Une statue de Lénine détruite le 22 février à Dnipropetrovsk. Issue de cette vidéo.
 
Environ 10 000 Africains étudient actuellement en Ukraine. Dans un pays où la xénophobie est très présente, leur quotidien est souvent difficile. Et la crise ukrainienne accroît encore leur sentiment d’insécurité.
 

"Les Noirs deviennent une cible privilégiée quand les extrêmes décident de donner de la voix"

Sempre étudie depuis trois ans à Dnipropetrovsk, une ville industrielle de l’Est ukrainien à majorité russophone.  
 
Nous n’avons pas connu d’affrontements comme à Kiev, mais les choses se sont précipitées dans notre ville au moment où le président Ianoukovitch a pris la fuite. D’abord, des groupes de pro-européens sont sortis dans la rue pour détruire des statues de Lénine. Et maintenant, la ville est comme paralysée. Les gens ont perdu confiance, ce qui s’est traduit par une ruée vers les banques d’où beaucoup d’habitants ont retiré leur argent.
 
Ici, c’est une zone pro-russe mais on sent que les récentes révélations, notamment sur les biens faramineux de l’ancien président, ont vraiment choqué. On ne se doutait pas que des dirigeants vivaient dans un tel luxe et certains regrettent, de fait, d’avoir soutenu l’ancien président. On n’imagine pas la misère dans laquelle vivent certains Ukrainiens ici. Il y très peu de travail. J’ai des amis avec des diplômes de médecins qui sont obligés de faire serveur. Et d’un coup, on découvre que l’argent des Ukrainiens, un pays riche, a été utilisé à des fins personnelles !
 
Les voix soutenant la Russie se font beaucoup plus rares désormais dans la ville. Mais il y a toujours des manifestations de pro-russes purs et durs. Et c’est vraiment inquiétant pour nous. On est très prudent, on limite nos déplacements pour ne pas tomber sur eux car on peut vite devenir leur cible. Beaucoup sont xénophobes. Un ami s’est fait molester il y a quelques jours en tombant sur un de ces groupes à Odessa. La vie est déjà très difficile pour les Noirs en Ukraine, personne ne nous donne de travail, on se fait maltraiter et on devient une cible privilégiée quand les extrêmes décident de donner de la voix.
 
"Le dégoût des Ukrainiens pour leurs dirigeants était criant"
 
Je comprends l’envie d’Europe des Ukrainiens. Elle est liée au dégoût de la population pour la classe politique corrompue qui était aux affaires. J’ai souvent été étonné de voir que des étudiants ukrainiens, par ailleurs cultivés, ne connaissaient pas les noms de leurs ministres. En trois ans, c’est la première fois que je les vois aussi impliqués dans la vie politique.
 
 

"Je veux que la paix revienne pour me consacrer à mes études et ensuite, rentrer chez moi"

Lucie est une étudiante congolaise à Kharkov, une ville située à une trentaine de kilomètres de la Russie.
 
Je suis vraiment heureuse qu'un semblant de normalité remplace la panique qui s'était complètement emparée de la ville ces derniers jours : les distributeurs d'argent ne fonctionnaient plus, nos banques étaient inaccessibles. C'était vraiment très étrange. Je ne reconnaissais pas le pays où je vis. Les trois dernières années avaient été vraiment paisibles.
 
J'ai toujours déploré la violence et j'ai une pensée pour tous ceux qui ont trouvé la mort lors de ces évènements. Je ne suis pas chez moi et ce que je souhaite, c’est que la paix revienne pour pouvoir me consacrer à mes études et rentrer ensuite dans mon pays.
 

"J’ai eu très peur quand il y a eu des rumeurs de scission du pays"

Pour Jambi Mauricio, un Angolais étudiant en télécommunication à Dnipropetrovsk, le pire est passé.
 
Nous avons eu très peur quand des rumeurs ont circulé ces derniers jours sur la scission du pays [entre l'Ouest ukrainophone et tourné vers l'Europe, et l'Est à majorité russophone, NDLR ] . Si le pays devait se scinder en deux, je ne pense pas que ces deux zones vivent en paix. Sans compter que ce serait extrêmement compliqué de se déplacer, ce qui est inquiétant pour les gens comme moi qui ont beaucoup d’amis dans l'Ouest.
 
Mais maintenant que le pays a clairement fait le choix européen, on est un peu soulagés. À terme, je pense que cela contribuera à relever le niveau de l'éducation, le secteur qui nous concerne le plus. Mais aussi à améliorer la qualité de vie même si les peix pourrait probablement augmenter.