IRAK

Un attentat contre un oléoduc en Irak provoque un gigantesque incendie

 Un impressionnant nuage de fumée noire a couvert le ciel de Tikrit, en Irak, près des bords du fleuve du Tigre. Cet incendie s'est déclaré après une attaque perpétrée contre un oléoduc traversant la région.

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Fumées noires après l'incendie de nappes de pétrole à la surface du fleuve du Tigre, près de Tikrit. Photo publiée sur la page Facebook de la compagnie des eaux de la région Salaheddine, en Irak.

 

Un impressionnant nuage de fumée noire a couvert le ciel de Tikrit, en Irak, près des bords du fleuve du Tigre. Cet incendie s'est déclaré après une attaque perpétrée contre un oléoduc traversant la région.

 

L'attaque, non revendiquée, a eu lieu mercredi soir près de Tikrit, à 160 kilomètres au nord-ouest de Bagdad. L'explosion a conduit à la propagation d'une grande quantité de pétrole s'étalant sur une longueur de 20 kilomètres sur le fleuve du Tigre, qui constitue avec l'Euphrate les deux cours d'eau de Mésopotamie.

 

Au lendemain de l'incident, les nappes de fuel répandues sur le fleuve ont pris feu. Selon le porte-parole de la compagnie des eaux de la région de Salaheddine (région administrative de Tikrit), un pêcheur, croyant bien faire, a voulu "brûler ces nappes", pensant ainsi qu'elles disparaîtraient de la surface du fleuve.

 

Les oléoducs de pétrole sont souvent la cible d'attaques en Irak. Les attentats les plus fréquents ont lieu sur l'axe Kirkouk-Ceyhan, entre le nord de l'Irak et le sud de la Turquie, un oléoduc de 970 kilomètres, le plus long du pays.

 

Incendie à la surface du Tigre, près de Tikrit.

"Nous serons privés d'eau jusqu'à la semaine prochaine"

Ammar Al Saadoun est fonctionnaire à Tikrit.

 

Juste après l'attaque, mercredi, les haut-parleurs des mosquées ont averti la population qu'il y aurait une coupure d'eau dans un laps de deux à trois heures [L'eau potable est puisée dans le fleuve, NDLR]. Cette coupure risque de se prolonger jusqu'à la semaine prochaine mais cela ne nous perturbe pas tant que cela, car tout le pays est habitué aux coupures d'eau et d'électricité. D'ailleurs, la plupart des foyers de Tikrit sont munis d'un réservoir d'eau et, au pire, on peut aller en chercher dans la ville d'à côté. Un réservoir de 1 000 litres coûte 10 dollars.

 

Le lendemain matin, en nous réveillant, on a découvert une fumée très dense dans le ciel, à tel point qu'elle nous cachait presque la lumière du soleil. Ma famille et moi habitons aux abords de la ville, à un kilomètre des bords du Tigre, où l'incendie s'est déclaré. Nous étions donc très exposés. Nous avons vite fait le lien avec l'attaque de la veille et nous avons fermé portes et fenêtres, en attendant que cela passe. Finalement, vers 16 heures, le ciel a commencé à se dégager et les pompiers controlaient l'incendie.

 

Les flammes dévorant les nappes de pétrole, à la surface du Tigre.

"Les assaillants ne veulent pas laisser les autorités exploiter les sous-sols du pays en paix"

Raad Al Hiyali est ingénieur en informatique à Tikrit.

 

Cette attaque n'a surpris personne car les oléoducs qui passent près de Tikrit sont régulièrement visés par des attentats terroristes. Cette zone est en effet stratégique car elle abrite les raffineries de la société Biji [société étatique de raffinerie de pétrole, fondée en 1980, NDLR]. Elle compte quatre usines dans tout le pays, dont deux dans la région de Salaheddine, avec une capacité de production de 70 000 barils de pétrole par jour pour chaque usine. Ces attaques n'entravent pas la production de barils de pétrole, elles provoquent tout au plus quelques pertes de brut, mais c'est surtout une manière de signifier aux autorités qu'on ne les laissera pas exploiter les sous-sols du pays en paix.

 

Ces images sont impressionnantes pour un non-Irakien mais ici, c'est banal. Quelques dizaines de cas de personnes souffrant de problèmes respiratoires ont été transportées vers l'hôpital de la ville, essentiellement des étudiants [l'université se trouve aux abords de la ville, NDLR], mais il n'y a pas eu de panique particulière chez les habitants. On avait juste remarqué que la fumée était plus dense que d'habitude, étant donné que l'attaque était plus proche de la ville. Mais à Tikrit, nous nous préoccupons plus, malheureusement, des explosions de voiture qui mettent nos vies en danger au quotidien que des explosions d'oléoducs ou des conséquences de la propagation du pétrole dans les eaux du Tigre.

Intervention des pompiers.

Cet article a été rédigé par Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.