Essai d'utilisation du robot ambulancier Tena sur un mannequin, en Turquie.
 
Il s'appelle Tena et ses inventeurs espèrent, grâce à lui, sauver des vies en Syrie. Au fond d'un hangar, à quelques encablures de la frontière, côté turc, ce robot ambulancier est en train de voir le jour entre les mains de deux ingénieurs. Il est, pour eux, l'unique solution pour porter secours aux victimes de snipers syriens.
 
Il y a trois ans, un mouvement de contestation sans précédent voyait le jour en Syrie. D'abord pacifique, la mobilisation a subi une répression d'une rare violence de la part du régime de Bachar al-Assad, avant de se muer en conflit armé qui a fait à ce jour plus de 146 000 morts. Tous les jours, des images amateurs viennent témoigner de ces violences. Nombre d’entre elles ont montré des tirs de snipers sur des civils. Régulièrement, des témoins tentent de secourir les victimes, mais ils sont à leur tour visés par les tireurs embusqués. C'est après avoir assisté à une de ces scènes qu’Ahmed Haydar et son ami Bilel, deux jeunes ingénieurs en génie industriel, ont imaginé ce robot (voir leur site).
 
Le robot Tena dans l'atelier de Turquie.
 
Essai de Tena sur un mannequin.

"Les bras seront équipés de doublures qui permettront un transport le moins inconfortable possible pour le blessé"

Nous avons eu l'idée de fabriquer Tena après avoir été témoin d'une scène terrifiante. Cela s'est passé en juillet 2012, au niveau d'une ligne de démarcation, à Alep, peu de temps après l'arrivée de l'Armée syrienne libre (ASL) [groupe de combattants armés de la rébellion syrienne, NDLR] dans la ville. Une femme avait été touchée par un tir de sniper de l’armée régulière, elle se vidait de son sang et personne ne pouvait aller la secourir de crainte d'être touché à son tour. Nous nous sommes alors dit que l'idéal serait d'inventer un robot capable de secourir les blessés dans de pareilles circonstances, sans mettre la vie d'un tiers en danger. Chaque jour, entre 3 et 10 personnes meurent à cet endroit d'Alep qui a été baptisé "le barrage de la mort".
 
Deux hommes essayant de secourir la victime d'un sniper à Homs.
 
Un an plus tard, en juin 2013, nous avons quitté la Syrie pour nous réfugier en Turquie, où nous avons lancé notre projet. Grâce à nos 15 000 dollars d’économies et à quelque 300 dollars de dons, nous avons pu construire ces deux bras mécaniques, contrôlables à distance, dans un atelier turc. Ils sont faits de fer et de chrome, une matière connue pour sa résistance, puisque cet engin sera sans doute ciblé par les tirs de snipers lors des interventions auxquelles on le destine. Il ne pourra évidemment pas résister aux tirs d'armes lourdes mais au moins aux balles. La distance qui sépare les deux bras peut aller jusqu'à 1,70 mètre afin de pouvoir transporter des enfants et des adultes.
 
La maquette 3D de Tena.
 
"Des groupes radicaux ont voulu nous commander un modèle guerrier de Tena"
 
Le modèle que l'on voit sur les vidéos n'est pas parachevé. Les bras seront équipés de doublures qui permettront au blessé un transport le moins inconfortable possible. Nous voudrions également installer ces bras sur un bulldozer pour assurer le déplacement du robot, mais c'est là que les moyens nous font défaut. Nous avons contacté des membres de la rébellion pour leur demander de mettre à notre disposition un bulldozer, mais ils nous ont demandé en contrepartie de créer un robot similaire à Tena, mais dont les bras seraient remplacés par des mitraillettes. Nous avons évidemment refusé.
 
Des groupes plus radicaux nous ont également contactés pour nous proposer de l'argent contre un modèle de bras mécanique armé, mais nous refusons de mettre notre savoir-faire au service d'un groupe de combattants, quel qu'il soit. Notre technologie est à but purement humanitaire et nous tenons à ce que notre machine soit exclusivement à l’usage des médecins.
 
D'un autre côté, nous avons contacté de nombreuses ONG internationales et même l'ONU en leur demandant de nous financer pour cette dernière étape. Toutes nous ont félicité pour notre travail mais ont dit ne pas pouvoir nous aider, "faute de moyens".
 
Le collectif des "Médecins libres" d'Alep, qui assurent les soins sur place dans des conditions déplorables, va plaider notre cause auprès du gouvernement de transition, mais nous n'avons pas grand espoir de ce côté. Nous espérons néanmoins que ce projet finira par voir le jour.
 
Un modèle miniature du robot ambulancier Tena.