Capture d'écran des vidéos filmées par notre Observateur.
 
Kinshasa a lancé à l’approche des fêtes de fin d’année une opération ville propre pour lutter contre "les marchands pirates" installés sur le bord des avenues principales de la capitale. Présentée comme une opération "pédagogique", cette initiative a tourné au saccage des étals mercredi matin. Une scène filmée par un de nos Observateurs.
 
Lancée le 11 décembre, l’opération "d’assainissement" rentre dans le cadre des travaux d’embellissement de la ville de Kinshasa. Son objectif : faire la chasse à tous les garages et "marchés pirates" érigés le long des artères de la ville de Kinshasa, en dehors des commerces reconnus officiellement. Les autorités de la capitale affirment vouloir régler ces problèmes pour effectuer des opérations de voiries et implanter des espaces verts aux endroits actuellement occupés.
 
Selon radio Okapi, le commissaire provincial de la police affirmait la veille du début de l’opération que "la première phase sera pédagogique" et que "les garagistes et marchands pirates seront invités à se regrouper et à entreposer les véhicules et marchandises dans des lieux réservés [à ces activités]".  

"On ne peut pas prétendre vouloir 'créer une ville propre' en utilisant des méthodes qui ne le sont pas"

Le matin du mercredi 18 décembre, John Kilunga (son nom a été changé) se trouvait à quelques mètres de l’Institut facultaire de sciences de l’information et de la communication, sur une avenue très fréquentée dans le centre-ville de Kinshasa. De nombreux marchands pirates y étaient installés pour vendre différents produits aux étudiants qui fréquentent le lieu.
 
J’ai entendu des gens crier et vu un énorme brasier au loin. Lorsque je me suis approché, plusieurs policiers avaient renversé et saccagé des sacs de farine, de riz et d’autres produits alimentaires, d’autres étaient en train de les piétiner. Il y avait une femme, assez âgée, qui s’accrochait à une table en bois pour qu’elle ne soit pas jetée au feu, tandis qu’un policier la bousculait violemment.
 
Le général Kanyama, le commandant de la police du district de la Lukunga, était pourtant bien présent durant l’opération [plusieurs articles de presse locale, comme celui-ci, confirment la présence du général]. Il y avait même des policiers qui emportaient des cartons de sardines pour les cacher dans un des véhicules de leur cortège.
 
 
Sur cette première vidéo filmée avenue du colonel Ebaya, des marchandises sont jetées dans un brasier au loin.
 
Je connais bien certains de ces vendeurs. Ils disent qu’ils étaient déjà harcelés par des personnes qui se réclament des municipalités de Kinshasa et leur font payer des taxes pour les laisser vendre leurs produits. Impossible de savoir si ce sont vraiment des employés municipaux, mais il y avait de fait une certaine tolérance vis-à-vis de ces vendeurs, dont certains exercent depuis une dizaine d’années sans être embêtés !
 
Pour moi, on ne peut pas prétendre vouloir "créer une ville propre" en utilisant des méthodes qui ne le sont pas. Cette violence est inefficace car ces vendeurs reviennent de toute façon dès la fin des opérations. Je suis sûr qu’il y a d’autres méthodes pour régler ce problème.
 
 
 
Sur cette seconde vidéo filmée quelques secondes plus tard, des policiers s'en prennent aux marchandises et aux objets, tables et chaises, en les jetant à terre.
 
Contacté par France 24, le conseiller en communication du commissaire général de la police de Kinshasa, le colonel Pierrot Rombaut Mwanamputu,confirme que le but de l’opération est de "faire prendre de bonnes habitudes aux marchands pirates en les invitant à évacuer la chaussée et à se rendre dans les lieux publics". En revanche, il affirme que les policiers "n’ont pas de mandat pour détruire les marchandises et que ces dernières doivent être restituées". Ce dernier a affirmé à FRANCE 24 qu’il n'avait pas été informé des débordements et qu'il allait transmettre les images au commissaire de Kinshasa pour décider ou non de l’ouverture d’une enquête.
 
Depuis 2010, des opérations d’assainissement visent régulièrement les marchés pirates de Kinshasa. Ces dernières s’intensifient à l’approche d’événements internationaux organisés dans la capitale ou des fêtes de fin d’année. Déjà, à l’époque, des journalistes locaux s’interrogeaient sur les mesures violentes employées par les policiers et sur l’efficacité de telles opérations.
 
 
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour Les Observateurs de FRANCE 24.