Photo postée sur Facebook par Hervé Cyriaque Séréfio.
 
Mercredi, six soldats tchadiens de la force africaine en Centrafrique (Misca) ont été tués à Bangui dans des circonstances encore confuses. Sur place au moment des faits, nos Observateurs témoignent.
 
Toute la journée de mercredi, des tirs d'origine indéterminée ponctués de détonations ont semé la panique principalement à Gobongo, un quartier situé au nord de la capitale.
 
Soldat congolais de la Misca procédant à une fouille. Photo postée sur Facebook par Hervé Cyriaque Séréfio.

"Les soldats tchadiens se sont entendu dire : 'Vous êtes des mercenaires, rentrez chez vous !'"

 
Bartholomé vit à Bangui dans le quartier de Gobongo.
 
Mercredi matin, alors que je sortais faire des courses dans mon quartier, j’ai vu une bande de jeunes s’en prendre à une voiture de soldats tchadiens de la Misca. Ils leur criaient : 'Non à la Fomac (la Force africaine qui a précédé la Misca), vous êtes des mercenaires, rentrez chez vous !'.
 
Quand ils se sont mis à leur jeter des pierres, l’un des soldats a tiré dans la foule. Un jeune homme a reçu deux balles dans la poitrine. [une information que nous n’avons pu vérifier de source indépendante]. Des anti-balaka sont alors venus se mêler au conflit et là tout a vraiment dégénéré. Personne n’est venu porter secours à celui qui s’était fait tirer dessus, pas même moi. Tout le monde a été pris de panique et n’avait qu’un objectif en tête : quitter les lieux au plus vite. Je ne sais même pas s’il est encore en vie aujourd’hui.
 
Les tirs venaient de partout. Du coup, je suis resté cloîtré chez mois jusqu’en fin d’après-midi, attendant que la situation s’apaise. Gobongo, hier, était complètement désert, on se serait cru dans une ville fantôme.

"J’ai vu plusieurs véhicules avec à bord des militaires tchadiens de la Misca tirer sur la foule"

 
Prosper vit à Bangui dans le quartier de Gobongo.
 
Quand j’ai quitté mon domicile pour me rendre à mon travail, la situation était déjà chaotique. J’ai marché quelques centaines de mètres et j’ai vu plusieurs véhicules avec à bord des militaires tchadiens de la Misca tirant sur la foule. Je ne sais pas si c'était de la provocation ou s’ils se défendaient. Ne voulant pas courir le risque de retourner chez moi, j’ai décidé de me réfugier chez un ami qui habite là où je me trouvais au moment des faits, mais sa maison avait été incendiée, du coup je suis allé chez un autre ami.
 
Contacté jeudi par FRANCE 24, le porte-parole de la Misca, Eloi Yao, a expliqué : "On ne sait absolument pas ce qui a pu mettre le feu aux poudres, les assaillants n’ont pas été identifiés. Les soldats étaient en patrouille, des grenades auraient été lancées dans leur direction et ils ont riposté. Puis s’en sont suivis des échanges de tirs."
L’ambassade du Tchad en France a expliqué sur FRANCE24 que les soldats avaient été "attaqués par des anti-balakas". Il affirme qu’ils ont été la cible de tirs de "bazooka".
 
Ces violences ont provoqué la fuite de milliers d'habitants, dont beaucoup sont venus se réfugier aux abords de l'aéroport, où s'agglutinent déjà des dizaines de milliers de déplacés dans la plus grande précarité. Les affrontements ont progressivement cessé avec la tombée de la nuit. Jeudi matin, un calme relatif est revenu à Bangui et les artères menant à l'aéroport étaient largement investies par l'armée française, qui a mené de nombreuses opérations de fouille dans la zone.
 
Avec 850 hommes, le contingent tchadien de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique est omniprésent à Bangui. 
 
Leurs éléments ont été impliqués dans plusieurs incidents récemment, dont des tirs sur leurs collègues burundais. Ils sont, par ailleurs, accusés par certains habitants de soutenir les éléments de l’ex-séléka.
 
Mercredi, la Misca a annoncé le départ des troupes tchadiennes de la capitale et leur redéploiement vers le nord du pays, frontalier du Tchad.