LIBYE

Les peintures rupestres millénaires de Libye recouvertes de graffitis

 Les plus beaux sites historiques de Libye sont aujourd'hui en péril. Notre Observateur nous alerte sur la situation du site de Tadrart Acacus, situé en plein désert au sud du pays, où des vandales détruisent peu à peu des peintures rupestres vieilles de plusieurs milliers d'années.

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Des dessins gravés par des visiteurs à côté des vieilles gravures rupestres. Photo prise par notre Observateur.

 

Les plus beaux sites historiques de Libye sont aujourd'hui en péril. Notre Observateur nous alerte sur la situation du site de Tadrart Acacus, situé en plein désert au sud du pays, où des vandales détruisent peu à peu des peintures rupestres vieilles de plusieurs milliers d'années.

 

Le site de Tadrart Acacus est un massif rocheux situé à proximité de la frontière algérienne. Connu pour son art rupestre, le site s'étend sur 250 km² et renferme des peintures représentant des hommes et des animaux qui datent de 12 000 avant J-C jusqu'au 1er siècle de notre ère. Il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1985. Mais depuis quelques années, cet endroit, considéré par l'organisation des Nations Unies comme l'un des plus extraordinaires panoramas du monde, est régulièrement la cible d'actes de vandalisme.

 

Mokhtar et Slimane, deux Libyens qui ont inscrit leurs prénoms dans la roche, à quelques dizaines de centimètres de gravures rupestres.

"À ce rythme-là, même si la situation sécuritaire s'arrangeait, il n'y aura plus rien à voir ici"

Aziz Alhashi travaille pour un magazine de Ghat, la région où se trouve le site préhistorique.

 

Le site de Tadrart Acacus est un musée à ciel ouvert. Il n'a jamais bénéficié de protection particulière, mais les touristes venaient régulièrement le visiter du temps de Kadhafi. Il y avait donc des guides touristiques et des étrangers, ce qui suffisait à dissuader les vandales.

 

Les peintures sont abîmées de deux manières. Il y a des inconscients qui vont tagger les parois rocheuses, en inscrivant par exemple leur nom ou celui de leur milice. Ils ne réalisent pas ce qu'ils font. Pour eux, il s'agit juste de graver son nom sur un mur, comme les Libyens ont l'habitude de faire en excursion. Et puis il y a ceux qui vont utiliser des produits chimiques pour effacer les dessins rupestres. Ceux-là le font sciemment. Mais je ne sais pas quels sont leurs motivations.

 

Peintures rupestres effacées. Photo prise par notre Observateur et postée sur la page Facebook Rabsa Mag.

 

Des tags près des peintures rupestres.

 

"L'armée a un terrain trop vaste à couvrir et sa priorité est de protéger les frontières"

 

Le désert de Tadrart Acacus a une faune et flore variée. Du coup, beaucoup de chasseurs viennent dans la région et ont accès au site. Je pense que ce sont eux qui sont à l'origine de ces actes de vandalisme. Le nombre de chasseurs était limité par le passé, il s'agissait surtout d'habitants de la région qui connaissaient la valeur de ces peintures. Mais avec la circulation des armes dans le pays, tout le monde se met à la chasse.

 

Evidemment, la responsabilité de la protection de ce site revient à l'État. L'armée libyenne est présente dans la région, mais le terrain est trop vaste à couvrir pour les militaires dont la priorité est de protéger les frontières.

 

Un militaire de l'armée libyenne constatant les actes de vandalisme et se plaignant du manque de moyens et de soutien de la part de l'État pour protéger le site. Vidéo filmée et éditée par notre Observateur.

 

Nous avons essayé de faire savoir ce qui se passait ici à l'échelle nationale, notamment auprès des grands médias du pays, mais personne n'a voulu venir sur place pour constater l'ampleur des dégâts. J'ai l'impression que nous, habitants de la région, sommes les seuls à nous alarmer. À cause de l'insécurité en Libye, il n'y a plus de touristes ni d'équipes archéologiques qui viennent visiter et travailler à Tadrart Acacus [de 1956 à 2011, des missions archéologiques italo-libyennes se sont déroulées sans interruption sur le site, NDLR]. À ce rythme-là, même si la situation sécuritaire s'arrangeait, il n'y aura plus rien à voir ici. Les Libyens doivent comprendre la gravité de ces actes. Ils détruisent un héritage qui concerne l'ensemble de l'humanité et la renseigne sur ses origines.

Tadrart Acacus n'est pas le seul site archéologique libyen en danger. En 2013, une partie de la nécropole de l'ancienne ville grecque de Cyrène, au nord-est du pays, a été détruite par des habitants qui souhaitaient y faire construire des maisons et des commerces.

 

En octobre 2011, soit juste après la chute du régime de Kadhafi, l'Unesco a organisé une conférence internationale pour envisager en urgence la préservation du patrimoine culturel en Libye. Les résultats concrets de cette conférence se font attendre.

Cet article a été rédigé par Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.