LIBAN

"Je ne suis pas un martyr", une campagne pour dénoncer les attentats au Liban

Depuis plusieurs semaines, Beyrouth est secoué par une série d’attentats qui a coûté la vie à des dizaines de personnes. Pour lutter contre la banalisation de la violence dans la capitale, des Libanais ont lancé une campagne invitant les internautes à réaliser des "selfies" avec le mot clé #NotAMartyr.

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Un des nombreux "selfies" réalisés par les internautes libanais pour dénoncer la violence. 

 

Depuis plusieurs semaines, Beyrouth est secoué par une série d’attentats, qui ont coûté la vie à des dizaines de personnes. Pour lutter contre la banalisation de la violence dans la capitale, des Libanais ont lancé une campagne invitant les internautes à réaliser des "selfies" avec le mot clé #NotAMartyr.

 

Le dernier attentat en date est survenu mardi 21 janvier dans le quartier de Haret Hreik, à majorité chiite, dans la banlieue sud de Beyrouth. Revendiqué par Al-Nosra, il a fait au moins quatre morts et 35 blessés, selon la Croix-Rouge libanaise.

 

Cet attentat, le quatrième à Beyrouth en un mois, intervient trois semaines après l'eplosion d'une voiture piégée, qui visait l’ex-ministre des Finances, Mohammed Chatah, le 27 décembre dernier, et a coûté la vie à six personnes. Parmi les victimes, le cas de Mohammad Chaar, un adolescent de 16 ans, avait particulièrement ému les Libanais.

 

Quelques instants avant l’attentat, le jeune homme venait de réaliser un "selfie" en compagnie de ses amis. Dans les jours qui ont suivi le drame, l’image - accompagnée d’une autre prise après l’explosion et montrant la victime gisant dans son sang - a été largement relayée sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’indignation dans le pays.

 

Photo postée sur Twitter par @TamimDana.

 

Dans la foulée, des internautes ont lancé cette campagne #NotAMartyr ("Pas un martyr") appelant les Libanais à poster des "selfies" sur les réseaux sociaux, accompagnés de messages de protestation, pour rappeler que ces attentats font de nombreuses victimes innocentes, et pas uniquement des martyrs.

 

L’idée a séduit des centaines de personnes, qui ont posté leurs photos sur la page Facebook consacrée à l’événement, ainsi que sur Twitter et Instagram. Et le mouvement prend encore de l’ampleur, surtout depuis l’attentat de mardi.

 

"Je veux que ce soit mes talents qui explosent". Photo postée sur Instagram par Jacoumo.

Contactée par France 24, Racha, une jeune Libanaise de Beyrouth, qui prend part à l’événement, explique pourquoi les participants refusent de considérer ces victimes collatérales des attentats comme des martyrs :

 

A chaque fois que quelqu’un meurt dans des violences au Liban, on le désigne comme martyr. C’est absurde. Quand un passant meurt dans une explosion, il ne l’a pas choisi. On ne l’a pas tué à cause de son engagement politique, mais juste parce qu’il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Le jeune Mohammad avait à peine 16 ans, il n’avait rien à avoir avec la politique. C’est une victime innocente.

 

"Je refuse de vivre dans un pays où l’unique endroit sûr est à 40 mètres en dessous (de la surface)". Photo postée sur Twitter par @alain_najm.

 

Les Libanais, dans leur grande majorité, ne souhaitent pas mourir en martyrs mais vivre en paix et en sécurité dans leur pays.

 

Il y a beaucoup d’organisations de la société civile actives au Liban. Malheureusement, la plupart d’entre elles sont liées à des organisations ou à des mouvements politiques. Ce qui m’a séduite dans cette campagne, c’est le fait qu’elle ne soit pas menée par des activistes mais des gens ‘ordinaires’ qui se sentent accablés par l’insécurité au Liban. À mon avis, c’est ce qui explique son succès, car en moins de 24 heures, la page Facebook de la campagne a recueilli plus de 600 'like'.

     

"Je veux une vie meilleure pour mon enfant ! ".Photo postée sur la page Facebook de la campagne.