TOGO

Des matches de foot à la bougie pour réclamer de l’électricité

 Des jeunes d'Akparé, dans le nord du Togo, ont organisé un match de football la nuit tombée, éclairé simplement de lampes torches et des lampions. Une façon de dénoncer l’absence totale d’électricité dans leur ville, alors qu’ils vivent à deux pas d’une centrale électrique.  

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Éclairés simplement par des lampes torches et des lampions, des jeunes d'Akparé, petite ville du Togo, ont organisé un match de football dans l'obscurité. Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.

 

Des jeunes d'Akparé, dans le nord du Togo, ont organisé un match de football la nuit tombée, éclairé simplement de lampes torches et des lampions. Une façon de dénoncer l’absence totale d’électricité dans leur ville, alors qu’ils vivent à deux pas d’une centrale électrique.

 

Situé à 180 kilomètres au nord de Lomé, Akparé n’est pas raccordée au réseau électrique. Pourtant, à quelques kilomètres de là, le barrage hydroélectrique de Nangbeto alimente plusieurs grandes villes du Togo et du Bénin, et génère près de 150 giga wattheures par an. Une injustice qui a poussé la population d’Akparé à protester à plusieurs reprises. Lors de leur dernier regroupement, le 6 novembre dernier, la police togolaise a accueilli les manifestants à coups de gaz lacrymogènes, faisant six blessés.

 

"J’ai 30 ans, et la seule électricité que j’ai connue dans ma ville, c’est celle des groupes électrogènes"

John Messan Fontodji est le porte-parole de la Jeunesse en Action pour le Bien-être du Canton d'Akparé (JABECA). Il manifeste régulièrement pour demander l’accès à l’électricité dans sa ville.

 

On n’a pas l’habitude de manifester à Akparé, c’est un coin sans histoire du Togo. Quand les heurts de novembre ont fait plusieurs blessés, les jeunes de la ville se sont dit qu’il fallait trouver un autre moyen, non-violent, pour attirer l’attention des autorités.

 

Ici, nous avons un bon terrain de football, mais nous ne pouvons pas jouer une fois la nuit tombée parce qu’il n’y a pas d’électricité. Ça nous frustre énormément : la plupart des jeunes n’ont pas de travail et ils n’ont plus rien à faire quand le soleil se couche. Nous avons donc décidé d’organiser ce match [dans la nuit du 24 décembre] avec des lampes frontales et des torches pour délimiter le terrain. Une façon de montrer à quel point la situation est ridicule.

 

Vidéo publiée sur Youtube par TogoVi, un collectif créé en 2010 par des militants, des journalistes professionnels et des citoyens.

 

J’ai 30 ans, et la seule électricité que j’ai connue dans ma ville, c’est celle des groupes électrogènes. Lorsque l’un d’entre nous a les moyens d’en acheter un, il en fait profiter toute sa famille et ses amis qui viennent recharger leurs téléphones, leurs ordinateurs, ou se chauffer. Et comme on les utilise trop, ils tombent en panne rapidement.

 

Je suis un militant de l’Union pour la République [Unir, le parti de Faure Gnassingbé, président du Togo NDLR] et lors des élections législatives de juillet 2013, j’ai soutenu le candidat du parti qui avait promis d’amener l’électricité, l’eau courante et des routes modernes dans ma ville. Six mois après, on n’a toujours rien. Si un père ne donne rien à manger ou aucune distraction en échange, alors cet enfant se sent orphelin. C’est un peu ce que les gens d’Akparé ressentent aujourd’hui.

 

La situation d’Akparé n’est pas un cas isolé selon John Fontondji, qui affirme que 44 villages de son canton seraient concernés.

 

Contacté par FRANCE 24, le porte-parole de l’Unir, Pierre Gbenyo Lamadokou, affirme ne pas avoir eu connaissance des problèmes des habitants de la région. Il explique qu’Au Togo "comme dans toutes les démocraties au monde telles que la France, ce ne sont pas les députés qui installent l'électricité". Il ajoute que ces problématiques dépendent du gouvernement. De son côté, le ministère des Mines et de l’Energie du Togo n’a pas répondu à nos sollicitations.

 

L’idée des jeunes d’Akparé a par d’ailleurs fait des émules : à Tsadomé, petit village à 125 kilomètres de Lomé, les habitants ont organisé une rencontre baptisée "Ezan Foot" [foot de nuit] éclairé par des lampions, des résidus de noix de palme brûlés et des torches. Comme Akparé, le village n’est pas électrifié alors qu’il est traversé par des fils haute-tension qui acheminent l’électricité dans les plus grandes villes de Kpalimé ou Womé.

 

Comme à Akparé, les habitants du village de Tsadomé ont organisé un football de nuit pour attirer l'attention des autorités sur l'absence d'électricité dans le village. Vidéo Marius Attor.

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour les Observateurs de FRANCE 24.