TAIWAN

La "révolte des tournesols", un combat pour la transparence à Taiwan

 Dimanche, après plusieurs jours de mobilisation contre un accord commercial entre la Chine et Taïwan jugé opaque, des étudiants taiwanais se sont violemment affrontés aux forces de police. Pour notre Observatrice, un combat pour la transparence dans la gestion de l’État se joue ici et la jeunesse n’est pas prête de reculer.

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Postée sur Flickr le 20 mars par Pulu_tw.

 

Dimanche, après plusieurs jours de mobilisation contre un accord commercial entre la Chine et Taïwan jugé opaque, des étudiants taiwanais se sont violemment affrontés avec les forces de police. Pour notre Observatrice, un combat pour la transparence dans la gestion de l’État se joue ici et la jeunesse n'est pas prête de reculer.

 

Les étudiants ont commencé à se mobiliser alors que le parti au pouvoir, le Kuomintang ou KMT,  tente de faire passer un accord de libre-échange avec la Chine en dehors de la procédure législative habituelle. Dénonçant la "démocratie piétinée", les manifestants se plaignent par ailleurs de ne pas connaître les détails du texte, qui doit être voté le 8 avril, et s’inquiètent qu’il ne porte atteinte à l’économie du pays vulnérable aux pressions de Pékin.

 

Pour dénoncer cette opacité, des centaines de jeunes en colère sont descendus dans les rues avant d’occuper le parlement, le Yuan Législatif, à Taipei le 18 mars. Mais une semaine après le début de la mobilisation, aucun des deux camps ne semble près à reculer. Lors d’une conférence de presse samedi, le président a refusé de reconsidérer l’accord clause par clause et de discuter avec les étudiants. Par ailleurs, une rencontre organisée entre le Premier ministre Jiang Yi-huah et Lin Fei-fan, un leader étudiant n’a rien donné.

 

Devant ce dialogue de sourd, dimanche, une partie des étudiants a donc choisi de s’attaquer au bureau du siège de l’exécutif où ils se sont barricadés. Pour la première fois depuis le début du conflit, les autorités taïwanaises ont déployées les forces anti-émeutes qui ont évacué les occupants à coups de matraque et de canons à eau. Des dizaines de personnes ont été arrêtées et le porte-parole a expliqué que les étudiants seraient tenus pour responsables de leur action "illégale et violente". Immédiatement, les réseaux sociaux se sont faits l’écho de l’indignation des étudiants face à cette évacuation forcée.

 

 

 

"Nous ne demandons pas un changement de régime. Nous voulons simplement que le gouvernement respecte le système existant"

Gwen Wang est en doctorat de sciences politiques à l’université de Warrick, au Royaume uni. Elle a participé deux fois aux manifestations au Yuan Législatif la semaine dernière.

 

En tant que chercheuse en sciences politiques, je vois ces manifestations comme un tournant dans la vie politique du pays. On a beaucoup critiqué la jeunesse du pays, jugeant qu’elle était apolitique mais depuis l’année dernière, ce sont bien les jeunes Taiwanais qui ont initié différents mouvements de protestation. L’année dernière par exemple, des milliers de jeunes Taïwanais sont descendus dans la rue pour protester contre le manque de transparence autour de la mort d’un jeune soldat exécutant son service militaire. Et cette fois-ci encore les jeunes se mobilisent par centaines. Pour moi, ils ont toujours été engagés politiquement, mais alors que leur implication était auparavant davantage idéologique – comme s’encarter dans des partis - ils passent maintenant à la pratique en descendant dans la rue. Si le gouvernement parvient à régler le conflit actuel de façon pacifique, ces jeunes deviendront une vraie force qui modifiera l’espace politique dans les prochaines années.

  

Certains medias nous comparent au Printemps arabe ou à Occupy Wall Street mais nous ne demandons pas un changement de régime. Nous voulons simplement que le gouvernement respecte le système existant.

 

"Un fleuriste nous a envoyé des tournesols pour soutenir notre démarche de faire la lumière sur la gestion de l’État"

 

Les gens ont soudainement réalisé que ce pacte entre la Chine et Taïwan se faisait dans l’ombre, qu’ils n’avaient aucune information concrète sur l’accord et de fait ils ont commencé à se demander comment ce texte les affecterait économiquement, culturellement et socialement. Certains se demandent si la signature ne remettra pas en cause notre autonomie. Le problème n’est pas la Chine en soi, mais bien la transparence, un élément clé des systèmes démocratiques. [Certains manifestants protestent contre "la vente" de Taïwan à la Chine. ]

 

Ce mouvement a été baptisé le mouvement des Tournesols après qu’un fleuriste a envoyé des milliers de fleurs aux manifestants la semaine dernière. Il a expliqué que son acte était symbolique car il voulait que la lumière soit faite sur la gestion de l’État. Par ailleurs, nous aimons ici donner des noms de fleurs aux mouvements comme celui-ci. En 1990, nous avons eu le mouvement étudiant des lys sauvages et il y a cinq, on a eu le mouvement des fraises sauvages. L’inconvénient c’est que, depuis le début du mouvement, le prix des tournesols a augmenté avec la demande !

 

Ce traité avec la Chine, premier partenaire commercial de l'île, découle de l'accord-cadre de coopération économique signé en 2010 entre les deux pays. L’île de Taïwan est de facto indépendante de la Chine depuis 65 ans, bien que Pékin n'ait pas renoncé à une unification. Les relations entre les deux pays, souvent tendues, se sont toutefois apaisées depuis l'élection en 2008 du président taïwanais Ma Ying-jeou, qui souhaite renforcer les liens du pays avec la Chine. Réélu en 2012 pour un deuxième et dernier mandat, il affirme que ce pacte est essentiel à la prospérité de l’île.

 

Billet écrit avec la collaboration de Brenna Daldorph.