À Maputo, les transports en commun font cruellement défaut. Du coup, face à cette pénurie chronique, les rues de la capitale du Mozambique grouillent de petites camionnettes à ciel ouvert appartenant à des particuliers. Répondant au doux sobriquet de "My Love" parce que les personnes à bord doivent parfois s’étreindre pour ne pas tomber, ces camionnettes provoquent l’indignation de notre Observateur, lequel milite en faveur d’un réseau de transport digne de ce nom.
 
Les activités industrielles et la plupart des services étant concentrés dans la capitale, un flux incessant de personnes convergent chaque jour vers Maputo. La population et, partant, la circulation, ont fortement augmenté ces dernières années. Lors du dernier recensement en 2007, la province de Maputo comptait un peu plus d’1,2 million d'habitants, contre environ 800 000 habitants en 1997, soit une augmentation de 45%.
 
À Maputo, les "My Love" connaissent un grand succès et l'attente peut être longue. Photo prise par Dércio Tsandzana.
 
Manifestation à Maputo qui réclame notamment la fin des "My Love". Photo postée sur Twitter par Alfredo Manjate.

"Ce système est complètement anarchique"

Nando Menete est le coordinateur de l’association Rede Uthende (RUth), qui a lancé en début de mois un manifeste pour la création d’une autorité des transports urbains à Maputo.
 
Les camionnettes que l’on appelle ironiquement "My Love" existent depuis une dizaine d’années. Elles ne se sont développées que vers 2010, en raison des difficultés économiques qui n’ont de cesse de gagner du terrain. On les retrouve dans toutes les grandes villes du pays car la crise des transports qui secoue le Mozambique ne se limite pas à la capitale.
 
Les "My Love" sont très populaires car c’est le moyen de transport le plus abordable. Un trajet coûte en moyenne entre 7 et 10 meticals (entre 15 et 20 centimes d’euros). Elles n’appartiennent à aucune compagnie privée mais à des particuliers. Au Mozambique, si vous êtes propriétaire d’une camionnette disposant d’un toit ouvert, vous pouvez devenir conducteur de "My Love". L’État ne délivre aucune licence, le système est complètement anarchique. Pour arrondir leurs fins de mois, certains habitants s’improvisent chauffeur sur le trajet qui sépare leur domicile de leur travail. Et ils remplissent leur véhicule sans problème car pendant les heures de pointe, la demande est très forte.
 
Un transport "My Love" dans Maputo. Photo prise par Dércio Tsandzana.
 
"Avec autant de personnes à bord et les nombreux nids de poule sur les routes, les accidents sont fréquents"
 
Ici, les transports publics sont une catastrophe. La population augmente à Maputo et dans les environs mais les investissements en faveur d’une meilleure politique de mobilité urbaine sont encore trop timides. Toutefois, la municipalité de Maputo a récemment annoncé la création d’une nouvelle ligne de bus (BRT, Bus Rapid Transit) qui traversera la route nationale n°1, la plus importante de la capitale. Elle devrait être effective d’ici à 2016. Un bon début, mais ce sera encore mieux si les routes subissent en parallèle un lifting complet. Elles n’ont en effet pas été rénovées depuis l’époque coloniale.
 
Avec autant de personnes à bord et les nombreux nids de poule sur les routes, les accidents de "My Love" sont fréquents. Par crainte d’être éjectés du véhicule, la plupart s’agrippent comme ils le peuvent. Il arrive que d’autres, faute de place, fassent le voyage cramponnés à l’extérieur de la voiture. Ce n’est évidemment pas sans danger…
 
Le Mozambique est un pays économiquement exsangue, qui peine à se relever d’une guerre civile qui l’a dévasté durant seize ans (1976-1992) et fait un million de victimes. En 2012, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a classé le Mozambique comme le troisième pays le moins développé au monde dans son rapport annuel. Près de la moitié de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté.
 
"Des 4X4 pour les dirigeants, des "My Love" pour le peuple", peut-on lire sur une des pancartes. Photos postée sur twitter par Alfredo Manjate.
 
Un "my love" sur le départ en 2008 à Maputo.
 
Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à France 24.