IRAN

En Iran, même la peinture clandestine s’autocensure

 Les artistes peintres iraniens ont généralement deux carrières : une officielle et une plus “underground”. Dans les galeries clandestines, ils se permettent d’exposer des œuvres dont ils savent qu’elles n’échapperont pas au couperet de la censure officielle. Mais même dans l’ombre, l’autocensure fait des ravages.  

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Une peinture dans une galerie underground iranienne.  

  

Les artistes peintres iraniens ont généralement deux carrières : une officielle et une plus “underground”. Dans les galeries clandestines, ils se permettent d’exposer des œuvres dont ils savent qu’elles n’échapperont pas au couperet de la censure officielle. Mais même dans l’ombre, l’autocensure fait des ravages.

 

Pour exposer son travail en Iran, un artiste doit nécessairement obtenir une autorisation auprès des autorités. Tout ce qui a trait à la politique mais aussi toutes les représentations de femmes qui outrepasseraient le code islamique – femmes sans voile ou nues - n’a aucune chance d’être exposé, et peut même causer de réelles problèmes aux auteurs.

 

Cette peinture d’une femme non voilée a été exposée dans une galerie de Téhéran. Pour des raisons de sécurité, nous ne donnerons aucune indication sur les lieux d’exposition et les auteurs de ces peintures.

 

"Les autorités font de plus en plus pression sur les artistes"

Golchehrech (pseudonyme) dirige une galerie clandestine à Téhéran.

 

Il y a des dizaines de galeries clandestines à Téhéran. Généralement, on les retrouve dans des propriétés privées, à l’intérieur de domiciles. Certaines sont temporaires, d’autres permanentes. Les expositions d’œuvres qui n’ont pas d’autorisations sont des évènements très privés. Les galeristes connaissent tous leurs clients personnellement et les invitent par email. Quand aux nouveaux clients, ils nous sont présentés par des personnes de grande confiance. Nous travaillons aussi bien avec des artistes amateurs qu’avec de grands professionnels, dont certains sont parfois aussi autorisés à exposer en public.

 

Je ne crois pas qu’une galerie ait déjà été repérée et fermée par les autorités. Mais ces dernières années, les expositions clandestines se font rares. Les acteurs de ce secteur ont intégré depuis longtemps qu’ils prenaient un certain risque, pour autant ils sont plus inquiets qu’avant et ce parce que les autorités multiplient les moyens de pression. Les artistes sont très vite rappelés à l’ordre pour tout ce qu’ils font dans la sphère publique, notamment les interviews qu’ils donnent ou ce qu’ils écrivent en ligne. L’élection du nouveau président Hassan Rohani n’a absolument pas amélioré les choses. Le contexte est tel qu’en 2013, nous n’avons pas exposé une seule œuvre controversée, c'est-à-dire avec un message politique ou une femme nue. La même frilosité existe du côté des acheteurs. Et comme on sait que ces œuvres ne les intéresseront pas, on ne les expose pas.

 

 

"Notre génération d’artistes et d’amoureux d’art n’a rien connu d’autre que la clandestinité

 

Pourtant, les derniers tableaux représentant des corps de femmes que nous avons exposés n’étaient pas particulièrement explicites. On a eu par exemple des œuvres qui représentaient des corps tellement déformés que rien d’érotique ne ressortait de la toile. Le plus souvent se sont des femmes qui peignent des nus. Elles sont leur propre modèle et peignent sur les sujets liés à leur corps.

 

Le marché de l’art en Iran n’est vraiment pas enthousiasmant et ça ne va pas en s’arrangeant. [Un collectionneur d’art contacté par FRANCE 24 a expliqué que, dans les galeries clandestines, les acheteurs finissaient généralement par payer moins que le prix indiqué]. Sans cette censure et cette peur, notre scène artistique serait florissante. Nous sommes toute une génération d’amoureux d’art qui n’a rien connu d’autre que la clandestinité et il est difficile d’imaginer le jour où l’on travaillera librement. Mais les artistes continueront à s’exprimer, et nous à les exposer car nul ne peut nier l’existence de notre art.

 

 

Exemples de peintures exposées dans les galeries clandestines de Téhéran.

 

 

 

 

 Billet écrit avec la collaboration d'Ershad Alijani (@ErshadAlijani), journaliste à France 24.