IRAN

La foule prend parti pour un criminel lors d’une exécution publique en Iran

 Une vidéo amateur, filmée près de la capitale iranienne, montre l’exécution publique d’un homme accusé de viol. La scène tourne à l’absurde car l’homme se débat, implore de voir sa mère et harangue la foule. À tel point que les badauds finissent par sympathiser avec le criminel.

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Une vidéo amateur, filmée près de la capitale iranienne, montre l’exécution publique d’un homme accusé de viol. La scène tourne à l’absurde car l’homme se débat, implore de voir sa mère et harangue la foule. À tel point que les badauds finissent par sympathiser avec le criminel.

 

Le jeune homme a été condamné pour avoir participé à un viol collectif sur une femme enceinte en 2008. La victime a perdu son enfant après l’agression. D’après les médias iraniens, les exécutions des trois violeurs ont eu lieu en public le 26 février dans trois endroits différents de la banlieue de Karaj, une ville située à 30 km à l’ouest de Téhéran, où a eu lieu le crime. Aucune indication sur cette vidéo ne permet de préciser de laquelle de ces trois exécutions il s’agit.

 

Quelques minutes avant sa pendaison, le condamné, la corde au cou, se met à crier et à supplier de pouvoir voir sa mère une dernière fois. Quand ses bourreaux refusent, il se rebelle et s’en prend à eux.

 

ATTENTION : CES IMAGES PEUVENT CHOQUER

 

Vidéo de l’exécution du 26 février postée sur Youtube.

 

Immédiatement, plusieurs policiers arrivent en renfort pour le maîtriser. Le condamné est forcé de remettre la corde autour de son cou et est finalement pendu.

 

Pendant cette scène chaotique, l ’assistance semble prendre fait et cause pour le condamné, lançant des cris d’encouragement lorsqu’il tente de s’enfuir. Juste avant de mourir, on l’entend demander pardon à sa mère et à l’assistance. Certaines personnes lui répondent qu’elles lui pardonnent.

 

D’après les Nations unies, au moins 80 personnes ont déjà été exécutées en Iran depuis le début de l’année, ce qui  fait de la République islamique le deuxième pays du monde, après la Chine, à avoir le plus recourt à la peine de mort. Pour les autorités iraniennes, ces exécutions, qui ont régulièrement lieu en public, sont des "exemples de sévérité" destinés à dissuader les futurs criminels.

 

"Ces exécutions n’ont aucun effet dissuasif sur la population"

Nazanin est journaliste à Téhéran où elle a couvert plusieurs exécutions publiques.

 

Les autorités ne préviennent pas à l’avance. En général, les exécutions ont lieu tôt le matin et les gens comprennent ce qu’il va se passer quand l’estrade est montée.  

 

À toutes les exécutions auxquelles j’ai assisté, j’ai remarqué que les gens venaient surtout par curiosité. Ils veulent comprendre ce que ça fait de voir quelqu’un mourir. Il arrive aussi que certains s’approchent et ne comprennent pas ce qu’il se passe jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Bien souvent ceux-là sont sous le choc.

 

J’ai déjà vu des parents avec leurs enfants. J’avais suggéré une fois à une femme de couvrir les yeux de son fils. Elle m’avait répondu 'Il est petit, il oubliera !'.

 

Le plus souvent, tout le monde est silencieux. Ces dernières années, les gens ont commencé à sortir leurs téléphones pour filmer et mettent les vidéos sur les réseaux sociaux.

 

Dans ces situations, les gens développent souvent de la compassion pour les victimes, mais aussi pour le criminel. J’ai déjà entendu certains dire 'Il est si jeune, c’est une honte' et poursuivre en disant 'mais il a quand même tué quelqu’un, il le méritait.'

 

Une fois, j’ai assisté à l’exécution dans le sud de Téhéran d’un homme qui avait tué plusieurs personnes et qui terrifiait tout le voisinage. Juste avant de mourir, il s’est adressé à la foule. Il a reconnu ses crimes et a parlé des difficultés qu’il avait connues étant plus jeune. L’assistance l’a pris en pitié. Tout cela me fait dire que ces exécutions n’ont aucun effet dissuasif sur la population.

 

Billet écrit avec Ershad Alijani (@ErshadAlijani), journaliste à France 24.