Capture d'écran de la vidéo postée sur Facebook par le groupe "Les étudiants disent non à la répression".
 
La semaine dernière, les étudiants de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), au Sénégal, se sont mis en grève pour protester contre une réforme scolaire. Un blocage, qui a suscité l’intervention de la police, laquelle s’est révélée musclée même quand le calme était revenu sur le campus, comme nous le montre cette vidéo envoyée par notre Observateur.
 
Toujours active lundi 5 mai, la grève des étudiants de l’UCAD a provoqué des heurts avec les forces de l’ordre dans la matinée. D’après notre Observateur présent sur les lieux, les deux camps ont échangé jets de pierres et tirs de gaz lacrymogènes.
 
Appliquée dans plusieurs pays européens il y a une dizaine d’années, la réforme LMD (pour "licence-master-doctorat")  au Sénégal, qui sera mise graduellement en application entre 2011 et 2016, repose sur les mêmes principes : elle consiste en un ensemble de mesures modifiant le système d’enseignement supérieur pour l’adapter aux standards internationaux. Les inquiétudes des élèves portent, entre autres, sur les modalités d’examen qui ne rendent plus obligatoires certains acquis étudiants (rattrapages, compensation annuelle…). Par ailleurs, les élèves craignent que les formations ne soient mises en concurrence et que de nouveaux critères de sélection soient mis en place.
 

"Dès qu’un mouvement étudiant éclate, il est réprimé en quelques heures"

Leno est étudiant en 3e année de sciences à l’UCAD. Il vit à Dakar.
 
Les images ont été tournées par un étudiant en faculté de lettres le 30 avril. Cela faisait alors deux jours que les policiers étaient intervenus dans le campus pour dissiper les élèves grévistes. Pour cela, ils ont eu recours à des méthodes brutales, mais non létales, comme l’envoi de gaz lacrymogènes [À 2’42’’, on entend une détonation, une grenade lacrymogène selon notre Observateur, qui crée un mouvement de panique parmi les étudiants, NDLR].
 
Dans la vidéo, les forces de l’ordre empêchent les étudiants d'accéder aux amphithéâtres  par crainte que ces derniers ne bloquent les salles. Ils ne font aucun distinguo entre grévistes et non-grévistes pour ne prendre aucun risque. Quand l’un d’eux leur fait part de son mécontentement, la police l’empoigne brutalement et l’embarque dans un fourgon sans sommation. On ne sait toujours pas aujourd’hui si [les étudiants] ont été libérés [Contacté par FRANCE 24, le commissariat du Point E, quartier où se trouve l’UCAD, n’a pas donné suite à nos sollicitations, NDLR].
 
Cela fait déjà quelques mois que les forces de l’ordre pénètrent dans le campus pédagogique en toute liberté. Dès qu’un mouvement étudiant éclate, il est réprimé en quelques heures. Il y a quelques années, un retard de versement des bourses d’études avait provoqué la grogne des étudiants. En réponse, les policiers avaient aspergé de gaz lacrymogènes les chambres universitaires, obligeant les élèves à quitter les lieux sur le champ.
 
Le 25 avril, l’UCAD avait déjà été le théâtre d’affrontements entre étudiants et forces de l’ordre. Cette nuit-là, un groupe d’élèves avait vandalisé un conteneur frigorifique du restaurant central de l’université, au motif qu’il contenait de la viande avariée destinée à leur consommation. Des accusations immédiatement démenties par la direction du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud). 
 
Jointe au téléphone par FRANCE 24, la direction générale de la police de Dakar est revenue sur l’intervention de ses hommes dans les murs de l’université :
 
Les policiers ont agi dans leur droit. La police est libre d’intervenir dans le campus social [résidences étudiantes] car celui-ci n’est pas régi par les franchises universitaires. Lors de situations extrêmes, quand par exemple la vie d’autrui est en danger, elle peut aussi investir le campus pédagogique de façon à rétablir l’ordre. D’ailleurs, pour éviter les débordements étudiants qui sont légion dans les universités sénégalaises, le ministère de l’Intérieur envisage de mettre en place une police universitaire.
 
Le rectorat de l'UCAD et le ministère de l'Enseignement supérieur étaient lundi injoignables.
 
Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à FRANCE 24.