SÉNÉGAL

Le "mur de la honte" au centre d'une répression policière à Dakar

 À Dakar, la polémique sur la construction de la future ambassade turque a franchi une nouvelle étape le week-end du 12 avril. Un rassemblement d’associations opposées au projet a été dispersé par la police à coups de gaz lacrymogènes.  

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À Dakar, la polémique sur la construction de la future ambassade turque a franchi une nouvelle étape le week-end du 12 avril. Un rassemblement d’associations opposées au projet a été dispersé par la police à coups de gaz lacrymogènes.

 

Des acteurs de la société civile et des membres d’associations s’étaient réunis, samedi 12 avril, sur la corniche ouest de Dakar, la capitale sénégalaise, pour exprimer leur indignation face au projet de construction de l’ambassade de Turquie. Les opposants craignent que ce "Mur de la honte" - en référence au mur qui a été érigé au commencement des travaux - dégrade un peu plus le littoral dakarois.

 

La police charge et disperse à coup de gaz lacrymogènes le groupe de manifestants sur la corniche ouest de Dakar, samedi. Vidéo réalisée par notre Observateur Cheikh Fall et postée sur son compte Facebook.

"À peine sommes-nous arrivés sur les lieux que la police nous a chassés à coup de gaz lacrymogènes"

Cheikh Fall est cyber-activiste et blogueur. Il est un fervent opposant à la construction de l’ambassade de Turquie sur la corniche ouest. Il réside à Dakar.

 

Les collectifs opposés à la construction de l’ambassade de Turquie sur la corniche, tels que "Y en a marre", "SOS Littoral", "Corniche Ouest" ou "Jeunesse Dakarêveuse", avaient lancé sur Facebook et Twitter plusieurs appels au rassemblement durant la semaine précédant le sit-in. Nous nous doutions que les forces de l’ordre seraient présentes sur place mais seulement pour encadrer notre mouvement. Au Sénégal, la marche pacifique est une liberté publique garantie par la constitution [l’article 10 stipule que chacun a le droit d’exprimer et de diffuser librement ses opinions par la parole, la plume, l’image, la marche pacifique, pourvu que l’exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l’honneur et à la considération d’autrui, ni à l’ordre public, NDLR]. La préfecture a certainement pensé que nous allions semé le désordre alors que nous lui avions assurée qu'il s'agirait d'un sit-in. [Joint par FRANCE 24, le préfet de Dakar Alioune Badara Diop a précisé que la manifestation avait été interdite la veille en raison de la menace du trouble à l’ordre public que celle-ci revêtait, NDLR].

 

Sit-in des opposants au projet de la nouvelle ambassade de Turquie sur la corniche ouest de Dakar. Photo prise par notre Observateur Cheikh Fall.

 

À peine sommes-nous arrivés sur les lieux que la police nous a chassés à coup de gaz lacrymogènes. Nous avons tenté de leur expliquer que nous n’étions pas venus avec l’intention de détruire le mur mais ils n’ont rien voulu savoir et ont même procédé à des interpellations. Vingt-quatre personnes ont été arrêtées et remises en liberté dans la soirée, parmi lesquelles le député [et secrétaire général du réseau pour la protection de l’environnement du Sénégal, NDLR] Cheikh Oumar Sy qui compte parmi nos soutiens [Contacté par FRANCE 24, ce dernier a affirmé que les policiers avaient fait preuve d’excès de zèle et s’étaient montrés agressifs envers les manifestants, NDLR].

 

Les associations pour la défense du littoral ne comptent pas en rester là. Elles prévoient de porter plainte contre les autorités locales. Et un groupe de parlementaires vient d’annoncer qu’une motion de censure allait être déposée contre le gouvernement.

 

Des participants au sit-in dans le fourgon de la police, samedi. Photo prise par Aliou Sane et postée sur sa page Facebook.