MAURITANIE

La longue marche des négro-mauritaniens pour retrouver leur dignité

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 300 kilomètres à pied, c’est la distance parcourue par quelques dizaines négro-mauritaniens pour dénoncer leurs conditions de vie. Car plus de cinq ans après avoir été autorisés à rentrer du Sénégal, ces anciens exilés attendent toujours leur réinsertion.

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Des dizaines de sympathisants sont venus accueillir les marcheurs dans les rues de Nouakchott, dimanche 4 mai. Photo postée sur Twitter par @amkane12.

 

300 kilomètres à pied, c’est la distance parcourue par quelques dizaines de négro-mauritaniens pour dénoncer leurs conditions de vie. Car plus de cinq ans après avoir été autorisés à rentrer du Sénégal, ces anciens exilés attendent toujours leur réinsertion.

 

À leur arrivée à Nouakchott, dimanche 4 mai, après avoir marché pendant 10 jours depuis Bogué, les protestataires ont été empêchés de manifester dans les rues de la capitale et dispersés sans ménagement par les forces de l’ordre.

 

Ces marcheurs font partie des dizaines de milliers de Mauritaniens, d’origine négro-africaine, qui ont fui leur pays pour échapper à des massacres intercommunautaires perpétrés par les forces de sécurité entre 1989 et 1991. Certains se sont réfugiés au Mali, mais la plupart se sont exilés au Sénégal. Entre 2008 et 2012, ils ont été rapatriés en Mauritanie à la faveur d’un accord tripartite avec le Sénégal et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). Cet accord prévoit notamment l’octroi de pièces d’identité mauritaniennes aux rapatriés, estimés à environ 25 000 personnes, qui leur ouvriraient le droit au travail et au logement.

"Les autorités avaient promis de nous réinsérer dans la société mauritanienne"

Aujourd’hui, ces promesses sont loin d’être tenues, explique Ibrahim Ndiaye, instituteur et président de l’association des rapatriés au Sénégal.

  

Sur 24 536 rapatriés, seulement 8 300 ont été inscrits sur les registres de l’État civil depuis 2008. Du coup, il y a des centaines de chauffeurs, de mécaniciens, de pêcheurs, d’artisans qui ne peuvent pas obtenir d’autorisation pour travailler.

 

En outre, le gouvernement s’est engagé à construire des logements pour tous les rapatriés en 2008. Huit ans plus tard, ils sont toujours parqués dans des camps dans les régions frontalières avec le Sénégal – notamment à Brakna, et Borgol - où ils avaient été installés à leur retour. Ils habitent parfois à dix dans des baraques en tôle qui font trois mètres sur quatre. Ils sont loin des villes et villages, ce qui rend l’accès à l’eau très difficile. Certains doivent parcourir des kilomètres à dos d’âne pour aller chercher de l’eau au puits.

"Une seule vache en guise d’indemnisation"

Au moment de la déportation, certains ont perdu leurs maisons, d’autres ont été spoliés de leurs terres. Le gouvernement a promis de les indemniser, mais ils attendent toujours. Beaucoup d’éleveurs, qui possédaient des troupeaux de dizaines de vaches, des chèvres, moutons, ont été contraints de laisser leurs animaux derrière eux. Ces biens ont été saisis par le gouvernement et donnés à d’autres personnes. Les éleveurs rapatriés ont reçu une seule vache chacun en guise d’indemnisation, ce qui n’est pas équitable au vu de ce qu’ils ont perdu.

 

Nous réclamons aussi la réintégration définitive des fonctionnaires et le reclassement de ceux qui n’ont pas pu évoluer pendant leurs longues années d’exil forcé. Par exemple, j'ai commencé ma carrière d’instituteur au 1er échelon. À mon retour 20 ans après, j’ai été maintenu à ce même échelon !

 

Les rapatriés marcheurs ont été notamment accueillis par des dizaines de militants de l'opposition. Photo postée sur Twitter par @amkane12.

 

Nous demandons aussi l’ouverture de davantage de bureaux d’enrôlement (centre d’inscription sur les registres d’État civil destiné aux rapatriés), car il y a seulement 10 centres répartis sur tout le territoire. Et les familles doivent parfois parcourir des centaines de kilomètres pour s’y rendre.

 

Enfin, nous voulons une meilleure éducation pour nos enfants. Beaucoup d’entre eux sont nés et ont étudié leurs premières années au Sénégal. Ils accusent aujourd’hui un retard considérable en langue arabe qui n'est pas enseignée au Sénégal. À notre arrivée, les autorités ont mis en place des cours de mise à niveau à ces élèves pendant les vacances scolaires. Ces cours ont été suspendus après an seulement...

 

Nous sommes des pacifistes, nous ne voulons que des partis politiques interfèrent dans notre action. Nous souhaitons seulement recouvrer nos droits, une identité, un travail et un logement, comme n’importe quel citoyen mauritanien.