Les manifestants contre l'implantation d'une centrale thermique à Safi.
 
Ils étaient des centaines à manifester le week-end du 29 mars à Safi, sur la côte Atlantique marocaine, contre l'implantation d'une centrale thermique aux abords de la ville. Pour les habitants, c’est l’usine de trop car ils subissent depuis des années la pollution de l'air.
 
La construction de l'usine n'a pas encore commencé mais l'appel d'offres a été emporté par trois entreprises étrangères, dont GDF Suez. Le projet de la centrale a pour but de répondre aux besoins de plus en plus croissants du Maroc en électricité. Celle-ci sera opérationnelle en 2017 et utilisera les technologies de "charbon propre". Contrairement aux centrales à charbon classiques, les centrales à charbon propre permettraient d'augmenter de 50 % le volume d'électricité produite avec une même quantité de charbon et de réduire d'autant le volume de CO2 rejeté par unité d'énergie produite. Autant d'arguments qui ne semblent pas convaincre les militants écologistes de la ville de Safi.
 
Située sur le littoral atlantique, cette ville abrite un des plus importants ports du pays ainsi qu'un important complexe industriel de transformation du phosphate, dont le Maroc est le premier exportateur dans le monde.
 
Manifestation contre l'implantation de la centrale thermique à Safi.

"Le traumatisme de la fuite de gaz toxique en 2011 est encore trop vif"

Salaheddine Abir fait partie d'une association écologique locale qui se bat contre la construction de cette centrale thermique et appelle à la construction à une centrale à énergie solaire.
 
Cette mobilisation était prévue de longue date. Mais s’il y a eu autant de monde c’est parce que des gaz phosphoriques se sont à nouveau échappés du complexe chimique de phosphate au mois de mars, provoquant un nuage de pollution et des malaises respiratoires chez des habitants, surtout ceux qui résident dans le sud de la ville, non loin de la zone industrielle. Cela a poussé nombre d'entre eux à se mobiliser pour dénoncer la pollution dont notre ville est victime et exprimer leur refus de l'implantation de tout nouveau projet qui risque de polluer la ville davantage car la situation devient réellement insoutenable. [Les problèmes de santé dus à la pollution de l'air à Safi faisaient déjà l'objet d'un rapport étatique en 1997, NDLR].
 
Cette mobilisation n'est pas une première ici. Le 20 mars dernier, nous avions lancé une campagne de port de masque protecteur, pour avertir les autorités des problèmes de pollution de l'air.
 
Photo du lancement de la campagne de port des masques protecteurs.
 
Le danger de cette centrale est double pour nous : d'une part, il y a un vrai risque pour l'environnement car l'usine va utiliser l'eau de la mer pour refroidir la chaudière où brûlera le charbon. Cette eau de mer sera par la suite reversée dans la mer, or les radiations thermiques qui en émaneront formeront une couche à la surface de l’eau qui réduira la pénétration des rayons du soleil dans les profondeurs de la mer et, de fait, le taux d'oxygène. Cela risque d'avoir des conséquences néfastes sur la faune et la flore marine. [Lorsque la sortie des canalisations est située à plusieurs de dizaines de mètres sous la surface, l'impact sur la vie aquatique est limité, NDLR.]
 
" Pourquoi Safi doit-elle accepter ce que les autres villes refusent ?"
 
D'autre part, l'utilisation de la technologie du charbon propre va réduire mais pas annuler les émissions de CO2. Or notre ville en souffre depuis des années. Les habitants se rappellent encore le traumatisme vécu en septembre 2011, lorsqu'il y a eu d'importantes fuites de dioxyde de soufre depuis le complexe industriel de transformation du phosphate. Avec cette station qui serait construite à seulement sept kilomètres de la ville, on devra supporter une charge de pollution supplémentaire, qui provoquerait davantage de maladies respiratoires et d'allergies sans parler des pluies acides et de la pollution photochimique [pollution de l'air sous l'effet des rayons du soleil],
 
Safi n'a pas été le premier choix pour l'établissement de cette centrale. Il était d'abord question de l'implanter à Agadir, mais les autorités locales ont protesté de peur que cela ait un impact négatif sur le tourisme, ensuite à Tiznit, où la mobilisation de la société civile et des parlementaires a eu raison du projet. Mais ce n'est pas parce que nos responsables locaux ne se sentent pas concernés par l'avenir de Safi que nous devons accepter ce que les autres villes refusent.