Des habitants de Kikwit tentent d'évacuer un blessé quelques heures après l'accident lors d'un festival de musique. Toutes les photos ont été prises par notre Observateur Doudou Kajangu.
 
Un festival en l’honneur d’un chanteur congolais à viré au drame dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo. Une panne de courant a déclenché une bousculade entrainant la mort de plusieurs dizaines de personnes. Des scènes de panique incontrôlables dans un lieu où aucun scénario d’évacuation n’avait été prévu, selon nos Observateurs.
 
Selon les premiers bilans transmis par le porte-parole de la province, la bousculade aurait fait 23 morts – un officier et un agent de police - et 13 blessés. Organisé dans le stade du 30 juin de Kikwit, le festival devait rendre hommage au "roi de la musique congolaise" Kester Emeneya décédé le 13 février dernier à Paris, et originaire de la ville. Il devait initialement durer jusqu’au dimanche soir mais a, après le drame, été annulé.
 
Le corps d'un très jeune garçon, décédé selon notre Observateur, est évacué par ses proches.

"Il y avait des jeunes filles, très jeunes, qui ont été piétinées"

Ray (pseudonyme) est journaliste pour une télévision de la province. Il filmait le concert pour sa chaîne.
 
Les portes avaient ouvert vers 20 heures, et plusieurs artistes locaux se succédaient. Sur la pelouse, devant la scène, il y avait au minimum 20 000 personnes. Un peu avant 2 heures du matin, alors que la star de la soirée, Fally Ipupa venait de rentrer sur scène, il y a eu une coupure de courant. Ça a duré plusieurs dizaines de minutes, et nous étions dans le noir complet [les autorités ont affirmé que le générateur qui alimentait le stade en courant était tombé en panne]. La foule a commencé à paniquer, les policiers qui assuraient la sécurité de l’événement ont rapidement été débordés ; il n’y avait pas de plan d’évacuation. Le problème, c’est qu’il n’y avait que deux portes de sortie de deux mètres de large, pour évacuer des milliers de personne.
 
Moi aussi j’ai commencé à paniquer, j’ai laissé ma caméra et mon matériel sur place et j’ai essayé de m’enfuir. J’ai pris plusieurs coups de coude dans le thorax et dans le dos. Il y avait des enfants, très jeunes, et surtout beaucoup de jeunes filles qui peinaient à se frayer un chemin. Plusieurs d’entre elles sont tombées et ont été piétinées. Au bout de trente minutes interminables, j’ai réussi à sortir de cet enfer.
 
Photo prise ce matin aux urgences de l'hopital de Kikwit.

"J’ai pu moi-même constater qu’il y avait au moins une quarantaine de corps. Pourtant le directeur de l’hôpital a donné le chiffre de 23 morts"

Quelques heures après le drame, au lever du soleil, Doudou Kajangu (@DoudouKajangu), un bloggeur présent à Kikwit, s’est rendu aux alentours du stade.
 
C’étaient des scènes de désolation et de chaos : des gens courraient dans tous les sens, souvent en portant des corps, inconscients, pour les ramener en ville en taxis-motos ou en les portant à bout de bras. Dans le stade, plusieurs personnes ont laissé des vêtements, des chaussures, en fuyant dans la panique.
 
L’hôpital principal de la ville est maintenant complètement débordé. J’ai parlé ce matin à des personnes de garde. Ils m’ont dit qu’ils avaient compté 42 cadavres et plusieurs dizaines de blessés. J’ai pu moi-même constater qu’il y avait au moins une quarantaine de corps. Pourtant quelques heures plus tard, le directeur de l’hôpital a affirmé que 23 personnes étaient décédées.
 
Le festival devait initialement avoir lieu du vendredi 25 avril au soir jusqu’au dimanche 27 avril. Or, il a été décidé il y a tout juste une semaine de faire commencer le festival la veille dans des circonstances encore floues. Je ne suis pas certain que les policiers étaient prêts pour accueillir un tel événement dans une ville de 400 000 habitants 24 heures avant l’heure initialement prévue.
 
 
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.