SYRIE

À Homs, la cuisine fait de la résistance

 À la faveur d’un accord entre l’opposition syrienne et le régime, des centaines de rebelles syriens devraient être évacués de la vieille ville de Homs soumise à un siège de l’armée régulière. Affamés par un long blocus de deux ans, les rebelles et les habitants restés sur place ont été réduits à se nourrir d’olives et d’herbes pendant des mois. Pour lutter contre le manque de nourriture, un rebelle de Homs, Abou Omar, a lui créé des recettes astucieuses avec des produits qu’on trouve dans la nature, et les a partagées sur les réseaux sociaux.

Publicité

Un plat à base de sauterelles proposé par la page Facebook les "recettes du siège" tenue, par un rebelle à Homs.

 

À la faveur d’un accord entre l’opposition syrienne et le régime, des centaines de rebelles syriens devraient être évacués de la vieille ville de Homs soumise à un siège de l’armée régulière. Affamés par un long blocus de deux ans, les rebelles et les habitants restés sur place ont été réduits à se nourrir d’olives et d’herbes pendant des mois. Pour lutter contre le manque de nourriture, un rebelle de Homs, Abou Omar, a lui créé des recettes astucieuses avec des produits qu’on trouve dans la nature, et les a partagées sur les réseaux sociaux.

 

La page Facebook "Les 'recettes du siège'" propose aux rebelles assiégés à Homs des recettes de cuisine faites à partir de viande de tortue, d’insectes, d’oiseaux, de henné et de plantes diverses.

 

Un ragoût à base de feuilles de figier. "Il faut bien peler les feuilles pour enlever leur goût amer", conseille Abou Omar sur sa page Facebook.   

Abou Omar qui tient cette page faisait des études d’ingénieur, avant de rejoindre les rangs de l’opposition syrienne. Il vit à Bab Houd, un des quartiers assiégés de Homs.

  

Les produits alimentaires sont devenus de plus en plus rares au fil des mois. Quand la viande et les produits laitiers ont disparu des étals, on ne mangeait plus que des légumes. Ensuite, les lentilles et les petits pois ont disparu, et avec des amis on a commencé à planter nous-même ce qui servirait à notre alimentation.

 

Un plat baptisé les "manakish (type de pain syrien) de la résistance."

 

À une époque, on pouvait encore acheter du riz et du boulgour au marché, mais c’était cher. Le sac de riz par exemple pouvait coûter jusqu’à 15 000 livres, le double de son prix habituel [72 euros]. Mais depuis quelques mois, même le riz avait disparu et presque plus rien n’était disponible au marché noir.

 

Avec mes compagnons, nous nous sommes rendus compte qu’il était toujours possible de manger à sa faim parce que les herbes et les plantes ne tarissaient pas. Nous avons également réalisé qu’on pouvait manger certaines espèces d’animaux. J’ai ainsi cuisiné des recettes avec de la viande d’oiseau et de tortue - qui est d’ailleurs bonne compte tenu des circonstances. Puis j’ai posté des images et commentaires pour que les autres combattants dans la même situation puissent en profiter. En revanche, je n’ai jamais mangé ou cuisiné de la viande de chat ou de grenouille parce que la religion l’interdit. On m’a rapporté que certains habitants étaient tellement désespérés qu’ils avaient mangé de la viande de chien !

 

"Nous avons mangé de la viande de tortue car cela est permis par la religion musulmane."

 

Avec mes compagnons, nous nous relayions tous les jours pour chercher des produits afin de cuisiner nos plats alternatifs. Nous cueillons notamment les herbes qui poussent sur les trottoirs, et des feuilles d’arbres. Nous avons aussi réussi à transformer certains produits en pâte pour fabriquer du pain, comme la coriandre, les arilles de grenades.

 

En créant cette page, nous ne cherchions pas à pleurer sur notre sort ni à susciter la pitié, mais nous voulions plutôt dire que malgré ce terrible siège que nous subissions, nous étions heureux et reconnaissants envers Dieu car notre cause était juste.