ISRAEL - TERRITOIRES PALESTINIENS

La débrouille des réfugiés d'un camp de Jérusalem-Est privés d'eau

 Depuis le 4 mars, le camp de réfugiés de Shoafat, à Jérusalem-Est, subit régulièrement des coupures d'eau qui peuvent durer plusieurs jours. Une situation de plus en plus complexe pour les dizaines de milliers de réfugiés palestiniens confinés dans un camp dont personne ne semble vouloir s'occuper.

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Depuis le 4 mars, le camp de réfugiés de Shoafat, à Jérusalem-Est, subit régulièrement des coupures d'eau qui peuvent durer plusieurs jours. Une situation de plus en plus complexe pour les dizaines de milliers de réfugiés palestiniens confinés dans un camp dont personne ne semble vouloir s'occuper.

 

En tout, plus de 50 000 Palestiniens sont concernés par cette pénurie qui touche le camp de Shoafat et les quartiers voisins de Ras Hamis, Ras Shehada et Hashalom.

 

Ce camp a été fondé en 1965 sur une superficie de 0,2 kilomètre carré, au nord de Jérusalem. Officiellement, il fait partie de la municipalité de la ville, qui se trouve sous la tutelle du Conseil des Nations unies. Mais la construction du mur de séparation, érigé en 2002, l'a isolé du reste de Jérusalem-Est (partie palestinienne de Jérusalem, sous occupation israélienne) et l'a géographiquement annexé à la Cisjordanie, sans qu'il soit pour autant géré par l'autorité palestinienne. Comme les Palestiniens de Jérusalem-Est, les réfugiés de Shoafat n'ont ni la nationalité israélienne ou palestinienne, mais une carte de résidence délivrée par les autorités israéliennes.

 

C'est la compagnie israélienne de service des eaux de Jérusalem, Hagihon, qui est chargée de la distribution de l'eau dans le camp. Accusée de ne pas avoir su s'adapter à l'augmentation du nombre de réfugiés, celle-ci a répondu que la plupart des maisons ayant été construites sans permis, ces résidents ne sont pas enregistrés auprès de la compagnie. Elle a également ajouté que des travaux très importants sont nécessaires pour résoudre ce problème car toute l'infrastructure du camp est à revoir.

"Il n'y a jamais eu de distribution d'eau équitable entre les habitants"

Mohamed Kenibi, 25 ans, est un habitant du camp de Shoafat.

 

Avoir de l'eau chez soi est une bataille quotidienne ici, et encore plus depuis 3 semaines. Il faut d'abord savoir qu'il n'y a pas un réseau domestique qui atteint chaque foyer. Il n'y a que 4 ou 5 canaux de distribution d'eau qui arrivent jusqu'au camp et les habitants doivent ensuite se servir en remplissant leurs propres citernes. Et là, c'est la loi de la jungle, premier arrivé, premier servi ! Il n'y a pas de distribution équitable entre tous les habitants.

 

La réserve d'eau de Mohamed.

 

D'habitude, nous rencontrons ces problèmes l'été, car la pression diminue. Nous sortons alors les pompes à eau. Mais cette année, exceptionnellement, cela nous arrive avant la saison sèche, probablement à cause des liaisons qui sont de plus en plus défectueuses. Et l'augmentation du nombre d'habitants dans le camp et les quartiers alentours n'arrange rien. Cela est dû au nombre de Palestiniens qui ont quitté le centre de Jérusalem-Est pour venir s'installer ici, car ils avaient des difficultés à obtenir des permis de construire ou à monter un commerce là-bas. Les autorisations étant extrêmement chers, de même que les loyers. Alors qu'ici, tout se  fait de manière anarchique, sans aucune demande d'autorisation.

 

 

"Nous utilisons de la vaisselle jetable pour ne pas avoir à laver"

 

En attendant que le débit normal reprenne, nous faisons des économies d'eau au quotidien. Pour manger, nous utilisons de la vaisselle jetable, des verres et des assiettes en plastique, pour ne pas avoir à les laver. Pour le ménage, nous nous contentons de balayer et d'essuyer avec un linge humide. Certains jours, nous achetons même de l'eau minérale pour boire et cuisiner. Notre famille a la possibilité de faire cela car mon frère et moi travaillons tous les deux, mais tous les foyers ne peuvent pas se le permettre. Et quand l'un de nous prend une douche, nous gardons le bouchon de la baignoire afin d'utiliser l'eau par la suite pour les toilettes. Quant à ceux qui lavaient leurs voitures dans la rue, cela fait des semaines que je n'ai pas vu cela !

 

Il existe un bureau du comité populaire de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) dans le camp, mais ils ne font rien pour nous aider, puisque administrativement, le camp ne fait pas partie de la Cisjordanie.  C'est l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) qui est supposée nous assurer des conditions de vie décentes, mais nous sommes abandonnés à notre sort." [FRANCE 24 a tenté de contacter l'agence onusienne, sans succès].

 

 

Cet article a été rédigé par Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.