HAÏTI

Des Haïtiens racontent leur séisme pour lutter contre l’oubli

 Quatre ans après le tremblement de terre qui a fait plus de 250 000 morts à Haïti, le pays a rendu hommage à ses victimes lors des commémorations du séisme du 12 janvier 2010. Trente-cinq secondes qui ont marqué la vie de centaines de milliers de familles et qu’une association a demandé aux survivants de raconter.

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De nombreux enfants, dont une dizaine d'orphelins, ont participé à la commémoration "Je raconte mon 12 janvier". Photo USDC.

 

Quatre ans après le tremblement de terre qui a fait plus de 250 000 morts à Haïti, le pays a rendu hommage à ses victimes lors des commémorations du séisme du 12 janvier 2010. Trente-cinq secondes qui ont marqué la vie de centaines de milliers de familles et qu’une association a demandé aux survivants de raconter.

 

Le 12 janvier 2010, les images de la catastrophe avaient fait le tour du monde et suscité un élan de solidarité internationale. Près de 5 milliards de dollars de dons avaient été envoyés après la catastrophe. Mais plusieurs voix se sont pourtant élevées pour dénoncer le gaspillage de cet argent.

"Quand je vois le dénuement dans lequel ces gens vivent, c’est leur dignité qui m’émeut le plus"

En marge des commémorations officielles, l’Union sociale pour le développement communautaire (USDC), une organisation à but non lucratif basée à Pétionville, a organisé son propre rassemblement baptisé "Je raconte mon 12 janvier". Daniel Tercier, un représentant de l’association et co-organisateur de l’événement, a ainsi réuni une cinquantaine de familles victimes du séisme, venant notamment des quartiers les plus défavorisés d’Haïti, comme Cité Soleil.

 

Nous avons eu l’idée d’organiser une veillée, le 11 janvier au soir, avec pour objectif de faire parler ces personnes, et surtout de les écouter. Ces témoignages, c’est à la fois une façon de panser les cicatrices psychologiques, mais aussi une manière de lutter contre l’oubli. On parle beaucoup de conséquences matérielles et sociales du séisme du 12 janvier 2010, mais on entend moins parler des conséquences psychologiques qui sont pourtant dramatiques.

 

En plus de vivre dans des conditions bien pires qu’avant la catastrophe, ce sont des gens traumatisés à qui nous avons affaire au quotidien. Ça se traduit par des problèmes physiques, comme la tachycardie, ou psychologiques, comme des tocs ou des dépressions. Beaucoup d’habitants de ces bidonvilles ont le sentiment d’être abandonnés, marginalisés. L’éclairage public n’a pas été rétabli dans beaucoup de quartiers de Cité Soleil, et cela entraîne des problèmes d’insécurité dramatiques.

 

Durant la veillée de la nuit du 11 janvier, plusieurs représentations culturelles ont été organisées.

 

Parmi les témoins, nous avons une dizaine d’orphelins que nous suivons depuis quatre ans. L’un d’entre eux, John, qui vient d’avoir 9 ans, a tenu à raconter ce qu’il a vécu. Son témoignage nous a bouleversé. À 5 ans, il a tout perdu et s’est retrouvé seul. Il raconte ça avec une tristesse mais aussi une maturité qui nous montre que l’attention qu’on lui porte n’a pas servi à rien. D’une manière générale, quand je vois le dénuement dans lequel ces gens vivent, c’est leur dignité qui m’émeut le plus.

 

"Quatre ans après, je suis très en colère"

 

Lors de notre veillée, on a proposé une séance de cinéma, de jeux collectifs et de dessins pour les enfants. Au moment du séisme, il y a eu beaucoup d’initiatives similaires à la notre pour gérer les conséquences post-traumatiques, en proposant des activités récréatives. Cette aide a été extrêmement précieuse, et on ne remerciera jamais assez les ONG internationales. Mais aujourd’hui, je constate que ces activités culturelles ont pratiquement disparu. [De nombreuses organisations humanitaires, comme Médecins sans frontières, ont quitté Haïti durant l’année 2013 pour intensifier leurs actions dans d’autres zones comme au Soudan du Sud ou en Centrafrique]

 

Quatre ans après, je suis très en colère. Cette épreuve devait être pour tous les Haïtiens une façon de souder le pays et de repartir sur de nouvelles bases. Après le séisme, on y a cru, quand on a vu l’élan de solidarité et la sincérité qui semblait animer tout le monde. Mais aujourd’hui, on est retourné à la réalité, et on constate clairement qu’il y a deux Port-au-Prince : celui qui a profité des reconstructions, et celui qui vit plus mal encore qu’avant.

 

Selon les estimations du Collectif haïtien pour le droit au logement, près de la moitié de la population haïtienne, soit environ 5 millions de personnes, vit avec moins de 1 dollar par jour et 170 000 déplacés vivent toujours dans des camps de fortune.

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour Les Observateurs de France 24.