Capture d'écran d'une vidéo montrant des combattants de milices sunnites à Fallouja.
 
Depuis plus d’une semaine, les abords de la ville de Fallouja, située dans la province d’al-Anbar, sont le théâtre d’affrontements entre combattants sunnites, dont certains sont affiliés au groupe terroriste al-Qaïda, et l’armée régulière irakienne. Acculée, la population civile quitte la ville de crainte de se retrouver au cœur de combats sans pitié.
 
Le dernier bilan des affrontements dans l’ouest de l’Irak fait état de 32 civils et 62 combattants d’al-Qaïda tués. Ces violences ont éclaté après une opération "anti-terroriste" menée par l’armée irakienne dans la région d’al-Anbar, entre les villes de Ramadi et Fallouja. L’intervention avait déclenché la colère des habitants de cette zone à majorité sunnite, qui s’estiment discriminés par un gouvernement dominé par les chiites. Constitués en milices, ils sont soutenus par les combattants d’al-Qaïda implantés dans la région.
 
Les combats se concentrent à Fallouja et ont principalement lieu dans la partie est de la ville, qui longe l’autoroute reliant Bagdad à Ramadi. Sur cette route empruntée par les convois militaires irakiens en opération dans la province d’Al-Anbar, l’armée irakienne a été la cible de plusieurs attaques ces derniers jours. Et des échanges de tirs ont eu lieu dans des quartiers bordant la route.
 
D’autres combats ont également été signalés dans les bourgs qui entourent la ville où des combattants du groupe de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), affilié à al-Qaïda, se sont réfugiés.
 
Une vidéo montrant des combattants de tribus sunnites à Fallouja.

"La population n’a pas envie de revivre la guerre qu’elle a connue en 2004"

Raad al-Khashee est un  journaliste irakien. Il travaille pour la chaîne Al-Baghdadiya à Fallouja.
 
Cela fait une semaine que de nombreuses familles de Fallouja sont en train de quitter la ville. Il s’agit pour la plupart de femmes, de personnes âgées et d’enfants. Les hommes, souvent, choisissent de rester pour protéger leur maison.
 
Ce sont d’abord les habitants des quartiers est de la ville qui ont commencé à fuir les combats. Mais vendredi dernier, les membres de l’EIIL ont déclaré que Fallouja est désormais une "province islamique" et qu’ils en ont pris le contrôle, même s’ils ne contrôlent en réalité que certains quartiers. Cette déclaration ne fait que renforcer la volonté de l’armée irakienne d’entrer dans la ville pour remettre la main sur ces quartiers, ce qui donnera fatalement lieu à des combats violents. La population ici n’a pas envie de revivre la guerre qu’elle a connue en 2004, lorsque l’armée américaine a voulu prendre le contrôle de la ville [trois grandes batailles avaient alors opposé l’armée américaine à des milices sunnites, dont des éléments membres d’al-Qaïda, NDLR].
 
"Partir à bord de sa propre voiture est compliqué car l’armée craint toujours les voitures piégées"
 
Il y a quatre sorties qui permettent de quitter Fallouja, deux d’entre elles sont contrôlées par l’armée et les deux autres par l’EIIL. Les civils choisissent de partir par les sorties contrôlées par l’armée car il n’y a pas de combat à ces endroits-là. Les familles partent à pied mais parfois aussi dans des véhicules de l’armée ou dans ceux de la police locale, qui appartiennent aux chefs des tribus. Partir à bord de sa propre voiture est compliqué car l’armée craint toujours les voitures piégées et laisse difficilement passer les véhicules privés.
Les familles aisées partent pour le Kurdistan ou pour la capitale. Quant aux autres, elles vont se réfugier dans les villes voisines en attendant que les choses se calment. Les plus démunis vont se réfugier dans les mosquées de la ville dans l’espoir qu’on préserve ces lieux de prière.
 
Ceux qui restent ici, notamment parce qu’ils veulent se battre contre l’armée, doivent faire face à une situation qui se dégrade peu à peu. La population manque d’essence et peine à faire marcher la centrale électrique et donc à se réchauffer. Quant aux vivres, ils nous parviennent au compte-goutte. Le Croissant rouge a envoyé deux camions ce matin mais c’est loin d’être suffisant. L’armée justifie cette pénurie par la difficulté de sécuriser les routes et l’accès à la ville mais beaucoup pensent que le gouvernement n’est pas pressé de venir en aide à une région dont une partie de la population s’est révoltée contre lui. Tous les conflits revêtent ici un caractère politico-confessionnel et il est difficile de démêler le faux du vrai. Je crains le pire pour la ville de Fallouja.
L'avenue al-Arba'in, dans un des quartiers est de Fallouja, déserte. Vidéo envoyée par Yasser al-Anzy.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24