TERRITOIRES PALESTINIENS

Plongée dans l'"étrange réalité" des Territoires palestiniens

 Une virée en moto, un pique-nique, un plongeon dans une piscine… c’est pourtant dans les très tourmentés Territoires palestiniens que la photographe Tanya Habjouqa a choisi de photographier ces petits plaisirs. Des moments de bonheur dans un quotidien de frustrations et d’interdits.

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“Occupied Pleasures” (Plaisirs occupés) réalisée par Tanya Habjouqa.

 

Une virée en moto, un pique-nique, un plongeon dans une piscine… c’est pourtant dans les très tourmentés Territoires palestiniens que la photographe Tanya Habjouqa a choisi de photographier ces petits plaisirs. Des moments de bonheur dans un quotidien de frustrations et d’interdits.

 

Tanya Habjouqa, 33 ans, est jordano-américaine.  Après avoir travaillée comme photojournaliste aux États-Unis, elle vit actuellement à Jérusalem-Est. Ses photos ont été publiées dans plusieurs grands médias. Sa dernière série, "Occupied Pleasures", a été réalisée sur six mois l’année dernière, avec le soutien de la Fondation Magnum.  

 

Cela fait des années que je travaille sur les Territoires palestiniens. Mais ce n’est qu’en 2009, après avoir rencontré mon mari palestinien, que je me suis installée ici. Le projet "Occupied pleasures" a été comme un nouveau départ professionnel, car il est plus personnel et subjectif que ce que j’ai fait jusqu’à présent. Mon mari est d’ici, j’ai deux petites filles palestiniennes. Mais j’ai beau être installée, je continue à me poser des questions sur cette étrange réalité qui nous entoure.

 

Beaucoup de photographes travaillent sur les violences dans la région. Les Palestiniens sont décrits soit comme des victimes, soit comme des bourreaux. Il n’y a pas de nuances, de gradations. Je me suis interrogée sur ce qu’il manquait pour rééquilibrer cette vision. Et j’ai décidé de rappeler au public l’humanité des Palestiniens en montrant les petits bonheurs qu’ils saisissent au quotidien, malgré l’absurdité de la situation.

 

Le mur de séparation a inévitablement une place importante dans mon travail. Impossible de photographier la réalité de la Cisjordanie sans avoir ce mur à l’image. Il a tout changé. Des trajets qui se faisaient en 10 minutes prennent maintenant 1h30 car il faut enchaîner détours et barrages, et encore, si vous avez la chance d’avoir une autorisation de sortie. C’est un symbole de toutes les difficultés de ce peuple. Les habitants résistent par la créativité, en le peignant ou en l’utilisant comme terrain de "parkour" par exemple. [Acrobaties en milieu urbain].

 

Des étudiantes pratiquent le javelot près du mur peint par des Palestiniens.

 

J’ai pris cette photo d’un jeune homme avec son mouton alors qu’il venait de passer un temps interminable à un checkpoint. Après être passé, visiblement irrité, il s’est garé le temps de fumer une cigarette. Quand il m’a vu avec mon appareil, il a pris la pose pour moi. C’était la fin du Ramadan, le mouton allait être tué pour les célébrations.

 

 

Celle-là a été prise à Gaza. Cette femme n’avait pas de permis de sortir. Elle a donc emprunté un tunnel souterrain qui mène vers l’Égypte pour se rendre à un mariage. C’était irréel de la voir marcher tranquillement avec son bouquet de fleurs. C’est à la fois absurde et beau, une illustration de ce que doivent endurer ces gens pour mener une vie normale.

 

 

Il y a très peu de couleurs à Gaza donc quand j’ai vu ce van en face de la mer, j’ai couru pour le photographier. Les Gazaouis ont un sentiment de claustrophobie mais disent souvent : "Au moins, on a la mer". Toutes les classes sociales se retrouvent pour se balader le long du rivage.

 

 

Sur cette photo, des jeunes filles se préparent pour aller à une école de danse à Ramallah. Cette ville est vraiment comme une bulle, les habitants y sont beaucoup plus libres que dans le reste des territoires. Leur vie connaît un semblant de normalité. Mais ces filles font partie d’une minorité privilégiée – rares sont celles qui s’habillent comme cela. Elles vont dans une école Quaker plutôt libérale. Et la plupart de ces étudiants partent faire leurs études à l’étranger.

 

 

 

Cet homme joue avec son bébé dans les ruines de sa maison à Jérusalem-Est, qui a été démolie peu avant. Ils ont dû déménager dans une petite cave souterraine, où ils gardaient leur bétail. Ça sentait encore l’étable. Après la destruction de la maison, il a planté le drapeau palestinien comme pour rappeler "Ici, c’est chez moi". Bien entendu, ce geste peut vous causer de sérieux problèmes avec les autorités.

 

Les démolitions sont courantes dans la zone, qui connaît une pénurie de logements, et donc une flambée des prix. Les Palestiniens peinent à trouver des permis de construire, donc beaucoup d’habitations sont illégales. La démolition peut arriver à tout moment.  

 

 

Des femmes pratiquent le Yoga avec une professeur américaine à la périphérie de Bethléem, en Cisjordanie.

 

Un jeune homme d’Hébron pique une tête à Ein Farha, en Cisjordanie.

 

Des jeunes pratiquent le parkour à Gaza, dans un cimetière près de leur camp de réfugiés de Khan Younès.

 

Billet écrit avec la collaboration d’Omid Habibinia.