MOZAMBIQUE

Le Mozambique de nouveau sur le pied de guerre

Des affrontements entre forces gouvernementales et hommes armés de l’ex-guérilla Renamo ont éclaté dans plusieurs localités du Mozambique ces dernières semaines. Dans la province d’Inhambane, au sud du pays, ce regain de violence a poussé les habitants, traumatisés par des années de guerre civile, à prendre la fuite.

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Des affrontements entre forces gouvernementales et hommes armés de l’ex-guérilla Renamo ont éclaté dans plusieurs localités du Mozambique ces dernières semaines. Dans la province d’Inhambane, au sud du pays, ce regain de violence a poussé les habitants, traumatisés par des années de guerre civile, à prendre la fuite.

 

Des accrochages ont été signalés mardi dans le district d’Homoine. Ils ont opposé l’armée du Mozambique à des militants de la Renamo (Résistance nationale mozambicaine), ex-guérilla devenue le principal parti d’opposition. Six membres des forces de l’ordre et deux hommes de la Renamo ont été tués dans des échanges de tirs. Des familles entières avaient déjà commencé à prendre la fuite la semaine précédente, après que la Renamo avait réactivé une base dans la région. Selon des médias locaux, des forces de police aurait fui avec la population.

 

D’autres accrochages ont été signalés récemment dans le périmètre de Gorongosa, au centre du pays, laissant planer la menace d’un retour à la guerre civile.

 

Des habitants fuient la zone des combats le 7 janvier. Toutes les images ont été envoyées à FRANCE 24 par Berlaves Alexandre.

 

Le conflit qui avait opposé le parti au pouvoir, le Frelimo (Front de libération du Mozambique), aux rebelles de la Renamo de 1977 à 1992 avait fait près d’un million de victimes. Après les accords de paix, le Mozambique a connu une vingtaine d’années de relative stabilité, si bien qu’il avait gagné sa place dans la liste des 50 pays les plus paisibles du monde en 2012. Cette stabilité a permis une forte croissance économique, mais le pays reste gangrené par la pauvreté. Plus de la moitié des Mozambicains vit avec moins de 40 centimes d’euros par jour.

 

Depuis un an, les relations se dégradent entre les deux camps et les attaques se multiplient. À l’automne 2013, la Renamo a décidé de mettre fin à l’accord de paix de 1992  après que l’armée a bombardé le quartier général de l’ex-rébellion. Un mois plus tard, en novembre, le parti boycottait les élections locales.

"Un homme de 70 ans fuyait avec sa femme sans même savoir pourquoi"

Berlaves Alexandre est journaliste et coordinateur d’une radio communautaire dans le district d’Homoine, où ont eu lieu des affrontements.

 

Depuis le 1er janvier, des habitants quittent leur maison. Dimanche, nous nous sommes rendus à Pembe, où les hommes de la guérilla de la Renamo ont une base provinciale [où ont éclatés des affrontements mardi]. Sur la route, les gens prenaient la fuite dans différentes directions. On a croisé des voitures chargées de lits, de matériel ménager, de chèvres, de cochons. L’essentiel qu’ils ont pu emporter dans la précipitation.  

 

Des habitants fuient la zone des combats le 7 janvier. Toutes les images ont été envoyées à FRANCE 24 par Berlaves Alexandre.

 

Un homme de 70 ans fuyait avec sa femme. Il nous a dit qu’il avait six enfants et d’innombrables petits enfants. Il poussait sa bicyclette chargée de quelques biens. Tous deux avaient dû dormir dans les bois et ne savaient pas vers où aller. C’est en voyant que leur voisinage prenait la fuite qu’ils ont décidé de faire pareil. On a compris qu’ils ne savaient pas ce qu’ils fuyaient.

 

En 1987, en pleine guerre civile, la ville d’Homoine avait été le théâtre de l’un des massacres les plus sanglants du conflit. Plus de 400 personnes avaient été exécutées par des hommes accusés d’être de la Renamo. Plusieurs Observateurs dans la zone nous ont toutefois expliqué que le mouvement essayait désormais de changer son image. Il aurait déclaré récemment que les civils ne seraient pas pris pour cible.

 

Un militant de la Renamo capturé par les autorités dans la ville de Pembe le 7 janvier. Photo envoyée par Berlaves Alexandre.

 

"Ces deux mouvements sont dans une logique de guérillas depuis toujours"

José Cume (pseudonyme), un de nos Observateurs au Mozambique, nous explique que les deux camps sont actuellement sur le pied de guerre.

 

Ces deux mouvements sont dans une logique de guérilla depuis toujours. L’un est au pouvoir [Frelimo], l’autre veut le pouvoir. Et les deux ont des armes. Les conditions d’une guerre sont donc réunies. Et si les deux parties refusent la négociation, le pays risque d’être sérieusement déstabilisé.

 

 

Ces accrochages sont le résultat d’une combinaison de facteurs. Le Frelimo n’a jamais vraiment accepté de partager le pouvoir avec la Renamo, qui l’accuse en retour d’avoir phagocyté l’appareil d’État : selon eux, si vous ne montrez pas patte blanche en vous associant au Frelimo, vous n’avez accès à rien. L’opposition craint par ailleurs que les élections présidentielles qui approchent [novembre 2014] soient émaillées de fraudes. Ils demandent [depuis un an] que la composition de la commission électorale nationale soit changée, car il est vrai qu’elle est actuellement largement dominée par le Frelimo. L’aspect économique est aussi important, ce sont essentiellement les proches du pouvoir qui ont accès aux gros marchés. 

 

Article écrit avec la collaboration d'Andrew Hilliar, journaliste à France 24. (@andyhilliar).