Masih Alinejad.Toutes les photos ont été publiées sur sa page Facebook "Stealthy Freedoms."
 
C’est elle qui, de Londres, a lancé la page “Petits moments de liberté”. Une page où toutes les Iraniennes sont invitées à partager ces moments furtifs où elles osent enfreindre les règles de la République islamique en retirant leur voile.
 
La page “Stealthy Freedoms” a déjà recueilli près de 150 000 likes d’internautes et des dizaines de femmes Iraniennes ont osé dévoiler, le temps d’un instant, leur chevelure aux yeux de tous.
 
Depuis la révolution islamique de 1979, les Iraniennes sont obligées de porter le hijab dans les lieux publics. Si la police religieuse les surprend sans voile, elles risquent d’être arrêtées, soumises à des amendes, voire même à des peines de prison. Cela n’empêche toutefois pas certaines femmes, particulièrement dans les grandes villes comme la capitale Téhéran, de repousser les limites en ôtant leur hijab lorsqu’elles sont au volant, ou en le portant très en arrière de façon à ce qu’il ne cache qu’une petite partie de leurs cheveux.
 
Les Iraniennes qui se sentent contraintes par le code vestimentaire islamique expriment leur désaccord en envoyant leurs photos, têtes nues, à l’administratrice de la page “Stealthy Freedoms”. Et si certaines se cachent derrière des lunettes de soleil ou tournent la tête à l’objectif, d’autres osent montrer leurs visages. Aucune ne donne en revanche son nom.
 
“Cette photo a été prise à l’automne au parc de Sorkhehesar (Téheran). Je ne pensais qu’à ma liberté, mais je tremblais de peur, je tremblais comme une feuille d’automne dans le vent! Oui, mes “petits moments de liberté” ont toujours été des moments de crainte”

“Beaucoup d’entre elles sont pieuses”

La journaliste iranienne Masih Alinejad, qui vit à Londres depuis 2008, est l’administratrice de la page Facebook “Stealthy Freedoms”.
 
Il y a quelques temps, j’ai posté sur Facebook une photo de moi conduisant en Iran, sans hijab. J’ai posé la question suivante: “Y a-t-il d’autres femmes qui comme moi ont déjà goûté à ce 'petit moment de liberté' ? Seriez-vous prêtes à poster vous aussi ce genre de photos?” Et de nombreuses femmes ont commencé à m’en envoyer. Je m’assurais à chaque fois que l’expéditrice avait bien conscience que cette page était très probablement surveillée, et elles décidaient en connaissance de cause de publier la photo ou non.
 
Je ne suis pas surprise par le nombre de photos reçues car en tant qu’Iranienne, je sais que les femmes sont nombreuses à ne pas adhérer au port du hijab et à avoir sans aucun doute déjà enfreint la règle en cachette. Et c’est justement parce que c’est interdit, que les femmes iraniennes n’aiment rien plus que sentir le vent dans leurs cheveux !
“Je veux que mes cheveux soient caressés par les douces mains du vent. C’est peut-être la plus mince des libertés, mais je n’y ai pas eu droit”
 
Ma démarche n’a rien d’insultant envers les femmes qui portent le hijab. Dans ma propre famille, les femmes le portent avec conviction. Mais je voulais montrer que pour certaines ce n’est pas évident, et par conséquent refléter plus fidèlement la société iranienne. Malheureusement, les seules à être représentées dans les médias iraniens sont les femmes pro-hijab. Ce qui est intéressant, c’est qu’une grande partie des femmes qui m’envoient ces photos sont pieuses. Elles invoquent Dieu, se présentent comme musulmanes, mais disent ne pas croire au port du voile.
 
“J’essaye de vivre ce court instant de liberté régulièrement. Ce sont des instants de paix...mais parfois aussi de peur ! Ces moments peuvent sembler très anodins, mais ils sont essentiels à nos âmes”
 
“Quand les femmes montrent leur vrai visage, c’est une menace de taille pour la République islamique”
 
Cette page encourage les femmes à oser s’exprimer. Avec la propagande diffusée par la République islamique, certaines femmes croyaient peut-être être seules dans leur cas, mais elles peuvent maintenant se rassurer.
Beaucoup s’interrogent : “Pourquoi devons-nous porter des hijabs alors que dans des pays comme la Syrie ou le Liban, qui sont de proches alliés de l’Iran, les femmes peuvent décider de le porter ou non ?”

“Mon mari et moi dans un furtif moment de liberté… Nous avons pris cette photo en présence de policiers, qui avaient de bons cœurs et sont simplement passés près de nous en souriant. J’espère qu’un jour les autorités seront là pour assurer la paix et la sécurité au lieu de nous réprimander pour ce que nous portons.”
 
Certains diront peut-être que la façon de s’habiller n’est pas le principal problème auquel les femmes doivent faire face. [En Iran, les droits de la Femme sont très restreints. Par exemple, elles doivent avoir une autorisation d’un mari ou tuteur masculin pour voyager à l’étranger; et ne peuvent divorcer sans l’accord de leur époux, NDLR]. C’est juste, et pourtant c’est une priorité pour les conservateurs iraniens. Ils dépensent beaucoup pour financer la police religieuse, ou encore la propagande pro-hijab diffusée dans les médias proches des radicaux.
 
Le Guide suprême Ali Khamanei estime que l’Iran est l’Umm al-Qura [le cœur du monde musulman] et qu’il est par conséquent une nation modèle. Et quand les femmes montrent leur vrai visage, c’est une menace de taille pour la République islamique.

“J’ai pris cette photo dans la cour du palais du Golestan (Téheran), silencieusement, furtivement, avec difficulté et loin des gardes… J’ai beaucoup regretté ne pas pouvoir prendre de belles photos avec tous ces beaux murs colorés”
 
"Le tiers-monde, c’est là où les femmes rêvent de sentir le vent souffler dans leurs cheveux.”
 
“Côte de la mer Caspienne, sur une plage de Gulshan….avec ma famille...où nous allons tous les étés… et je ne vois aucun intérêt à s'y couvrir la tête.”
 
“Mon écharpe pour Monsieur le bonhomme de neige, et sa liberté pour moi! Voilà ce que j’appelle un marché! Même si c'est pour quelques minutes seulement… Je rêve du jour où nous serons débarrassés de toute cette étroitesse d’esprit et de ces limites insensées et où nous obtiendrons l’égalité des droits.”
 
“Il n’y a pas de mots pour exprimer cette sensation de liberté. Seul un sourire le peut”
 
Article écrit avec la collaboration d'Ershad Alijani (@ErshadAlijani), journaliste de FRANCE 24.