Émeutiers forçant l'entrée des usines. Capture d'écran de la troisième vidéo ci-dessous.
 
Mardi, des ouvriers vietnamiens ont saccagé et incendié plusieurs usines pensant qu’elles appartenaient à des compagnies chinoises. Une colère dirigée contre Pékin qui a commencé à déployer une plateforme pétrolière dans des eaux revendiquées par Hanoi. Et si le sentiment anti-chinois est discrètement encouragé par les autorités vietnamiennes, elles semblent avoir, cette fois-ci, perdu le contrôle de la situation.
 
Les manifestations sont rares au Vietnam et généralement très encadrées. Mais le week-end dernier, c’est bien avec la bénédiction du gouvernement communiste que des manifestations massives anti-Chine ont été organisées à Hanoi, la capitale ainsi que dans plusieurs grandes villes. Des rassemblements pacifiques que les médias d’Etat, les seuls autorisés, ont largement couvert. Ce mouvement a fait tache d’huile et mardi, dans le sud du pays, ce sont 20000 ouvriers qui sont allés protester dans une zone industrielle de la province de Binh Duong, près de la capitale économique, Ho Chi Minh-Ville. Mais cette fois, la situation a dégénéré : au moins trois usines ont été incendiées et des dizaines d’autres ont été mises à sac. Devant ces dérapages, les autorités ont fini par envoyer les forces anti-émeutes qui ont procédé à près de 500 arrestations.
 
Cette vidéo publiée sur Facebook montre des manifestants écraser des caméras de surveillance du parc industriel Vietnam-Singapore à Binh Duong.
 
Les manifestants visaient des usines chinoises mais ont aussi attaqué par erreur des bâtiments appartenants par des Coréens et des Taiwanais. Sur une des nombreuses vidéos de cette soirée de violences, un propriétaire d’usine coréen hisse le drapeau vietnamien sur son usine pour essayer de dissuader les émeutiers. Le calme était revenu mercredi, toutefois plusieurs usines ont temporairement suspendu leur activité.
 
Fait rare, ces violences ont été mentionnées dans les médias officiels vietnamiens.
Et après avoir réprimé le mouvement, les autorités de la province ont fait savoir qu’elles "respectaient cette mobilisation, qui est la preuve du patriotisme des ouvriers en réponse aux incursions chinoises dans les eaux du Vietnam".
 
Chine et Vietnam ont des différends de longue date sur les archipels des Paracels et des Spratleys, dont les fonds sont supposés riches en pétrole et qui constituent d'importantes voies maritimes internationales.
 
A la fin de cette vidéo qui montre diverses étapes de la manifestation, le feu est mis à des usines.

"Comme il n’y a pas de syndicats indépendants au Vietnam, leur colère a explosé de façon totalement anarchique"

Truong Minh Duc, journaliste citoyen, a filmé les attaques des usines.
 
 
C’était dangereux d’être sur place, certains manifestants m’ont directement menacés. Ils ne voulaient pas être filmés et avaient peur que je travaille pour la police. Je n’ai donc pas filmé les visages. La police n’était pas contente de me voir non plus mais ils ont décidé de ne pas m’embarquer. Les policiers étaient très occupés par ailleurs. C’était totalement chaotique. Les manifestants ont commencé à attaquer des usines au hasard, sans même vérifier si elles étaient chinoises. Dès qu’ils voyaient des caractères chinois, ils y allaient.
La réaction de ces ouvriers n’est pas surprenante. C’est vrai que tout a été déclenché par l’installation de la plateforme pétrolière chinoise mais d’autres facteurs sont venus alimenter cette spirale de violence. Ces manifestants avaient commencé par des rassemblements pacifiques puis, lundi, des patrons d’usine ont décidé de bloquer leurs salaires. Ces gens sont pauvres et viennent de milieux ruraux. Ils étaient absolument furieux. Et comme il n’y a pas de véritables syndicats indépendants au Vietnam, leur colère a explosé de façon totalement anarchique.
 
 
Cette vidéo publiée sur Facebook montre des manifestants enfoncer les grilles d'une usine appartenant à TNHH, une entreprise taïwanaise.