour préserver leur humanité, ils avaient besoin de dormir dans des lits. Et nous ne retournerions à l’intérieur qu’à cette condition. Finalement, vers cinq heures du matin, ils leur ont trouvé des lits et nous avons mis un terme à notre manifestation."