CHINE

Les Chinois de la "Jérusalem de l’Est" pleurent leur église

Ils ont protesté pendant des semaines, en vain.  Les paroissiens de l’église de Sanjiang, dans l’est de la Chine, ont vu leur église détruite. Une démolition qu’ils considèrent comme une énième atteinte à leur liberté de culte.  

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Toutes les photos ont été publiées sur Weibo.

 

Ils ont protesté pendant des semaines, en vain.  Les paroissiens de l’église de Sanjiang, dans l’est de la Chine, ont vu leur église détruite. Une démolition qu’ils considèrent comme une énième atteinte à leur liberté de culte.

 

L’église de Sanjiang était située dans la ville côtière de Wenzhou, dans la province du Zhejiang. Parce qu’elle accueille de nombreux chrétiens, la plupart protestants, cette ville a été surnommée la "Jérusalem de l’Est".  À la différence des nombreuses églises clandestines, Sanjiang était un lieu de culte autorisé et contrôlé par le gouvernement. Pourtant, début avril, les autorités locales ont annoncé un plan de démolition du bâtiment religieux, arguant que sa structure n’était pas aux normes. Pour les fidèles, il s’agit d’une nouvelle discrimination envers leur communauté alors que le chef des affaires religieuses de la province a récemment affirmé que la propagation du christianisme dans le Zhejiang était  "excessive et incontrôlée". Les autorités locales se sont défendues de toute discrimination, expliquant que l’église avait une taille quatre fois supérieur à ce qu’avait autorisé la  municipalité. 

 

En avril, des milliers de fidèles avaient passé plusieurs semaines à garder, jour et nuit, le bâtiment. Ils avaient finalement quitté les lieux après avoir négocié avec les autorités qu’une partie du bâtiment seulement serait détruite. Mais le harcèlement de plusieurs activistes par des agents de sécurité a finalement compromis l’accord.  Lundi 28 avril, les bulldozers ont commencé la démolition. 

 

"Ce sont les fidèles qui ont levé les fonds. Et maintenant, tout cela est parti en fumée"

Xiao, vit près de Wenzhou. Il a visité l’église deux fois avant sa démolition.

 

Je m’y suis rendu après avoir entendu parler de l’ordre de démolition. Des centaines de personnes occupaient les lieux.  Ils préparaient des repas sur place et dormaient sur les bancs. Il y avait beaucoup de chrétiens venus d’autres villes et mobilisés pour sauver les lieux. Nous avons tous priés ensemble pour que la démolition n’ait pas lieu.

 

L’église de Sanjiang a coûté énormément d’argent.  [NDLR : il a fallu six ans pour construire le bâtiment qui a coûté environ 3,5 million d’euros ]. Ce sont les fidèles qui ont levé les fonds. Et maintenant, tout cela est parti en fumée. Ce n’est d’ailleurs pas la première église à avoir été ciblée dans la province. Plusieurs croix ont par exemple été retirées récemment des clochers par les autorités.

 

Après la démolition, le révérend Chen Yilu, un des représentants de la communauté chrétienne en Chine, a publiquement critiqué les autorités locales,  jugeant leur décision "brutale et sévère". Selon lui, cette démolition pourrait ternir l’image du Parti communiste et fragiliser la "stabilité sociale".

 

En 1949, à l’arrivée du parti communiste au pouvoir, les chrétiens de Chine étaient environ un million. Aujourd’hui, les dernières estimations donnent le chiffre de 100 millions. La Chine, qui est officiellement un État laïc, reconnaît cinq religions : le bouddhisme, le taoïsme, l’islam, la catholicisme et le protestantisme. Mais le parti communiste surveille de près les congrégations chrétiennes.  Les célébrations religieuses ne sont autorisées que le dimanche et les prêches ont interdiction d’aborder des sujets politiques sensibles.  Les églises clandestines quant à elles font régulièrement l’objet de mesures répressives.