Manifestations de sympathisants du MNLA sur l'aéroport de Kidal le 16 mai. Capture d'écran d'une vidéo envoyée par un de nos Observateurs.
 
À Kidal, dans le nord du Mali, le cessez-le-feu en vigueur depuis juin dernier a vécu. Ces derniers jours, la ville a été le théâtre de violents affrontements à l’occasion de la visite du Premier ministre malien. Une violence attendue dans ce bastion des rebelles touareg qui échappe au contrôle de Bamako, explique notre Observateur.
 
C'est la visite de Moussa Mara, le Premier ministre malien, qui a mis le feu aux poudres. Après Tombouctou et Gao, Kidal, fief du MNLA et lieu symbolique de la crise qui a secoué le nord du Mali, était la troisième étape de sa tournée dans cette partie du pays. Dès vendredi, des manifestants pro-MNLA avaient envahi la piste de l'aéroport de la ville pour protester contre cette visite, empêchant l'atterrissage d'une première partie de la délégation. La mission onusienne de sécurisation du Mali (Minusma) a dû faire usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule. En dépit des risques encourus, le chef du gouvernement malien a maintenu son programme et a finalement atterri à bord d’un hélicoptère de la Minusma, samedi à la mi-journée.
 
Lors de sa visite, les affrontements se sont intensifiés. Le MNLA a pris d’assaut le bâtiment du gouvernorat, lequel avait servi de base-arrière aux combattants touareg durant la guerre du Mali entre 2012 et 2013, et fait une trentaine de prisonniers, des fonctionnaires maliens d’après le mouvement. Dimanche soir, le gouvernement malien a indiqué que les autorités s’activaient pour obtenir la libération des otages.
 
Si Moussa Mara a pu quitter Kidal dimanche matin par hélicoptère, le MNLA a, quant à lui, repris l'ensemble des points d'entrée de la ville. Et mis la main sur la cité administrative qui comprend, notamment, les locaux du gouverneur et la radio.
 
Kidal, fief de la rébellion touareg du MNLA, est un foyer de tension depuis le début de la guerre au Mali. Ratifiés le 18 juin 2013 après d’âpres négociations, les accords de Ouagadougou étaient censés mettre fin à la crise dans le nord du Mali. Ceux-ci prévoyaient, entre autres, que la sécurité de la ville soit conjointement assurée par le MNLA et l’armée malienne. Le hic : cette dernière ne compte actuellement que 200 hommes sur place, à peine 500 si l’on ajoute les soldats français et ceux de la Minusma. Des effectifs largement insuffisants pour maintenir le calme.
 
Centre de Kidal. Photo prise en novembre par un de nos Observateurs.

"Il est difficile de maîtriser une ville qui compte autant de belligérants"

Assan Midal est guide touristique dans le Sahel. Il est Touareg et connaît très bien la ville de Kidal. Il y était en avril dernier.
 
Différents groupes ethniques cohabitent à Kidal. Si la ville est majoritairement peuplée de Touareg, elle est aujourd’hui divisée entre ceux qui soutiennent le pouvoir central de Bamako - des Maliens du sud venus en nombre il y a plusieurs décennies pour participer au développement de la cité - et les autres, proches ou sympathisants du MNLA.
 
Kidal est l’éternelle ville rebelle, toujours en butte contre l’État. Enclavée, géographiquement et culturellement plus proche de l’Algérie, la capitale malienne n’y a jamais exercé son influence. Et puis, il est difficile de maîtriser une ville qui compte autant de belligérants, que ce soit l’armée malienne, l’armée française ou encore les combattants touareg. D’ailleurs, même entre Touareg on se chamaille à Kidal. Plusieurs clans se disputent en effet le leadership de la région. C’est un sujet tabou mais qui, s’il est réglé, permettra de résoudre de nombreux problèmes.
 
Les accords de Ouagadougou ont été signés en juin dernier pour apaiser les tensions mais, paradoxalement, ils n’ont fait que les raviver. Depuis, les membres du MNLA attendent toujours que le pouvoir central leur accorde une gestion autonome de l’Azawad, et non plus l’indépendance comme souhaité auparavant [Le MNLA a proposé un statut d'autonomie au gouvernement malien après le second tour de l'élection présidentielle qui s'est tenu le 11 août, deux mois après les accords de Ouagadougou].
 
Dans la foulée, ils avaient menacé le gouvernement de reprendre les armes si celui-ci s’obstinait à refuser l’ouverture de négociations sur un statut politique et juridique de l’Azawad. Ce n’est donc pas étonnant que la situation ait fini par dégénérer à nouveau.
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