MAROC-ALGÉRIE

Des réfugiés syriens au cœur d’un bras de fer diplomatique entre le Maroc et l’Algérie

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Capture d'écran d'une vidéo amateur montrant les réfugiés syriens à la frontière algéro-marocaine. 

 

Un clash diplomatique a de nouveau éclaté cette semaine entre autorités marocaines et algériennes. Elles s’accusent mutuellement d’avoir expulsé des réfugiés syriens à la frontière entre les deux pays.

 

Alger a annoncé mercredi avoir convoqué l’ambassadeur du Maroc pour dénoncer une "nouvelle provocation" des autorités marocaines et une "tentative supplémentaire et gratuite de crispation des relations entre les deux pays". L’Algérie répliquait à la convocation, la veille, de son ambassadeur à Rabat. Son pays est accusé d’avoir expulsé vers le Maroc plusieurs dizaines de réfugiés syriens au cours des derniers jours. L’Algérie affirme quant à elle que ce sont les Marocains qui ont tenté de les renvoyer de l’autre côté de la frontière, ce que les Algériens ont refusé.

  

Ce cafouillage à la frontière a été filmé. Sur les images, difficile de savoir ce qu’il s’est réellement passé. On y voit une quarantaine de Syriens, avec armes et bagages, rassemblés de part et d’autre d’une piste qui délimite la frontière. Un garde-frontière marocain va à la rencontre des réfugiés, tandis qu’un collègue leur lance : "Repartez, repartez. Nous ne pouvons rien faire pour vous". Et d’ajouter, plus loin : "Des gens vont venir pour s’occuper de vous". De l’autre côté, un garde-frontière algérien observe la scène sans intervenir, tandis qu’un autre groupe de réfugiés se tient derrière lui [A 00 :26’’].

 

 

 

Le Maroc accuse l'Algérie d'avoir expulsé des réfugiés syriens à deux reprises depuis dimanche. Il fait état de 77 personnes, dont 18 femmes et 43 enfants, depuis dimanche.

 

Les médias marocains indiquent que ces réfugiés sont accueillis dans des tentes, non loin de la frontière, et du point de passage de Zouj-Bghal. Ils sont notamment pris en charge par des ONG  d’Oujda, ville marocaine la plus proche de la frontière algérienne, au nord-est du pays.

 

Contacté par FRANCE 24, le chargé des relations extérieures auprès du Haut commissariat aux réfugiés à Rabat (HCR), Marc Fawe, affirme que des réfugiés syriens se rendent depuis plusieurs mois au Maroc en passant par la frontière terrestre (près de Oujda), pourtant fermée depuis 1994. "Toutefois, ces réfugiés ont décidé de venir de leur propre chef, car ils estiment que les opportunités d’emploi sont meilleures dans ce pays, et puis certains ont de la famille ici", précise-t-il.

 

Le bureau du HCR au Maroc a enregistré 909 demandes d’asile faites par les réfugiés syriens depuis le début du conflit en 2011. Ils espèrent obtenir le statut de protection temporaire qui leur permettrait, selon le HCR, de résider légalement sur place et de bénéficier d'un programme d'assistance.

 

Des clandestins venus d’Afrique subsaharienne et fuyant les zones en conflit sont régulièrement refoulés des deux côtés de la frontière. Marc Fawe déplore "l’absence d’une approche bilatérale et régionale, pour partager le fardeau des réfugiés syriens, dont des centaines de milliers sont parqués dans des camps au Moyen-Orient dans des conditions très difficiles ".

 

La frontière entre l'Algérie et le Maroc, longue de plus de mille kilomètres, est officiellement fermée depuis 1994 à cause de nombreux contentieux politiques.