CENTRAFRIQUE

En Centrafrique, une série télé veut réconcilier chrétiens et musulmans

 Cent jours après l’entrée en fonction de la nouvelle présidente centrafricaine Catherine Samba Panza, la réconciliation entre les chrétiens et les musulmans est toujours un sujet brûlant. Pour militer en faveur de la paix, des journalistes et artistes locaux tentent de lancer une série télé pour rapprocher les points de vue de leurs concitoyens... non sans difficultés.

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Le tournage dans les rues du centre-ville de Bangui. Photos Pacôme Pabandji.

 

Cent jours après l’entrée en fonction de la nouvelle présidente centrafricaine Catherine Samba Panza, la réconciliation entre les chrétiens et les musulmans est toujours un sujet brûlant. Pour militer en faveur de la paix, des journalistes et artistes locaux tentent de lancer une série télé pour rapprocher les points de vue de leurs concitoyens... non sans difficultés.

 

Depuis mars 2013, la Centrafrique a sombré dans le chaos. Après les exactions de l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, ce sont maintenant des milices chrétiennes qui sèment la terreur. Un conflit qui a déjà fait près de 1,5 million de déplacés et qui crée aujourd’hui un fossé entre chrétiens et musulmans. Par peur des violences, plus de 90% des 60 à 80 000 musulmans qui vivaient à Bangui, ont déjà quitté la capitale pour le nord du pays, créant une partition de facto du pays.

 

Pour tenter de participer au processus de réconciliation enclenché par le gouvernement centrafricain en janvier, plusieurs journalistes et acteurs ont lancé l’idée d’une émission "Centro Liv’N PIZ" [Centrafrique en paix] mêlant interviews d’habitants de Bangui et mini-scénettes jouées par des acteurs. La première émission (57 minutes) devait être diffusée le 3 mai à la télévision centrafricaine mais son tournage a été repoussé à cause de problèmes de sécurité (plusieurs affrontements ont eu lieu ces derniers jours à Bangui).

"Souvent les gens nous empêchent de tourner"

Pacôme Pabandji est journaliste indépendant et producteur de l’émission "Centro Liv’n PIZ". Il anime régulièrement des émissions sur Equinoxe TV à Douala, au Cameroun.

 

Notre rendez-vous a un concept clé : accorder un temps de parole strictement égal aux chrétiens et aux musulmans. À travers cette émission, on veut prouver que les préoccupations des membres des deux communautés sont les mêmes et montrer autre chose que les actes de violences qui touchent malheureusement quotidiennement nos concitoyens.

 

Pour ne pas enchaîner une série de témoignages, on a eu l’idée de mettre en scène des mini-scènes jouées par des acteurs. Ces dernières, qui durent sept minutes, symbolisent la crise actuelle en Centrafrique. Par exemple, dans le premier numéro de la série, un chrétien et un musulman se disputent, s’accusant mutuellement d’être membres de groupes rebelles. La chef du village intervient et les prévient qu’ils risquent de détruire le village à cause de leur querelle. Finalement, ils décident de construire une maison ensemble.

 

"On a trois musulmans dans l’équipe"

 

Le tournage est assez difficile : il est rythmé par des annulations car nous nous rendons dans des quartiers où il y a fréquemment des attaques, comme le PK5 [un quartier où beaucoup de musulmans résident, NDLR]. Dans la majorité des cas, on tombe sur des gens qui ne comprennent pas la démarche, qui refusent d’apparaître dans le film et interrompent les tournages en nous chassant. Une fois, nous avons même dû laisser à des habitants mécontents la carte mémoire de notre caméra, où il y avait plusieurs heures d’enregistrement, afin d’éviter que la situation ne dégénère.

 

Heureusement, d’autres personnes constatent que nous avons une équipe mixte, composée de chrétiens et de musulmans, et se prêtent au jeu. Sur onze personnes qui travaillent sur l’émission, on a trois musulmans. Ils ont du courage, car ça devient de plus en plus difficile pour eux de se déplacer sans problème à Bangui. Notre objectif, c’est de rester proche de la population, quelles que soient les conséquences. On n’imagine pas faire cette émission en studio, ça ne nous intéresse pas.

 

Pour l’instant, je finance la série grâce à mes économies et à l’aide d’amis. On a été approchés par beaucoup d’hommes politiques, de différents partis, qui nous ont proposé de nous aider financièrement. Mais on a refusé, parce qu’on veut rester indépendants et loin de toute propagande.

 

Le générique de la série diffusée à partir de la semaine du 12 mai sur la chaîne nationale centrafricaine.

 

Le programme a reçu l’autorisation pour être diffusé à la télévision par le ministère de la Communication. Contacté par FRANCE 24, Didier Martial, chargé de mission pour le ministère, se félicite qu’un programme qui fasse "participer les gens à la base" soit porté à la télévision, mais ajoute que l’émission ne pourra être diffusée qu’à partir du 12 mai.

 

 

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour les Observateurs de FRANCE 24.