LIBYE

Une marche de la paix entre Misrata et Tripoli

 Un Libyen s’est mis en tête de parcourir les 200 kilomètres qui séparent sa ville natale, Misrata, dans l’est de la Libye, de la capitale Tripoli. Une marche pour transmettre un message de paix entre les deux villes rivales, dans un pays tenu par des milices et gangréné par la violence.

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Walid Abu-Sela, le marcheur de Misrata.

 

Un Libyen s’est mis en tête de parcourir les 200 kilomètres qui séparent sa ville natale, Misrata, dans l’est de la Libye, de la capitale Tripoli. Une marche pour transmettre un message de paix entre les deux villes rivales, dans un pays tenu par des milices et gangréné par la violence.

 

Walid Abu-Sela a eu l’idée de cette marche de réconciliation après une journée de violences à Tripoli. Le 15 novembre dernier, des manifestants s’étaient mobilisés contre la présence de milices dans la capitale. Ils s’étaient rassemblés devant le quartier général de la milice de Misrata, la plus importante des milices présentes dans la capitale libyenne. Des affrontements avaient alors éclaté, faisant 43 morts. Les autorités libyennes avaient alors rejeté la responsabilité de ces incidents sur la milice de Misrata. En réponse à ces accusations, le conseil régional de Misrata avait rappelé tous ses miliciens, y compris ceux qui avaient été intégrés par l’armée libyenne. Les membres du gouvernement et les députés originaires de Misrata avaient également suspendu pendant plusieurs jours leurs activités.

 

Le conflit entre Tripoli et Misrata est toutefois ancien. Il a encore été accentué par la guerre, pendant laquelle la ville portuaire a été ciblée par les attaques de l’armée loyaliste de Kadhafi. Assiégée et bombardée sans relâche pendant plus de 40 jours, elle était devenue le nouveau symbole de la résistance au pouvoir central de Tripoli.

 

Départ de Walid de Misrata le 24 décembre.

"La politique nous fait oublier que nous sommes tous Libyens avant tout"

Walid Abu-Sela, 37 ans, est fonctionnaire et père de famille.

 

J’ai toujours été un amateur de randonnée et cette idée de marcher sur une longue distance en Libye était d’abord vun défi personnel. Mais au vu des récentes tensions entre Misrata et Tripoli, des amis m’ont suggéré de donner une valeur symbolique à mon projet et de marcher jusqu’à la capitale, comme une réponse positive au conflit qui oppose les deux villes. J’ai choisi de partir le jour anniversaire de l’indépendance de la Libye [24 décembre 1951. Il est arrivé le 29 décembre].

 

On a choisi de baptiser le projet "le voyage des 201". Les 200 font référence au nombre de kilomètres qui séparent Misrata de Tripoli. On a ajouté le "un" pour dire qu’une seule personne peut faire le pont entre les deux villes malgré la distance [en arabe, le chiffre se dit "deux cents et un"].

 

Évidemment, quand j’en ai parlé à ma femme et mes enfants, ils ont eu peur pour moi, à cause de l’insécurité. Mais je n’ai pas rencontré de problème, bien au contraire. J’ai marché onze heures par jour. J’ai dormi dans les mosquées des villes de Zliten, Al-Khums, Castelverde et Tajoura. À chaque fois, j’ai expliqué ma démarche aux gens que j’ai rencontrés et leurs réactions ont toujours été positives. Certains pour m’encourager m’ont même accompagné durant quelques kilomètres. Je n’ai pas parlé politique avec eux, car ce sont justement ces sujets-là qui nous séparent et nous font oublier que nous sommes tous Libyens avant tout.

 

L’arrivée à Tripoli a été très émouvante. Des gens que je n’avais jamais rencontrés sont venus m’accueillir, ils m’ont pris dans leurs bras, ils m’ont félicité. C’est une fraternité que nous avons malheureusement oubliée. Les initiatives citoyennes ont pullulé la première année qui a suivi la chute de Kadhafi, mais aujourd’hui, les gens ne pensent qu’à l’insécurité et la peur pousse chacun à se renfermer. Grâce à cette marche, je voulais rappeler à mes compatriotes tout l’espoir que nous avions placé dans notre pays.

 

Arrivée de Walid à Tripoli.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.