Des habitants des villages ruraux d’Andranondambo et d’Ambatotsivala, dans le sud de Madagascar, se sont livrés la semaine dernière à des affrontements sans pitié. Des villageois ont été tués, des maisons détruites et des milliers de personnes sont maintenant déplacées. Un chaos qui mêle vols de zébus et contrôle des minerais de la région.
 
Les violences ont eu lieu entre le mercredi 7 et le jeudi 8 mai. À l’origine des querelles, un vol de zébus par des "Dahalos" (voleurs de bétail) problème récurrent à Madagascar. Le vol a été perpétré contre un habitant du village d’Andranondambo, situé à 80 kilomètres de la petite ville d’Amboasary. Les habitants d’Andranondambo, organisés en dina, un groupe de défense encadré par des règlements locaux, ont pourchassé les voleurs de zébus pour récupérer le bétail dans le village voisin d’Ambatotsivala, où ils s’en sont pris à plusieurs familles. Des deux côtés, les représailles se sont multipliées les jours suivants, nécessitant l’intervention de la gendarmerie.
 
 
Dans les heurts, le village d’Andranondambo a été totalement saccagé. Des Observateurs ont pu se rendre sur place et y prendre quelques photos. Le Bureau National de gestion des risques et des catastrophes de Madagascar estime que 10 habitants d’Andranondambo et 12 d’Ambahitsivala sont morts dans les affrontements. Près de 300 maisons ont été incendiées.
 
Les images qui suivent sont des captures d'écran d'une vidéo prise le 11 mai par des habitants du village et récupérées par FRANCE 24. On y voit des maisons détruites dans le village d'Andranondambo, et des habitants qui fuient, profitant de la présence policière. D'autres èrent à la recherche de leurs affaires ou de proches. Des traces de sang sont visibles dans les décombres.
 
 
 
 
 

"Certains ont parcouru à pied les 80 kilomètres pour venir se réfugier ici"

Autre conséquence des attaques : de très nombreux déplacés. Cedrick Randrimaro est informaticien dans la ville d’Amboasary, une des villes où nombre d’habitants d’ Andranondambo se sont réfugiés.
 
Dès mercredi, on a vu arriver énormément de gens, certains avec leurs bétail, d’autres sans rien, à pied, ne sachant pas où aller. Des responsables locaux ont mis en place six tentes à la va-vite, et des associations humanitaires ont distribué des vivres. On ne sait pas encore leur nombre exact, mais ils doivent être environ 700 ici. Et d’autres ne cessent d’arriver jusqu'à aujourd'hui, tous sont originaires d’Andranondambo. Certains ont parcouru à pied les 80 kilomètres pour venir se réfugier ici.
 
Il y avait déjà eu des vols de bœufs dans ces villages il y a quelques semaines, mais les villageois avaient discuté et la situation semblait sous contrôle. Cette fois, ça a dégénéré, parce que les Dahalos, ont assassiné le chef du groupe de défense, un certain Manjaka. Les habitants réfugiés m’ont décrit des scènes hallucinantes, parlant même de femmes armées venant d’Ambatotsivala qui les ont attaqués et ont brûlé leurs maisons.
  
Des habitants du village d'Andranondambo réfugié à Amboasary, la ville de notre Observateur. Photo Cedrick Randrimaro.

"Des habitants d’Andanondambo avaient recommencé à exploiter une mine que leur rivaux estiment sur leur territoire"

Les attaques de "Dahalos" se sont multipliées ces dernières semaines dans le sud de Madagascar. Dans la région d’Antanimora, le révérend Firmin Maroto a accueilli au cours des cinq derniers mois une centaine de personnes fuyant leurs attaques dans la région.
 
La région d’Andranondambo a une spécificité supplémentaire, puisque là bas, il y a des minerais de saphir et de mica qui n’étaient plus exploités depuis longtemps. Mais récemment, des habitants d’Andranondambo avaient recommencé à l’exploiter de façon artisanale. Selon des habitants de la région, cette mine concentrait les mécontentements des gens d’Ambatotsivala depuis quelques mois. 
 
D’une part, ils estiment que la mine est située sur leur territoire. D’autre part, ils ont du mal à comprendre que beaucoup de malgaches non originaires de la région, viennent travailler et profiter des ressources de la mine. Ce n’est pas la raison principale de l’attaque, mais ça a probablement convaincu des habitants d’Ambatotsivala poussés par les "Dahalos", à attaquer le village voisin. Aujourd’hui, on a une ville complètement déserte, où n’importe qui peut venir exploiter les minerais.
 
"C'est la première fois qu'il y a autant de déplacés"
 
L’autre certitude, c’est qu’on a affaire à des attaques de plus en plus organisées pour prendre le contrôle des zébus et le bétail disparait ensuite dans la nature. Les "Dahalos" profitent de la complicité de vétérinaires, mais aussi d’officiers qui leur transmettent des papiers en règles. Ces papiers leur permettent de rejoindre Tolinaro, dans le sud, où les bœufs sont envoyés à Antananarivo pour être abattus. [Selon des responsables haut-gradés dans l'administration malgache, au moins 40 % des zébus consommés dans la capitale seraient des zébus volés, NDLR.]
 
Le problème n’est pas nouveau, mais ce qui est dramatique cette fois, c’est qu’on a des milliers de personnes déplacées à cause d’un conflit qui ne les concerne pas à la base. Auparavant, on avait des dizaines, parfois des centaines de sinistrés dans des attaques, mais jamais dans ces proportions.
 
Dans un autre fontonkany (village rural) de Madagascar où des habitants ont fui les violences. Photo prise le 12 mai par un de nos Observateurs dans la région.
 
La député de la région d’Amboasary, Angèle Solange, est montée au créneau, jeudi 15 mai, pour demander aux autorités minières de faciliter l’accès et l’exploitation des mines aux habitants d’Ambatotsivala. Elle estime que cette décision éviterait les tensions entre ces villages mitoyens et donnerait des opportunités aux plus jeunes de se détourner des activités de grand banditisme.
 
Lundi 12 mai, les autorités ont annoncé l'envoi de 150 gendarmes supplémentaires dans le sud du pays. Selon des sources policières à Fort-Dauphin, de nouvelles opérations seront lancées dans les jours à venir pour lutter contre le trafic des "Dahalos".
 
A voir aussi, la Ligne directe sur La guerre des Zébus tourné en septembre 2013.
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour les Observateurs de FRANCE 24.