SYRIE

Qui sont ces gangsters de Los Angeles qui font la guerre en Syrie ?

 Depuis quelques jours, plusieurs photos et une vidéo de deux gangsters "latinos", tatoués de la tête aux pieds et livrant bataille aux côtés du régime syrien, circulent sur le Net. Qui sont ces deux hommes et pourquoi sont-ils venus faire la guerre en Syrie ?  

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Photo des deux "gangsters" postée sur le compte Facebook de "Wino".

 

Depuis quelques jours, plusieurs photos et une vidéo de deux gangsters "latinos", tatoués de la tête aux pieds et livrant bataille aux côtés du régime syrien, circulent sur le Net. Qui sont ces deux hommes et pourquoi sont-ils venus faire la guerre en Syrie ?

 

Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux pro-rébellion, on voit les deux gangsters "latinos", un certain "Creeper" du gang "GW-13" de Sun Valley, et "Wino" du gang "West Side Armenian Power", en treillis militaires armes à la main. Ils multiplient les provocations en empruntant le style des membres des gangs latinos de Los Angeles.

 

Vidéo de "Wino" et de "Creeper" à Alep.

 

Les deux hommes sont décrits par certains internautes comme des "combattants du Hezbollah libanais", alors que d’autres les dépeignent comme des "recrues de l’armée syrienne régulière".

 

Photo de "Wino" en compagnie de deux combattants, celui de droite est clairement identifiable comme appartenant au Hezbollah libanais à cause du camouflage du treillis et de l'insigne sur son bras gauche.

 

Après vérification, ces gangsters combattent bien aux côtés des forces de Bachar al-Assad, mais ne sont pas liés au Hezbollah. L'un d'eux n'a fait qu’emprunter le foulard d’un combattant du mouvement libanais. Ce sont des membres de la communauté arménienne de Syrie qui ont vécu à Los Angeles et qui auraient fréquenté des gangs sur place.

 

L’un de ces deux "gangsters", "Wino", Nerses Kilajyan de son vrai nom, a été le premier à diffuser des images de lui et de son collègue sur sa page Facebook. Il ne s’agit pas d’un véritable affrontement, mais d’une mise en scène.

Un de nos contacts au sein de la communauté arménienne d’Alep nous a permis d’en savoir un peu plus sur l’un de ces "gangsters" qui fait la guerre en Syrie.

 

Diaporama d'Armenian Power sur fond de rap West Coast américain du 5 janvier 2014 avec des photos de "Wino" et de "Creeper" en Syrie.

"La famille de ce jeune homme [Creeper] est une des plus anciennes de la communauté arménienne d’Alep"

 

Haroutioun Selimian est un pasteur arménien d’Alep. Il est membre d’une association arménienne qui regroupe les trois cultes (orthodoxe, catholique et protestant) de sa communauté à Alep.

 

L’un des jeunes que l’on voit sur la vidéo [Creeper] s’appelle David Madarian. Sa famille est une des plus anciennes de la communauté arménienne d’Alep. Ce n’était pas un voyou. Mais quand il est revenu en Syrie, après avoir eu des problèmes avec la justice américaine, il était tatoué de la tête aux pieds. Arrivé ici, il s’est rasé le crâne et a rejoint un groupe d’auto-défense pro-gouvernemental. Des proches de sa famille m’ont dit qu’il a été blessé au combat et qu’il est actuellement hospitalisé.

 

La médiatisation de ces deux ‘gangsters de Los Angeles’ m’étonne beaucoup. Ces deux hommes sont certes d’origine arménienne, mais ils ne sont pas représentatifs de notre communauté.

 

Je rappelle quand même que notre situation en Syrie, et à Alep en particulier, demeure critique et qu’il est tout à fait normal qu’on soit du côté de ceux qui se battent contre les terroristes.

 

Il y a encore quatre mois, les quartiers arméniens de Meidan et de Boustan Pacha étaient complètement encerclés et sous blocus rebelle. Notre communauté a aussi été très affectée par le pillage de la zone industrielle [cheikh Najjar], toutes nos usines ont été démantelées et notre matériel et nos machines ont été revendues en Turquie.

 

Au début du conflit, les Arméniens de Syrie participaient juste comme des volontaires, mais avec le temps, les choses se sont organisées. Aujourd'hui ils sont payés par l’État - même si ce sont des petits salaires. Et leurs familles ont des indemnités s’ils tombent au combat ou s’ils sont gravement blessés. Ils ont désormais le même statut que les soldats de l’armée régulière.

 

D’après la presse locale, plus de 60 % des Arméniens d’Alep, aux alentours de 35 000 personnes, auraient quitté la Syrie, principalement vers l’Arménie ou le Liban voisin, et dans une moindre mesure vers l’Allemagne et la Suède. Il n’y en aurait plus de 20 000 aujourd’hui à Alep.

Billet écrit avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France24.