CAMEROUN-CENTRAFRIQUE

Une ville camerounaise frontalière vit au rythme des tirs centrafricains

 Dans la ville camerounaise de Garoua-Boulaï, la peur que le conflit en Centrafrique ne déborde les frontières a gagné les habitants. Des centaines de combattants centrafricains utilisent en effet la zone comme une base arrière. Et régulièrement, les coups de feu qui retentissent côté centrafricain font trembler les voisins camerounais.

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Des combattants anti-balaka, à la frontière entre la Centrafrique et le Cameroun, près de la localité camerounaise de Garoua-Boulaï.

 

Dans la ville camerounaise de Garoua-Boulaï, la peur que le conflit en Centrafrique ne déborde les frontières a gagné les habitants. Des centaines de combattants centrafricains utilisent en effet la zone comme une base arrière. Et régulièrement, les coups de feu qui retentissent côté centrafricain font trembler les voisins camerounais.

 

Depuis plusieurs jours, le nord-ouest de la Centrafrique est le théâtre de violents combats entre ex-Séléka et anti-balaka, des affrontements qui ont à nouveau poussé des milliers de civils sur les routes.

 

Garoua-Boulaï, dans l’ouest du Cameroun et Beloko-Cantonnier, au nord-ouest de la Centrafrique, sont séparées par quelques dizaines de mètres qui marquent la frontière entre les deux pays. Les anti-balaka, des milices rurales à dominante chrétienne, y ont récemment établi une base arrière côté centrafricain, d’où ils organisent leur contre-offensive contre les ex-rebelles de la Séléka. Les médias locaux mentionnent aussi la présence de centaines d’anciens FACA, l’ancien nom des forces armées centrafricaines, qui ont commencé à affluer après avant la chute du président François Bozizé en mars 2013. Ces combattants profitent régulièrement des mouvements de réfugiés pour pénétrer sur le territoire camerounais notamment pour se ravitailler.

 

Dans ce contexte, la présence des forces de sécurité camerounaises a été renforcée à plusieurs reprises aux postes frontières de Garoua-Boulaï, ainsi que dans la ville.

 

Des combattants centrafricains anti-balaka près de la frontière avec le Cameroun, à un jet de pierre de la localité camerounaise de Garoua-Boulaï.

 

 

"Une roquette a atterri côté camerounais"

Abdou Wadell est caméraman et vit à Garoua-Boulaï.

  

Les accrochages répétés survenus près de la frontière ces derniers mois ont contraint des dizaines de familles à fuir la ville de Garoua-Boulaï pour s’en aller vers d’autres régions du Cameroun. Le 21 janvier, une roquette lancée par les ex-Séléka contre une position des anti-balaka dans cette zone a même atterri dans le village. [Plusieurs médias ont affirmé que des soldats camerounais avaient par la suite tué des ex-Séléka, ce que n’ont pas confirmé les autorités camerounaises.]

 

Des réfugiés centrafricains dans le village camerounais de Garoua-Boulaï. 

 

Malgré la relative accalmie et le renforcement du contrôle à la frontière [gardée notamment pas les éléments de Brigade d’intervention rapide, une unité d’élite de l’armée camerounaise], ils n’osent pas encore rentrer chez eux car ils sont convaincus que les combats finiront par gagner la ville. Par ailleurs, les réfugiés continuent d’affluer côté camerounais. Il y en aurait plus de 600 dans la ville. Des dizaines de familles sont hébergées dans une église et beaucoup sont accueillis par des particuliers. Certains réfugiés ont un discours de haine et appellent à la vengeance. Les habitants ont peur que ce conflit s’exporte ici.

 

Jusqu’à fin décembre, les combattants anti-balaka [milices à majorité chrétienne constituées pour combattre les séléka, à majorité musulmane] profitaient de l’arrivée des réfugiés pour s’introduire dans la ville, car la frontière n’était pas bien surveillée. Ils venaient s’approvisionner en vivres et circulaient parmi la population sans être inquiétés.

 

"Des combattants continuent de s’approvisionner en ville en utilisant des intermédiaires"

 

Ils ont occupé plusieurs maisons vides dans le quartier  "Lycée". Certains, que j’ai suivis, se rassemblaient dans une maison pour y tenir des réunions. Ils combattaient de l’autre côté de la frontière et utilisaient la ville comme base- arrière. En outre, ils achetaient souvent des machettes au marché local en disant que c’était pour travailler les champs. Quand les commerçants s’en sont rendu compte, ils ont arrêté de leur en vendre.

  

Des anti-balakas prenant la pause devant le poste de police à la frontière avec le Cameroun.

 

Au bout d’un moment, les habitants ont alerté les autorités. La police a, aujourd’hui, renvoyé la plupart d’entre eux côté centrafricain. Cela dit, ils continuent toujours de s’approvisionner en ville en utilisant des intermédiaires. De temps à autre, la police procède à des perquisitions, notamment dans le quartier Zougoudé, à la recherche d’armes et de combattants anti-balaka. Il m’est également arrivé d’apercevoir des membres de l’ex-Séléka, mais ils se font beaucoup plus discret car les anti-balaka sont plus présents. Peut-être viennent-ils pour se renseigner sur leurs ennemis.

 

Pour les besoins de mes reportages, je me rends régulièrement discrètement en territoire centrafricain. Je ne passe pas par le poste frontière, mais à travers la brousse, en mobylette. Dans la soirée d’hier encore j’ai croisé un jeune centrafricain musulman dont la famille a été kidnappée par des anti-balaka alors qu’elle se rendait au Cameroun. Lui a réussi à prendre la fuite. Je l’ai ramené de l’autre côté de la frontière et le loge actuellement chez moi.

   

Un anti-balaka, devant un poste de la gendarmerie, côté centrafricain. Tour près de Garoua-Boulaï.  

 

Ces photos  (exceptée celle des réfugiés) ont été prises par des combattants anti-balaka et récupérées par un de nos Observateurs à Garoua-Boulaï.