BURUNDI

Étudiants burundais cherchent bourse désespérément

 Depuis maintenant plus d’un mois, une grève paralyse les universités du Burundi. Les étudiants s’opposent aux nouvelles conditions d’octroi de la bourse d’études décrétées par le gouvernement, laquelle est désormais conditionnée aux résultats scolaires. Pour notre Observateur, ce texte signe l’arrêt de mort d’un système universitaire jusque là démocratique.  

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Actualisation 16/04/2014 à 18h35 : En réponse aux doléances que les étudiants ont adressées à la présidence de la République burundaise, celle-ci s'est finalement engagée, via un communiqué de presse, à accorder une bourse à tous les étudiants de l’Université du Burundi et de l’École Normale Supérieure.

 

Depuis plus d’un mois, une grève a paralysé les universités du Burundi. Les étudiants s’opposaient aux nouvelles conditions d’octroi de la bourse d’études décrétées par le gouvernement, laquelle était conditionnée aux résultats scolaires. Pour notre Observateur, ce texte signait l’arrêt de mort d’un système universitaire jusque-là démocratique.

 

Adoptée le 12 février 2014 par le ministère de l’Enseignement supérieur, la mesure devait s’appliquer aux titulaires du baccalauréat fraîchement admis à l’université. Celle-ci stipulait que seuls ceux ayant obtenu une note générale supérieure ou égale à 69,2 % (environ 14/20) pouvaient bénéficier de la bourse d’études classiques. Ceux qui avaient acquis une moyenne comprise entre 69,1 % et 66,5 % (entre 13,8 et 13,3/20) pouvaient s’inscrire gratuitement dans les institutions publiques d’enseignement supérieur mais n'auraient pas pu percevoir par la suite aucune aide de l’État. Enfin, les élèves dont la moyenne était comprise entre 66,4 % et 64,2 % (entre 13,2 et 12,8/20) auraient pu se voir offrir un subside de 200 000 francs burundais (environ 100 euros) leur permettant d’intégrer une faculté privée adoubée par l’État – l’objectif étant de désengorger les universités publiques et d’encourager l’essor des établissements privés. Quant aux étudiants qui bénéficiaient déjà de la bourse, ils auraient été tenus de réussir un parcours scolaire sans faute, le redoublement étant synonyme d’arrêt de l’aide financière. 

 

Avant que cette réforme ne soit entérinée, tous les étudiants burundais bénéficiaient d’une bourse, excepté ceux qui avaient redoublé deux fois. Les externes touchaient 30 000 francs burundais par mois (environ 15 euros) et les internes 9 000 francs burundais (environ quatre euros). À peine de quoi subvenir à leurs besoins.

 

Affrontements entre étudiants grévistes et policiers au plus fort du bras de fer avec le gouvernement. Photo prise par notre Observateur Jimmy Elvis Vyizigiro.

 

À en croire notre Observateur, un des représentants étudiants grévistes, le bras de fer entre le gouvernement et les étudiants se poursuivra tant que le décret ne sera pas abrogé. Plusieurs tentatives de négociation ont été entamées au cours des deux dernières semaines mais aucune n’a abouti jusqu’ici. Face au blocage, les autorités ont décidé de suspendre l’année académique en cours (qui devait initialement s’achever le 7 mai et reprendre cinq jours plus tard pour rattraper le temps perdu). Les élèves grévistes hébergés dans les résidences universitaires ont quant à eux été exclus.

"La réforme des bourses scolaires créera un système universitaire déséquilibré"

Epitace Ndayambaje, 25 ans, est l’un des principaux représentants étudiants. Il étudie les sciences à l’université du Burundi, la plus grande faculté du pays, et vit à Bujumbura.

 

Cette mesure est injuste et discriminatoire. La bourse que nous octroie l’État permet à la majorité d’entre nous de suivre des études universitaires. Sans cette aide, aussi dérisoire soit-elle, les plus pauvres n’auraient jamais eu accès à l’éducation.

 

Qu’il soit interne ou externe, un étudiant a souvent du mal à joindre les deux bouts au Burundi. À Bujumbura où sont concentrées la plupart des universités, la vie est chère. Les élèves qui ne résident pas dans le campus universitaire n’ont d’autre choix que de se partager une chambre en ville. Certains de mes camarades vivent à cinq dans une pièce conçue à la base pour accueillir deux personnes. On peut dire que j’ai plus de chance, là où j’habite, nous sommes trois. Le logement se trouve en périphérie de Bujumbura et nous payons au total 50 000 francs burundais par mois [23 euros, NDLR]. L’inconvénient est que l’université se trouve à plusieurs kilomètres et je perds beaucoup d’argent et de temps dans les transports. Sans l’aide modeste de ma famille, je peinerais à boucler mes fins de mois. Je connais des étudiants qui vivent dans le dénuement le plus complet malgré la bourse. Alors on s’aide, l’un avance à l’autre et se fait rembourser plus tard. Mais nombreux sont ceux à abandonner leurs études pour cette raison et retournent au village.

 

Sur le bord de la route, des étudiants grévistes exclus des résidences de l'université. Photo prise par notre Observateur Jimmy Elvis Vyizigiro.

 

Avec la réforme, cette situation alarmante s’aggravera et créera un système universitaire complètement déséquilibré. Comment vont faire les étudiants qui ont le bac en poche mais pas suffisamment de bonnes notes pour espérer toucher une bourse ? On les condamne avant même qu’ils aient entamé leur cursus universitaire. Rares sont ceux qui obtiennent plus de 60 % de réussite aux examens d’entrée [D’après la direction des services académiques de l’université du Burundi, interrogée par FRANCE 24, la réforme prévoit l'attribution de 8 500 bourses, dont seulement 2 500 au tarif plein (30 000 francs burundais), alors que 18 000 élèves doivent intégrer l’université lors de la prochaine rentrée scolaire, NDLR]. Dans les zones les plus reculées du pays, faute de moyens adaptés, l’enseignement secondaire est médiocre. Le niveau de l’enseignement varie beaucoup en fonction des établissements scolaires. Alors plutôt que de pénaliser des élèves méritants, le gouvernement ferait mieux de réformer l’école dans son ensemble.

 

D’après le ministère, la charge que représentent les bourses d’études était devenue ingérable au regard de la crise financière que traverse le pays, l'un des plus pauvres de la planète et qui vit sous perfusion de l'aide internationale. En 2012, le Burundi figurait à la 178e place sur 187 pays dans le classement mondial sur l’indice de développement humain (IDH).

 

Ce petit État d’Afrique de l’est (dix millions d’habitants) avait déjà été le théâtre d’une grève étudiante entre juillet et août 2013 due à des retards de versement de la bourse d’études. La contestation avait provoqué la suspension des cours et débouché sur des affrontements avec les forces de l’ordre.

Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à FRANCE 24.