CHINE

La colère des ouvriers chinois d’un sous-traitant de Nike et Adidas

 À Dongguan, dans le sud de la Chine, les ouvriers du plus grand producteur mondial de chaussures de sport sont en colère. Ils accusent leur employeur, la société Yue Yuen, de leur avoir fait signer des contrats ne leur assurant aucune protection sociale. Un mouvement qui reflète les aspirations du monde ouvrier chinois à de meilleures conditions de travail.

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Des centaines d'employés d'un sous-traitant chinois de Nike et Adidas ont manifesté devant leur usine le 5 avril 2014, photo diffusée sur Weibo.

 

À Dongguan, dans le sud de la Chine, les ouvriers du plus grand producteur mondial de chaussures de sport sont en colère. Ils accusent leur employeur, la société Yue Yuen, de leur avoir fait signer des contrats ne leur assurant aucune protection sociale. Un mouvement qui reflète les aspirations du monde ouvrier chinois à de meilleures conditions de travail.

 

Encadrés par les forces de l’ordre, plusieurs centaines d’employés de l’entreprise Yue Yuen ont manifesté, samedi 5 avril, devant leur usine de Dongguan, où ils ont bloqué la circulation pendant plusieurs heures. Le conflit porte sur les contrats qu’ils ont signés à l’embauche, ainsi que sur les avantages sociaux dont ils sont censés bénéficier.

 

 

En effet, comme le rapportent les médias locaux, ces ouvriers ont récemment découvert que leurs contrats de travail n’avaient aucune valeur juridique aux yeux de l'administration publique. Des ouvriers travaillant pour l’usine depuis de nombreuses années se sont aperçus qu’ils avaient été déclarés en tant que "travailleurs temporaires", ce qui avait pour effet de les amputer d’une partie de la couverture sociale pour laquelle ils avaient pourtant cotisé.

 

L’entreprise Yue Yuen est une filiale du groupe taïwanais Pou Chen, qui est le plus grand producteur de chaussures de sport au monde. Elle emploie 60 000 personnes dans la province industrielle du Guangdong et sous-traite pour de grandes marques telles que Nike, Adidas, Reebok, Puma ou Converse. L’usine de Dongguan est notamment connue pour avoir reçu la visite de Michael Jordan, venu inspecter la production d’une série de chaussures à son nom en 2004.

 

Michael Jordan en visite dans l'usine de Yue Yuen à Dongguan en 2004, photo diffusée sur Hupu.com.

 

Joint au téléphone par FRANCE 24, un porte-parole de Yue Yuen a déclaré que c’était à l’administration publique de revoir sa classification des contrats de travail et des droits ouverts aux ouvriers migrants et locaux. Il a également affirmé que des négociations étaient en cours avec le gouvernement local et les employés et qu’une solution devrait être trouvée d’ici le 14 avril.

"Les ouvriers migrants ont besoin d'un contrat de travail valide pour scolariser leurs enfants"

D’après notre Observateur Zhang Zhiru, responsable de l’ONG "Chunfeng" qui défend les droits des travailleurs migrants dans la province du Guangdong, ce type de conflits est très fréquent dans les usines de la région.

 

De nombreuses entreprises font signer à leurs employés des contrats qui n’ont aucune valeur juridique car cela leur permet, par exemple, de contourner la législation concernant le salaire minimum.

 

Dans la région de Guangdong, les travailleurs migrants doivent ainsi fournir des documents prouvant qu’ils résident à long terme dans la région pour pouvoir inscrire leurs enfants à l’école. Il s’agit généralement du contrat de travail, mais s’il est jugé invalide par l’administration, ces enfants ne peuvent tout simplement pas être scolarisés.

 

Un nouveau Code du travail a été promulgué en 2008, mais en l’absence de syndicats indépendants pour le faire respecter, la situation n’a pas beaucoup évolué depuis. Les ouvriers sont donc livrés à eux-mêmes et si les grèves se sont multipliées à travers tout le pays ces dernières années, très peu d’entre elles aboutissent à des améliorations. 

 

Dans une offre d'emploi sur Internet, Yue Yuen promet à ses recrues un salaire minimum de 2 500 yuans (environ 290 euros) avec logement, nourriture et assurance maladie.

 

Billet rédigé avec la collaboration de Man Ho Kam (kam_manho), journaliste à FRANCE 24.